Auréolée de son premier podium d’étape sur les routes du Giro mardi, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United a tenté d’entretenir la dynamique ces derniers jours en courant de manière très offensive. À l’avant sur toutes les étapes, la formation tricolore a connu son pic de réussite vendredi, en direction de Verbania, où Josh Kench a obtenu la sixième place après un excellent travail d’Axel Huens et Johan Jacobs. Le fruit d’un état d’esprit exemplaire, dans l’attente d’un résultat encore plus probant.
La deuxième semaine du Tour d’Italie avait démarré sous de très bons auspices entre Viareggio et Massa, où Rémi Cavagna s’était emparé de la troisième place du chrono individuel. Alors, la Groupama-FDJ United avait bien l’intention de s’inspirer de l’ancien champion de France pour récolter de nouveaux résultats en remontant vers le Nord de la botte. Cela passait inévitablement par des échappées lors des trois étapes accidentées précédant le premier gros morceau montagneux prévu samedi dans la vallée d’Aoste. Dès mercredi, au départ de Porcari, la formation hexagonale a donné le ton en plaçant Cyril Barthe, Johan Jacobs et Axel Huens dans un premier mouvement de course.

L’échappée n’a toutefois pu véritablement se constituer avant les premiers reliefs situés à la mi-course, où Rémy Rochas et Brieuc Rolland sont à leur tour passés à l’attaque. « Ce Giro a été complexe pour la formation des échappées, avec de longs tronçons de 80 à 100 kilomètres de plat en début de course, exposait William Green. C’est un vrai travail d’équipe pour permettre aux grimpeurs de prendre les devants. L’objectif était de placer Rémy ou Brieuc ce jour-là, car on savait que les deux dernières ascensions pouvaient leur convenir. Brieuc a dû fournir un très gros effort pour rejoindre l’échappée ».
Sorti en contre, le Breton a chassé pendant près d’une demi-heure avant de pouvoir recoller à la tête de la course. Dans la longue ascension suivante, à soixante kilomètres du terme, il en a payé les frais lorsque les meilleurs grimpeurs ont accéléré. Jhonatan Narvaez a remporté sa troisième victoire d’étape au terme de la journée, et Rémy Rochas a pris la seizième place au sein du peloton. Jeudi, au départ de la douzième étape, à Imperia, Johan Jacobs a d’emblée remis le bleu de chauffe, bien que la « bonne » échappée se soit finalement constituée sans lui. « L’objectif était de nouveau de prendre part à l’échappée, car on se demandait qui allait contrôler, expliquait William. Unibet Rose Rockets et Soudal-Quick Step l’ont finalement fait, mais de manière trop poussée. Vu que l’écart était faible à la mi-course, Johan en a profité pour relancer une échappée ».

À 100 kilomètres du terme, le Suisse a donc formé une offensive avec cinq hommes, mais leur avance n’était que de deux minutes avant l’enchaînement des deux difficultés décisives du jour. Or, Movistar a vivement accéléré pour se débarrasser des purs sprinteurs, Johan Jacobs a été repris au sommet de la première difficulté, et seule une soixantaine d’unités ont basculé après la deuxième ascension, dont Josh Kench, Rémy Rochas et Brieuc Rolland. À l’arrivée, Alec Segaert a anticipé un sprint semi-massif, et Rémy Rochas (18e) et Brieuc Rolland (19e) ont accroché le top 20.
« Je suis déçu de ne pas les récompenser », Josh Kench
Pas en réussite malgré une attitude exemplaire, la formation tricolore était néanmoins prête à remettre le couvert vendredi, d’Alessandria à Verbania, où seules deux difficultés en fin de journée se profilaient. « Sur le papier, la course semblait encore une fois assez ouverte, indiquait William. Le début d’étape était plat de nouveau, et ça s’annonçait compliqué de prendre l’échappée. Cependant, on avait une stratégie très claire pour gérer l’énergie de chaque coureur et placer les bons éléments dans l’échappée. Je pense qu’on a été excellent à ce niveau ». Alors que Johan Jacobs a immédiatement pris un coup d’avance, Josh Kench et Axel Huens sont sortis en contre après une quinzaine de kilomètres. « Ils étaient au bon endroit au bon moment, comme prévu, et ils ont pu rejoindre le groupe de Johan, commentait William. « On a mis un bout de temps à rentrer sur la première échappée, mais c’était une situation idéale pour nous, poursuivait Axel. On voulait vraiment avoir un de nos grimpeurs dans l’échappée avec un de nos rouleurs. On était même deux avec Johan et moi-même pour aider Josh. C’était top ». L’échappée de quinze hommes a rapidement fait abdiquer le peloton, qui a laissé l’écart gonfler à plus de dix minutes, permettant aux attaquants du jour de se jouer la victoire.
Après 165 kilomètres relativement plats et sans péripéties, l’échappée s’est donc présentée au pied de la première des deux difficultés du final. Johan Jacobs a empêché toute attaque dans la montée de Bieno (2,4 km à 6%) avant qu’Axel Huens ne fasse un gros forcing au pied de l’ascension d’Ungiasca (4,7 km à 7%). « Les gars ont tout mis pour moi, expliquait Josh Kench. L’objectif était d’éviter toute attaque avant la montée, notamment de coureurs comme Bjerg, puis je devais attaquer à bloc en espérant que ça suffise à les distancer ». À 2500 mètres du sommet, le Néo-Zélandais s’est flanqué de sa première offensive, et seuls trois coureurs ont pu tenir sa roue. Au plus dur de la pente, il a remis ça, sans toutefois pouvoir s’extraire. Ce sont finalement Andreas Leknessund et Alberto Bettiol qui ont pris quelques longueurs d’avance avant le sommet, où le grimpeur de la Groupama-FDJ United passait en troisième position, à 25 secondes de l’Italien, avant les treize kilomètres menant à Verbania. Dans la portion finale, Josh Kench n’a pu combler cet écart, et a au contraire vu trois coureurs le rejoindre. Dans un sprint en petit comité, à 44 secondes du vainqueur, il a alors dû se contenter de la sixième place. « L’équipe m’a apporté un soutien total, et je suis déçu de ne pas avoir récompensé les gars, confiait Josh. Ils m’ont fait confiance, et j’ai donné tout ce que j’avais. J’espère les avoir rendus fiers malgré tout. J’aurais peut-être pu attendre un kilomètre pour attaquer, et le résultat aurait pu être différent. C’est une déception ».



« On a montré qu’on est fort collectivement », Axel Huens
« On avait décidé de faire all-in pour Josh dans la bosse, reprenait Axel. Malheureusement, ça n’a pas marché. Il est tombé sur plus fort, mais on n’a rien à regretter. Je pense qu’on a fait une belle course ». « Avec le recul, il est facile de dire que la stratégie aurait pu être différente, tranchait William. Anticiper avant l’ascension comportait aussi son lot de risques. Dans la montée, Josh aurait peut-être pu être plus patient, mais on aurait pris le risque qu’il y ait un groupe plus important à l’arrivée, or il n’est pas le plus rapide. On a opté pour la solution la plus sûre pour tenter de gagner. Il était peut-être le meilleur grimpeur du groupe, mais c’est autre chose après douze étapes. Il aussi est le seul de l’échappée à s’être accroché tous les jours. On ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre avant d’attaquer la montée, et on ne connaît pas encore les limites de Josh. Il fallait tenter le coup. On aurait pu jouer différemment, mais est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Je ne crois pas ». L’implication ne pouvait en revanche être remise en cause, et démontre d’un état d’esprit conquérant.« Il nous reste de belles opportunités et on a montré qu’on est fort collectivement, concluait Axel.On va retenter ». « On attendait un résultat de ce calibre de la part de Josh, et je pense que l’équipe a maintenant pris conscience de son potentiel, ponctuait William. Pour sa première année en WorldTour, son premier Grand Tour, il ne cesse de progresser. La prochaine fois, il fera encore mieux. De nombreuses occasions restent à venir ».