On le sait, le cyclisme peut paraître déroutant au premier abord. Si le vainqueur de la course est logiquement identifié comme celui passant la ligne d’arrivée en premier, quelques tactiques, phénomènes et règles ne sont pas si intuitifs. Voici nos réponses à cinq questions que se pose un nouveau suiveur du Tour de France.
Pourquoi le vainqueur de l’étape ne prend-t-il pas le maillot jaune ?
Si tu te poses cette question, c’est vraiment que tu découvres notre joli sport ! Mais franchement, on l’entend souvent 😂 Il y a tout de même un cas où c’est systématique : le vainqueur de l’étape prend le maillot jaune lors de la première étape, puisqu’il est aussi premier du classement général. Cela s’explique par le fait qu’aucun écart de temps n’existait encore entre les coureurs. Or, le classement général est justement basé sur le temps cumulé depuis le départ de l’épreuve. Par la suite, au gré des différences observées au fil des étapes, en montagne comme sur le plat, des écarts se créent entre les concurrents. Un coureur peut remporter une étape tout en restant derrière au classement général s’il avait trop de retard. À l’inverse, le maillot jaune peut terminer une étape sans particulièrement briller, mais conserver sa tunique si ses rivaux ne lui reprennent pas assez de temps. Le vainqueur de l’étape peut donc prendre le maillot jaune dans certaines conditions, mais ce n’est pas automatique. Et une victoire d’étape, c’est déjà bien non ?



Pourquoi il y a des échappées ?
Parce qu’ils trouvent le temps long dans le peloton. Ça pourrait être une véritable réponse, elle a d’ailleurs déjà dû s’appliquer à quelques reprises dans le passé, mais l’existence des échappées dans le cyclisme relève de différents phénomènes et motivations. S’échapper, à savoir ouvrir la route une poignée de minutes devant le peloton, est notamment gage d’exposition. Cela peut être une manière de faire parler de soi, de son équipe, tout en récoltant quelques prix mis en jeu tout au long du parcours. MAIS, l’échappée n’est pas seulement « publicitaire ». Régulièrement, les coureurs qui cherchent à prendre un coup d’avance le font aussi pour gagner la course. Ne se sentant pas capable de le faire en restant auprès des meilleurs concurrents au sein du peloton, « à la pédale » comme l’on dit dans le jargon, ils tentent leur chance en anticipant. Le peloton leur accorde parfois le champ libre, parfois non. Sur le Tour de Suisse récemment, Romain Grégoire a par exemple dû batailler jusqu’au bout pour s’imposer face à ses compères de fuite, mais aussi résister au retour de Tadej Pogacar et du peloton. Et avouons-le : les plus beaux scénarios sont souvent ceux où l’échappée tient tête au peloton.
Est-ce que vous courez le reste de l’année ?
Non, les coureurs sont employés pour seulement disputer le Tour de France ! On plaisante. Évidemment que le calendrier est bien, bien plus conséquent que la seule et unique « Grande Boucle ». En réalité, la saison cycliste débute en janvier et ne se termine qu’en octobre, traditionnellement. Tu as sans doute déjà entendu parler de certaines courses toi-même : Paris-Roubaix, Paris-Nice, Tour d’Italie. Ça te parle ? À titre d’exemple, notre équipe Groupama-FDJ United cumule plus de 200 jours de course par an, répartis entre courses par étapes et courses d’un jour. Le calendrier est principalement européen, mais on se rend aussi en Australie, en Chine, au Canada et même dans la péninsule Arabique. D’ailleurs, le calendrier est si fourni qu’il explique le fait qu’une équipe WorldTour dispose d’environ trente coureurs dans son effectif. Il y a plusieurs fronts, plusieurs objectifs, souvent même en parallèle ! Pendant que certains disputent une course en Belgique, d’autres peuvent être engagés en Espagne ou en Italie. Bonus : 95% des courses cyclistes sont diffusées à la télévision. Alors, prêt à nous suivre après ce Tour de France ?



Pourquoi on roule en peloton ?
Attends, il faut que j’aille chercher mes cahiers de Physique de Terminale ! Rouler en peloton, c’est-à-dire groupé de manière plus ou moins compacte, c’est le B-A-BA du sport cycliste. Pour une raison extrêmement simple et qui peut se résumer en un mot : l’aspiration. Le cyclisme est un sport qui se pratique en extérieur, et qui dépend donc aussi des facteurs météorologiques et environnementaux, parmi lesquels… le vent. Or, si on est à l’abri, on le ressent moins, et on gaspille moins de forces. Dans un peloton qui évolue sur le plat, seule une poignée de coureurs, ceux en tête, réalisent un effort soutenu. Les autres, protégés par les coureurs devant eux, bénéficient du phénomène d’aspiration. La forme du peloton permet ainsi aux équipes de ménager leurs coureurs afin d’exploiter leur potentiel maximal en fin de course. Tu remarqueras aussi qu’au sein même du peloton, les différentes formations sont souvent rassemblées. Pour la même raison, plus un coureur (souvent le leader) est protégé par ses équipiers, moins il fournira d’efforts. Enfin, rouler en peloton permet également une certaine organisation. On ne comprendrait pas grand-chose si les coureurs étaient éparpillés en permanence. Car c’est déjà le cas quand la course devient dure !
Les équipiers, ils n’ont pas le droit de gagner ?
Déjà, si tu fais la distinction entre les équipiers et le leader, c’est que tu n’es pas totalement novice ! Effectivement, les équipes sont traditionnellement composées d’un leader, le coureur censé obtenir des résultats, et de coureurs supposés le soutenir et l’accompagner dans cette quête : les fameux équipiers. Initialement, c’est bel et bien leur mission principale, mais cela ne veut absolument pas dire qu’ils n’ont aucune liberté. Au contraire, et particulièrement sur les Grands Tours, les habituels équipiers peuvent parfois avoir leur chance au sein des échappées. Ils ont non seulement le droit de gagner, mais c’est aussi l’objectif qu’on peut leur fixer. Ce n’est pas seulement un dépassement de fonction, car chaque coureur garde en lui cet instinct et cette volonté de gagner. Si le leader n’est pas sur son terrain, n’est pas dans un grand jour, ou bien même a abandonné, les équipiers peuvent devenir des chasseurs d’étape et de résultats. Il n’y a d’ailleurs pas grand-chose de plus beau que de voir un fidèle « gregario » lever les bras : le travailleur de l’ombre enfin récompensé.