Si le chrono individuel à Évian a mardi permis une remise en jambes à certains après la journée de repos, et à Ewen Costiou d’obtenir une solide dix-neuvième place, le Tour de France est reparti sur des bases très élevées mercredi vers Voiron. Dans une dix-septième étape décousue, presque anarchique, c’est une échappée qui a triomphé, mais avec quelques-uns des meilleurs sprinteurs en son sein. Accompagné par Clément Braz Afonso et Guillaume Martin-Guyonnet en tête, Clément Russo est parvenu à signer une admirable sixième place dans ce qui restera peut-être l’étape la plus folle de cette édition 2026.
C’est par un effort individuel que chacun des concurrents encore en lice entamait la dernière ligne droite du Tour de France mardi. Au lendemain de la deuxième journée de repos, 26 kilomètres étaient ainsi à couvrir entre Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains, avec une longue montée roulante en première partie de parcours. Les favoris et les spécialistes étaient attendus au rendez-vous, mais l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United s’est tout de même attachée à réaliser une étape sérieuse. «On a demandé aux coureurs de l’implication, sans non plus se mettre dans un état de fatigue extrême, avançait Yvon Caër. Ewen avait quand même à cœur, après sa troisième place au championnat de France, de s’étalonner par rapport à cette concurrence-là, et il a bien fait ». Grâce à un temps de 35’08, le jeune Breton s’est en effet flanqué d’un solide top 20 (19e) dans l’exercice. « À ce niveau-là, c’est une vraie référence pour lui, reprenait Yvon. Il aurait peut-être même pu faire un peu mieux s’il n’avait pas été gêné en doublant un coureur dans la descente. C’est, quoi qu’il en soit, de bon augure pour l’avenir. Tous les autres, à part Lorenzo qui avait une petite gêne à la gorge, ont fait le chrono de manière appliquée. Ça fait partie de la culture de l’équipe ». Le champion du monde et olympique Remco Evenepoel s’est lui largement imposé avec une marque de 32’19.
« Je ne pensais même pas rentrer devant », Clément Russo
Mercredi, les coureurs étaient de retour dans leur environnement habituel : le peloton. Mais ce peloton était appelé à voler en éclats dans une dix-septième étape très ouverte, et considérée par certains comme l’ultime opportunité pour les baroudeurs. Dans les cinquante premiers kilomètres montants depuis Chambéry, la bataille pour se frayer un chemin à l’avant s’est ainsi, comme attendue, avérée incessante. « C’était fou, assurait Yvon, mais on a encore une fois été acteurs. Au début, on misait évidemment plutôt sur les grimpeurs, notamment avec Guillaume et Clément [Braz Afonso], qui ont bien accompagné les coups. Le petit regret, c’est que Quentin se soit fait piéger quand les leaders se sont relevés après 60 kilomètres, alors qu’il avait réussi à tenir ». Dans un premier temps, ce sont donc les deux grimpeurs du groupe qui ont pu se détacher dans une échappée remarquable de seize hommes « On savait que ça pouvait mettre longtemps à sortir, ajoutait Clément Braz Afonso. Quand j’ai enfin compris que j’étais dans l’échappée, j’étais déjà mort, et je me suis dit que la journée allait être longue. Le rythme imposé sur le plat ne me convenait pas du tout. J’étais à fond, et j’étais content lorsque c’est rentré de derrière pour pouvoir me poser dans les roues ». Car si l’échappée a rapidement pris une minute d’avance, le premier peloton n’a pas immédiatement levé le pied. Une poursuite a été engagée à la mi-course, avant que plusieurs contre-attaques ne fusent à une soixantaine de kilomètres de la ligne. Soit après deux heures et demie de course.
C’est alors que le groupe de tête s’est petit à petit étoffé. « Clément [Russo] a eu la bonne idée de suivre une vague, et il a fait un gros effort pour rentrer », expliquait Yvon. « Je me demande encore comment j’ai fait, souriait l’intéressé. Franchement, je pensais que c’était fini quand ils sont partis à vingt. Finalement, on est revenu tout près, ça a attaqué de partout et c’est sorti par grappes de dix. J’ai loupé la première, j’ai loupé la deuxième, puis j’ai réussi à prendre la troisième. Pour autant, je ne pensais même pas rentrer devant car on n’était pas nombreux, et j’étais avec Philipsen, donc ça ne collaborait pas très bien. J’ai quand même réussi à revenir in-extremis, et j’étais déjà satisfait d’être devant, même si six gars étaient repartis entre-temps ». Dans les quarante derniers kilomètres, c’est donc un duel entre les deux premiers groupes d’échappés qui s’est installé et qui a, petit à petit, penché pour le second, plus fourni. D’autant plus lorsque Jasper Stuyven s’est isolé à l’avant, à vingt-cinq bornes du but. « On voulait que ça arrive pour la gagne », disait Yvon. « Avec l’équipe, j’ai pris la décision d’aller rouler car on sait que Clément est rapide, et avec des sprinteurs un peu entamés, tout est possible », ajoutait Clément Braz Afonso. Dans un final disputé à toute allure, le groupe de chasse s’est vivement rapproché de Stuyven, qui a abordé la dernière côte non-répertoriée du jour (2,5 km à 4%) avec seulement quinze secondes d’avance.
« L’engagement est omniprésent et c’est hyper satisfaisant », Yvon Caër
Quelques mouvements ont bien eu lieu, mais personne n’a été en mesure de se détacher au sommet, à trois kilomètres du terme. « J’avais peur que ça casse dans la dernière montée, mais je voulais tout donner, indiquait Clément Russo. J’ai même fait un effort au sommet quand j’ai vu Pedersen relancer avec Van Der Poel. J’ai préféré suivre pour ne pas avoir de regrets ». Une vingtaine de coureurs s’est finalement regroupée dans ces derniers moments, et c’est bien un sprint en comité réduit qui s’est profilé malgré une ultime tentative d’anticipation de Joshua Tarling. « Dans le sprint, c’était vraiment au mental, expliquait Clément. Il ne me restait plus grand-chose, comme la plupart je pense, mais juste assez pour terminer sixième ». Au terme d’une étape aussi désordonnée qu’intense et spectaculaire, le Lyonnais de 31 ans a donc accroché son quatrième top 10 sur ce Tour 2026. « Je suis quand même content, c’est mon meilleur résultat cette année sur le Tour, disait-il. C’est mieux que mes trois huitièmes places précédentes. C’est bon à prendre. La forme est là depuis le départ et je suis régulier ». « Il a fait une étape de très haut niveau physiquement, saluait Yvon. En vitesse pure sur un sprint, il reste limité face aux meilleurs, mais il a une très bonne condition, une grosse motivation et il prend goût à aller jouer à chaque fois. Il est toujours dans le match et manœuvre de manière quasi optimale ».
C’est aussi avec le sentiment du devoir accompli que la Groupama-FDJ United a bouclé cette dix-septième étape. « Clément a fait une super course, et on a encore réalisé une belle performance d’équipe aujourd’hui, assurait Clément Braz Afonso. On a de nouveau joué la victoire d’étape et je pense qu’on a encore montré un beau visage ». « Tous s’engagent, les uns après les autres, insistait Yvon. Dans ce genre d’étapes, il faut un engagement total, de la solidarité, et ne jamais baisser les bras. Force est de constater que, pour l’instant, dans cette perspective des échappées, on réalise un très bon Tour de France. Quand ça devient plus physique, c’est plus compliqué car c’est le Tour, mais l’engagement est omniprésent et c’est hyper satisfaisant à voir. Vendredi et samedi, ce seront des parcours pour purs grimpeurs, mais demain, on a bon espoir que nos coureurs puissent encore saisir l’opportunité d’une échappée pour faire un résultat ».