Cela aurait pu être une entame presque idéale. Malheureusement, la huitième place de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United ce samedi, lors du chrono par équipes inaugural du Tour de France à Barcelone, a été grandement ternie par l’abandon de Clément Berthet. Alors que Romain Grégoire s’est fendu d’un final tonitruant pour parachever le travail de ses équipiers, son acolyte franc-comtois a lui rejoint la ligne trois minutes plus tard aux côtés de Guillaume Martin-Guyonnet, avec qui il avait chuté une dizaine de kilomètres plus tôt. Un accident qui a non seulement freiné l’équipe, mais qui l’empêchera surtout de prendre le départ du deuxième acte demain. Un véritable crève-cœur.
Tout était réuni pour une belle journée de vélo à Barcelone, point de départ du 113ème Tour de France. Autour de la cité catalane, le chrono par équipes inaugural de 19,6 kilomètres, avec temps pris sur le premier coureur de chaque formation, promettait un vrai spectacle. Du côté de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United, le plan était clair et bien établi : Romain Grégoire était la pièce maîtresse, et devait d’abord être conservé, puis propulsé au pied de l’ultime côte pour livrer son plein potentiel et signer le meilleur temps possible. Malheureusement, le groupe emmené par le Bisontin a connu un coup dur peu avant la mi-course avec la chute simultanée de Clément Berthet et Guillaume Martin-Guyonnet en queue de file. Au deuxième point intermédiaire, cela coûtait déjà quelques secondes à l’équipe, partie cinquième. « Clément a été déséquilibré, Guillaume n’a pas pu l’éviter, et Quentin a déraillé et subi une cassure, relatait Anthony Bouillod. On s’est vite retrouvés à cinq. Ceci étant, on s’était dit que s’il y avait un incident mécanique pour n’importe quel coureur, on n’attendait pas, car le but était de faire la meilleure performance possible. Tous étaient en accord avec ça. C’était décevant, mais on s’est tenus à notre plan et c’est resté assez limpide pour les coureurs ». « C’était un vrai coup dur, confiait Romain. Dans le feu de l’action, je n’ai même pas vu qu’ils avaient chuté. Étant donné qu’on avait décidé de me préserver pour le final, ils n’étaient donc plus que quatre à tourner mais ils ont fait un boulot monstre. Ils ont été vraiment solides pour limiter l’écart sur les derniers kilomètres de plat ».
« Romain est très fort », Anthony Bouillod
Au troisième et avant-dernier point intermédiaire, la Groupama-FDJ United est même parvenue à s’emparer du meilleur temps provisoire. « Romain voulait passer un peu sur le plat pour donner un petit coup de main mais on l’a finalement gardé dans les roues sur la partie plate, reprenait Anthony. Les autres ont vraiment assuré car ils ont dû allonger leurs relais et ils ont très bien limité la casse. Le vrai changement, c’est que Romain a dû commencer à rouler dans l’avant-dernière montée pour essayer de maintenir l’écart. Clément [Braz Afonso] a basculé avec lui, a pu lui passer un dernier relais dans la descente, puis Romain est parti solo. Les gars ont compensé sur le plat mais ça nous a forcément manqué dans le final ». Après avoir avalé la montée de Montjuic (900m à 5,5%), Romain Grégoire a donc attaqué la côte finale (800m à 7%) plein gaz, et laissé parler ses qualités d’explosivité. Au sommet, il a ainsi écrasé le temps de référence d’alors de plus de vingt secondes. « On savait que le final lui convenait et c’est pour ça qu’on avait adapté la stratégie de cette façon, indiquait Anthony. Quand on voit son final, on peut dire que Romain est très fort. Il n’a certes pas roulé sur la partie plate, mais il a dû commencer à rouler dans l’avant-dernière montée, puis dans l’approche de la dernière bosse. Il a réalisé un gros finish ».
« L’équipe s’est super bien débrouillée », Romain Grégoire
Surtout, le chrono de la Groupama-FDJ United (22’28) a longtemps tenu le choc face au reste de la concurrence. Avant l’arrivée des cinq dernières équipes, soit les grandes favorites, la formation tricolore apparaissait encore sur le podium provisoire. Au terme de la journée, elle a finalement reculé au huitième rang, mais à seulement deux secondes de la sixième place, et à 41’’ de l’équipe Visma-Lease a Bike lauréate. « Je pense que l’équipe s’est super bien débrouillée, expliquait Romain. Cette huitième place est synonyme de bon chrono pour nous, surtout compte tenu des circonstances. De mon côté, j’ai fait la montée que je devais faire ». « Il y a eu l’engagement qu’on voulait et le résultat est plutôt bon quand on voit le contexte, confirmait Anthony. D’un autre côté, la chute de Clément et Guillaume est forcément une énorme déception. On pouvait notamment espérer cette sixième place si on les avait eu avec nous, mais surtout, il y a les séquelles de cette chute ». Si les deux hommes sont bien arrivés au bout de l’épreuve chronométrée, environ trois minutes après Romain Grégoire, Clément Berthet ne pourra malheureusement reprendre la route dimanche. Un coup du sort cruel pour le grimpeur jurassien, et une vraie perte pour le groupe alors que se profile dimanche un final explosif sur la colline de Montjuic.