« La Conti » Groupama-FDJ United a longtemps flirté avec la victoire sur la Ronde de l’Isard la semaine passée, mais l’attente en valait largement la peine. Dimanche, lors de la cinquième et dernière étape, Rémi Daumas a livré un raid solitaire monumental de plus de 85 kilomètres à travers les cols pyrénéens pour s’adjuger une victoire époustouflante à Saint-Girons. Également cinquième du général final, il a conclu de la meilleure des manières une semaine pleine pour « La Conti », omniprésente sur tous les terrains.
En attendant l’étape reine prévue dimanche, la première explication entre les prétendants au classement général de la Ronde de l’Isard était prévue vendredi, au sommet du Col de Pailhères. Après une série de montées roulantes, ce sont 10 kilomètres à 8% qui devaient établir une hiérarchie initiale entre les hommes forts. Un moment que « La Conti » attendait avec impatience. « On voulait rendre la course dure et faire rouleau-compresseur pour Rémi, car c’est sur ce genre de rythme qu’il est le plus performant, expliquait Tanguy Turgis. Dès les premiers cols, Eliott a fait un super boulot, Soan a pris le relais, puis Lidl-Trek a pris les commandes, mais dans une configuration similaire à celle que l’on souhaitait ». La sélection s’est donc faite par l’arrière avant de débuter l’ascension finale, où Rémi Daumas s’est montré entreprenant de bonne heure. « Je pense qu’il aurait dû être un peu plus patient, reprenait Tanguy. Il a voulu attaquer dans la première partie du col, ce qui était une petite erreur car il y avait vent de face. Puis, à cinq kilomètres du sommet, il a de nouveau attaqué mais s’est fait contrer ». Le Britannique Huw Buck Jones s’est alors isolé, et le jeune grimpeur de « La Conti » a limité ses pertes en prenant la quatrième place au sommet, à 51 secondes. « Le vainqueur était le plus fort, mais sans ses deux attaques initiales, Rémi aurait peut-être pu accrocher la deuxième ou la troisième place, disait Tanguy. Il y avait un petit peu de déception, mais les coureurs avaient eu la bonne attitude ».
« Je voulais partir de loin pour renverser le général », Rémi Daumas
En revanche, la victoire fuyait toujours « La Conti », qui cumulait alors un podium, un top-5 et deux tops-10 après trois jours de course. Le quatrième acte apparaissait comme une bonne opportunité de concrétiser, sur à peine 122 kilomètres. « J’avais dit aux coureurs dès le début de semaine qu’on se devait d’aller de l’avant sur cette étape, indiquait Tanguy. Je ne croyais pas trop au sprint car l’étape était plus dure qu’on ne le pensait et que personne n’avait vraiment les moyens de contrôler. La première heure a d’ailleurs été disputée à 47 km/h de moyenne, et l’échappée n’est sortie qu’après 70 kilomètres.

Eliott est rentré avec un petit contre, et on lui a dit de ne pas rouler car il y avait des équipes surreprésentées ainsi que le cinquième du général, qu’on n’allait pas aider à prendre du temps à Rémi ». À une vingtaine de kilomètres du but, l’échappée semblait en bonne voie de se jouer la victoire, mais le Britannique Mattie Dodd a anticipé ses rivaux à l’avant. « Quand il est sorti, on espérait que les équipes en surnombre roulent, malheureusement il n’y a pas eu d’entente, complétait Tanguy.
Eliott a essayé d’organiser la chasse, mais ça n’a pas suffi. Or, il était bien le plus rapide et a terminé deuxième de l’étape en réglant le sprint en contre. On était forcément déçus car il était très fort toute la semaine, mais il ne pouvait pas gérer autrement. Parfois, on fait les choses bien et ça ne sourit pas forcément, mais il fallait persévérer ».
Après cette nouvelle place d’honneur, il restait une seule chance pour ne pas repartir de la Ronde de l’Isard les mains vides. Mais pour cela, il fallait dompter les 4300 mètres de dénivelé et cinq ascensions répertoriées entre Lavelanet et Saint-Girons dimanche, lors de la colossale étape reine. « Le plan était de mettre des coureurs dans l’échappée pour avoir un point d’appui pour Rémi, assurait Tanguy. Il y a eu une grosse bataille pour la prendre, et on a retrouvé Johan et Soan dans un contre. S’il y avait encore une échappée dans le Port de Lers, Rémi devait attaquer pour profiter de l’appui de ses coéquipiers jusqu’au pied du dernier col, idéalement. Dans le cas où il n’y avait pas d’échappée, c’était à lui de décider. L’option de sécurité était d’attendre le dernier col, mais c’est Rémi qui détenait les clés ». Les « éclaireurs » ont finalement été revus tôt dans le Port de Lers, les favoris se sont vite retrouvés en tête à tête et Rémi Daumas a alors saisi sa chance, à plus de 85 kilomètres du terme ! « Il se sentait vraiment plus fort et il les a lâchés à la pédale », expliquait Tanguy. « C’est l’étape qui me plaisait le plus sur le papier avec cet enchaînement de cols, commentait Rémi. J’avais prévu d’attaquer dans le Port de Lers. Initialement, je voulais partir de loin pour renverser le général, mais je n’avais pas forcément l’intention de me retrouver seul au sommet ! »
« S’il a fait ça, c’est qu’il s’imaginait gagner comme ça », Tanguy Turgis
Pourtant, le longiligne grimpeur s’est bel et bien affirmé comme l’homme fort du jour, portant rapidement son avance à trente secondes, puis à une minute au sommet du Col d’Agnès malgré un changement de vélo, et même à plus de deux minutes après le col suivant, celui de Latrape, le tout après déjà 30 kilomètres de fugue. Dans l’ultime difficulté du jour, le Col de la Core (14 km à 6%), et malgré une portion de vallée en amont, l’Arlésien conservait encore un solide avantage sur un groupe maillot jaune organisé à sa poursuite. « J’ai un peu coincé au sommet, confiait-il. J’ai basculé avec 1’15 mais je savais que c’était jouable avec la descente et le faux-plat descendant ». Trente kilomètres restaient pourtant à parcourir.« À ce moment-là, je pensais encore au général, mais Bourg-en-Bresse Ain Cyclisme avait finalement encore trois coureurs pour rouler dans la vallée, expliquait Tanguy. En revanche, j’étais assez confiant pour la victoire d’étape, car ils n’avaient aucun intérêt à rentrer sur Rémi par rapport aux bonifications ». Toutefois, avec tout juste une minute de marge à l’entrée dans les dix derniers kilomètres, Rémi Daumas n’a pas eu d’autres choix que de s’arracher jusqu’au bout. « C’était très stressant, poursuivait son directeur sportif. On craignait le scénario catastrophe, mais on restait optimiste. Surtout, Rémi ne faiblissait pas. Il a été très solide pendant tout le final ». « Ça s’entendait bien derrière, et avec le vent de face, les quinze derniers kilomètres ont été très longs », soufflait Rémi.
Le scénario catastrophe a toutefois été évité, et au terme d’un récital de plus de deux heures dans les Pyrénées, Rémi Daumas a bien triomphé sur la ligne d’arrivée. « Je n’ai pas pu garder l’avantage nécessaire pour renverser le général, mais j’ai assuré la victoire d’étape, et c’est déjà ça de pris, disait-il soulagé à l’arrivée. C’était dur, long, mais ça l’a fait ! Je me sentais fort aujourd’hui et je voulais saisir l’opportunité ». « C’est Rémi lui-même au briefing qui avait proposé de partir de loin, et je l’ai senti vraiment très motivé par ce plan, témoignait Tanguy. À partir du moment où il a attaqué, il était hors de question de lui dire qu’il était trop tôt. Je préférais qu’on joue all-in, car c’est ce qu’il voulait faire. Pour moi, un coureur doit s’imaginer gagner. S’il a fait ça, c’est qu’il s’imaginait gagner comme ça. C’était certes un peu suicidaire, mais c’était possible… à condition d’être exceptionnel. Et il l’a été. Il n’y a pas de mots pour décrire sa performance. Il a fait 85 kilomètres seul devant et n’a pratiquement perdu du temps que dans la dernière vallée avec le vent de face. On ne vit pas énormément de journées comme celle-ci dans une carrière. J’ai presque envie de dire qu’on repart « seulement » avec la victoire d’étape, car ce qu’il a fait méritait tellement plus… Mais au moins, on a cette victoire ».
« Ça récompense le travail de toute l’équipe », Rémi Daumas
Ce succès mémorable, ainsi que la cinquième place finale de Rémi Daumas, ont ainsi étoffé, ou plutôt parachevé, une Ronde de l’Isard pleine pour « La Conti » Groupama-FDJ United. « Cela donne de la cohérence à toute la semaine, concluait Tanguy. Aujourd’hui, Rémi a réalisé un truc de fou furieux, mais cela vient vraiment récompenser toute l’équipe car il faut noter qu’on a réalisé des performances avec chaque coureur du groupe, à l’exception de Reef, qui est malheureusement tombé. Ça a fait notre force. On a été très performants tous les jours, et la persévérance a payé. Je suis très fier de l’équipe, du staff, et du comportement que les gars ont eu cette semaine. J’ai vu des coureurs à grand potentiel et j’espère qu’ils vont continuer comme ça ». « On a super bien couru toute la semaine, ponctuait Rémi. On a attendu la dernière étape pour mettre la balle au fond mais l’essentiel est d’être allé la chercher, et ça récompense surtout la belle course de l’équipe. Tous les gars qui ont terminé ont signé un top 10. Cela montre la force de notre collectif et la confiance accordée à chacun ».