« Thibaut a très envie d’en découdre »

Le Tour de la Provence sonne ce jeudi le retour à la compétition de Thibaut Pinot et de quelques uns de ses lieutenants. Un peu plus de six mois après son retrait du Tour de France, le grimpeur de Melisey a déjà dans l’intention de retrouver le devant de la scène. Son directeur sportif Philippe Mauduit affiche lui aussi les ambitions de l’équipe mais se veut dans le même temps assez prudent au moment de faire un point de pré-rentrée. 

Philippe, plusieurs coureurs font leur rentrée ce jeudi. Quelles ondes se dégagent du groupe ?

Plus on s’approche des courses, plus ils ont envie d’y être, c’est une évidence. C’est comme ça à chaque début de saison. Ils sont toujours impatients de remettre un dossard et d’aller courir, déjà pour s’étalonner et voir ce qu’ils valent physiquement, pour valider le travail effectué en préparation, mais aussi et tout simplement parce que ce sont des coursiers. Ils ont fait du vélo car ils aiment ça, mais aussi et surtout pour la compétition.

« On va vraiment laisser le temps à Thibaut de reprendre ses automatismes »

Quatre d’entre eux étaient en stage à Tenerife (Thibaut Pinot, David Gaudu, Rudy Molard, Anthony Roux). Ils en sont repartis avec la satisfaction du boulot accompli ?

Ils étaient tous super contents d’y être, Anthony l’a d’ailleurs très bien raconté (lire ici). Ils ont bien bossé, ils ont fait un beau stage et sont à peu près sur les mêmes bases que l’an passé à la même époque. De ce point de vue, ils ont donc été confortés dans leur choix d’y retourner. Même si c’est difficile et qu’ils n’avaient plus l’effet de surprise, ils ont bien conscience que c’est un stage important, qui leur apporte beaucoup. La seule petite incertitude désormais concerne Thibaut, vis à vis du rythme de course sachant qu’il n’a pas couru depuis juillet. Alors, même si lui a évidemment très envie d’en découdre, on ne sait pas trop où il se situera. On n’est toutefois qu’au mois de février. À la sortie du Tour du Haut-Var, on a la certitude qu’il sera dans l’allure pour le reste de la saison.

Quelle a été l’approche de Thibaut pour ce début de saison ?

Après sa convalescence, il a fallu qu’il remette en route. La reprise a été très progressive, et contrairement à l’an dernier, il n’a pas fait de ski de fond. Peut-être n’en avait-il pas trop envie. Il s’est en tout cas uniquement concentré sur sa pratique et le coeur même de son métier. Ce qui fait qu’il est déjà bien dans le match. À Tenerife, il a produit des valeurs semblables à celles de l’an passé, qui l’avaient alors amené à jouer la gagne sur le Tour de la Provence et le Tour du Haut-Var. Pour autant, je ne veux surtout pas lui mettre la pression sur ces courses-là. Comme je le disais, la compétition remonte à un petit moment. Il va falloir qu’il reprenne ses automatismes dans le peloton. On va vraiment lui laisser le temps pour ça car il a aussi des copains qui sont capables d’aller gagner des courses en attendant, que ce soit Rudy ou David. Evidemment qu’on va travailler avec Thibaut comme leader, car il faut que le groupe reprenne des automatismes, cela fait six mois qu’ils n’ont pas couru ensemble. Mais plein de coureurs peuvent gagner dans l’équipe, on n’a donc pas nécessité de mettre la pression sur lui.

« Il faut qu’on se remette dans la perspective de gagner »

Mais Thibaut se mettra la pression quoiqu’il en soit… 

Oui, et je ne vais pas essayer de l’en empêcher car c’est bien que lui se la mette. Ensuite, si ça se passe moyennement, ce sera à moi de réussir à faire en sorte qu’il se détache d’une éventuelle contre-performance. Lui, il doit se projeter et même avoir pour objectif d’aller jouer la gagne, tout simplement parce que c’est son essence et c’est ce qui fait qu’il pourra performer plus tard dans la saison. Aujourd’hui le niveau de préparation est tellement haut, l’investissement de l’équipe autour des coureurs est tellement important, à tous les niveaux, qu’on ne peut pas prendre le départ d’une course et se dire « on verra ». On prend le départ d’une course en voulant gagner. Peut-être qu’on n’a pas toutes les armes mais on va tout faire pour. Si on ne met pas au fond, on saura toujours faire comprendre aux coureurs pourquoi on a échoué et ce qui fera, dans un futur proche, qu’on ne sera pas voué à l’échec. Pour ce qui est de la pression, ils se la mettent tous seuls.

C’est la période du début de saison qui exige aussi une certaine prudence sur les attentes ?

Je ne pense pas qu’il y aura de vraie contre-performance, honnêtement, mais il faut aussi savoir que le Tour de la Provence commence par une étape qui a 90% de chances de se solder par des bordures. Reprendre la compétition avec une étape comme celle-là, c’est vraiment très compliqué, même pour les spécialistes. Ne serait-ce que par rapport à ça, je ne veux pas leur mettre la pression. Mais évidemment, ils sont tous conscients qu’on y va malgré tout pour aller chercher des résultats. Ce n’est pas la fin d’un cycle d’entraînement, on est vraiment dans la « compet » dès le Tour de la Provence.

L’objectif reste donc bien plus large que de simplement « reprendre ses repères » ?

Bien sûr. Et de toute façon, les repères on les prend en mettant en place des stratégies de performance. Si on met quelque chose de facile en place, le jour où l’on se retrouve au départ d’un objectif, on est face à l’inconnu et avec de fortes chances de passer à côté car on n’a pas simulé ou préparé la chose. Il faut qu’on se remette dans la perspective de gagner, mettre en place la mécanique qui nous permettrait de gagner. Est-ce qu’on réussira ? On ne le saura qu’a posteriori, mais en tout cas, c’est l’axe de travail qui nous intéresse.

« On ne va pas s’enflammer »

Le parcours proposé sur le Tour de la Provence cette année est particulièrement difficile. Comment l’équipe va-t-elle opérer ?

Il y aura Antoine Duchesne, Anthony Roux, Matthieu Ladagnous et Ignatas Konovalovas pour accompagner l’équipe sur les parties de plaine et dans les bordures. On compte sur eux pour protéger l’équipe et la placer aux avant-postes dans les moments où on sera confronté au vent, notamment sur la première étape. Ensuite on aura Rudy Molard et David Gaudu pour aider Thibaut dans les parties montagneuses, notamment pour l’étape du Chalet Reynard. Il y a une certitude, Thibaut aime les haut-lieux du cyclisme. Maintenant qu’on a dit ça, c’est vrai que l’arrivée n’est pas en haut du Ventoux, et puis on est en février ! Ses objectifs sont plus lointains, on ne va pas s’enflammer. S’il a les jambes, évidemment qu’on fera tout pour l’aider à remporter une étape. Et si c’est celle-là, je pense que ça lui fera évidemment plus plaisir qu’une autre.

Est-ce que le Tour, qui est l’objectif principal de Thibaut, est déjà dans la tête de tout le monde ?  

On est déjà dans l’optique du Tour, bien sûr. Toutes les compositions, toutes les courses choisies sont faites dans le but de souder un groupe, de faire travailler un groupe, de se préparer au mois de juillet. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue qu’on est loin de ce mois de juillet, et si un coureur comme William par exemple ne nous accompagne pas sur le Tour de la Provence, c’est parce qu’il s’est fait opérer il y a un mois. Evidemment, on se projette, et puis le Tour de France est tellement compliqué aujourd’hui qu’on est obligé de préparer très tôt à l’avance.

«  J’apporte ma petite pierre, d’autres apportent la leur et on continue à construire »

Sans tomber dans de l’alarmisme si les premières sorties sont en-deçà des attentes…

Evidemment. Il suffit de regarder la saison de Geraint Thomas l’année dernière. Il était malade, avait du poids en trop, était à la rue sur toutes les courses jusqu’au Tour de Suisse, où il comptait peaufiner sa préparation. Pas de bol, il tombe au bout de deux jours et doit rentrer à la maison. Tout ça ne l’a pas empêché de faire un podium sur le Tour. Il faut simplement raison garder, avoir la tête froide et rester concentré quoiqu’il arrive. Une contre-performance ne remettra pas tout en cause, loin de là. On sait où on en est. On imagine quelles pourraient être nos lacunes. On est tous plutôt d’un naturel optimiste donc on oublie parfois un peu qu’on pourrait avoir des revers, mais on est aussi prêt à endurer quelques déboires et quelques souffrances en sachant que ça ne remettra aucunement en cause ce qui pourrait se passer en juillet.

D’un point de vue personnel, tu entames ta deuxième année au sein de l’équipe. Avec quelles attentes ?

Je n’attends rien (sourires). Je suis là pour apporter, pas pour prendre. La première année, j’ai plutôt tendance à observer et à m’intégrer au groupe. Je trouve que j’ai été très bien accepté dans l’équipe et que tout le monde a facilité mon arrivée et mon adaptation. La deuxième année doit s’inscrire dans la continuité. Une connaissance me disait toujours : chaque matin quand tu te lèves, il faut que tu aies une idée et que tu la développes. C’est un peu ça pour la deuxième année. Se lever chaque matin avec une idée, la partager avec les copains et faire avancer le schmilblick. Je crois qu’on travaille tous avec cet esprit là. On a déjà mis des choses en place ces derniers temps, on continue à en mettre d’autres en place et puis on avance. J’apporte ma petite pierre, d’autres apportent la leur et on continue à construire.