La treizième étape du Tour d’Italie a ce vendredi offert un scénario renversant en direction de Cuneo, et au bout du compte, Arnaud Démare a raflé la mise pour la troisième fois dans cette 105ème édition. Une échappée de quatre hommes a ainsi tenu en respect le peloton pendant plus de cent kilomètres, et il n’aura finalement manqué que 500 mètres pour voir les attaquants triompher. Mais grâce notamment à un travail colossal de ses équipiers, et d’une mise en orbite idéale, le sprinteur picard a pu surgir dans la dernière ligne droite pour conquérir un nouveau succès de prestige et asseoir un peu plus sa domination au classement par points.

« Bien évidemment qu’on a douté », Sébastien Joly

« Ce matin, au départ de Sanremo, il y avait déjà de bonnes ondes ». Six ans après son premier triomphe majeur, sur la “Primavera”, Arnaud Démare retrouvait ce vendredi la cité ligurienne. Mais une fois n’est pas coutume, celle-ci accueillait donc le départ et non l’arrivée d’une course cycliste, puisque le terme de la treizième étape du Giro était situé 150 kilomètres plus au Nord à Cuneo. Le profil, en revanche, pouvait tout aussi bien convenir au sprinteur picard puisque l’unique difficulté du jour résidait en un col de dix bornes, à franchir après une heure de course. « Il y avait surtout vent favorable, précisait Sébastien Joly. D’entrée, il fallait bien filtrer l’échappée. Il ne fallait pas qu’un coup de dix s’en aille, au risque de se retrouver en difficulté. Tobias a fourni un gros effort pour revenir un beau coup, puis c’est sorti par grappes. Trois, puis deux, et on s’est dit : ‘’Parfait, on laisse partir’’. »  Les fuyards du jour, à savoir Nicolas Prodhomme (AG2R-Citroën), Filippo Tagliani (Drone Hopper-Androni Giocattoli), Julius Van Den Berg (EF Education-Easy Post), Mirco Maestri (Eolo-Kometa), et Pascal Eenkhoorn (Jumbo-Visma) ont plus tard abordé la montée du jour avec un avantage de 3’30 sur un peloton déjà pris en main par Clément Davy et d’autres équipes de sprinteurs. « Le piège était de se retrouver trop proche de l’échappée, expliquait Sébastien. Si on avait été à trois minutes au pied, cela aurait donné des idées à d’autres, mais il ne fallait pas être trop loin non plus. Le problème est que Pascal Eenkhoorn, en tête, a fait un gros train dans la bosse et a vraiment fait grimper l’écart ».

Au sommet, À 95 kilomètres du but, une nouvelle course a alors démarré puisque le désormais quatuor échappé cumulait plus de 6’30 d’avance. Il n’y a alors plus eu de temps à perdre. « Le bon point est qu’il y avait des intérêts chez Israel-Premier Tech, Quick Step-Alpha Vinyl et nous-mêmes, reprenait Sébastien. Le but était de monter au tempo autant que possible afin que tout le monde puisse passer et qu’on soit donc au sommet plus nombreux intéressés par la poursuite ». Face à des attaquants bien décidés à mener la vie dure au peloton, la chasse s’est immédiatement mise en route, laissant augurer deux heures de course absolument frénétiques. De nombreuses équipes se sont alliées, bien des coureurs se sont relayés au fil des kilomètres, mais l’écart a peiné à se réduire. À cinquante kilomètres du but, il était encore annoncé de 4’30. « Il y a eu une belle coopération d’équipes rivales, car on avait le même objectif et on a bien travaillé ensemble, soulignait Ignatas Konovalovas. Les échappés avaient des conditions favorables, avec un très fort vent de dos et quelques faux-plats descendants, mais ils ont aussi été très intelligents ». Face à un peloton extrêmement étiré et aucunement dans la gestion, les quatre hommes de tête ont même semblé tenir le bon bout dans la dernière heure de course. « Bien évidemment qu’on a douté, lançait Sébastien. On savait que ça ne se jouerait à rien. On a même dû déshabiller le début du train avec Tobias et Kono, mais le but ce matin était vraiment d’arriver pour la victoire. Puis, ça roulait tellement vite qu’on savait pouvoir s’appuyer sur d’autres équipes dans le final. Il était en revanche primordial de ne pas désosser la deuxième partie du train ». À une trentaine de kilomètres, Tobias Ludvigsson est donc venu prêter main forte à la chasse, comme son compère champion de Lituanie dix kilomètres plus loin. La main d’œuvre a défilé en tête de peloton, mais l’échappée comptait encore plus d’une minute à l’entrée dans les dix derniers kilomètres.

« Les mecs ont fait un boulot monstrueux », Arnaud Démare

« Je pensais que l’échappée allait aller au bout, confessait ‘Kono’. J’ai terminé de rouler à huit bornes de l’arrivée, je me suis écarté, et il y avait encore plus de trente secondes. Je n’ai pas roulé pour le train aujourd’hui, j’ai tout mis pour boucher le trou. Chacun des huit avait son rôle à remplir ». Dans un des finals les plus haletants de cette saison 2022, le peloton s’est finalement rapproché à moins de vingt secondes avant un faux-plat dans les deux derniers kilomètres. Miles Scotson a alors pris les rênes et le train Groupama-FDJ s’en est allé chercher le dernier rescapé à tout juste 600 mètres de la ligne. Ramon Sinkeldam et Jacopo Guarnieri ont maintenu le cap dans le dernier kilomètre pour déposer Arnaud Démare dans la dernière ligne droite. Le porteur du maillot cyclamen a alors fini le travail en devançant de peu Phil Bauhaus pour s’offrir un troisième succès d’étape sur ce Giro. « C’est une journée incroyable, s’exclamait-il dans sa première intervention après la course. Les échappés ont vraiment bien résisté, j’ai commencé à douter un peu quand je voyais nos éléments sauter un à un après avoir fait un gros boulot. C’est à dix bornes que j’ai commencé à y croire. J’ai pensé au sprint, mais j’étais mort, et je me suis demandé comment j’allais pouvoir sprinter ! Les mecs ont fait un boulot monstrueux et je pense que la relance à 1,5 kilomètre a vraiment fait mal derrière. Je pense que tout le monde est arrivé vraiment fatigué pour le sprint. Le long faux-plat montant était vraiment usant, il fallait vraiment patienter, et j’ai attendu le bon moment pour lancer. Je souligne encore le boulot de mes équipiers qui ont donné tout ce qu’ils avaient. Je pense à Clément, Attila, Tobias, Kono, qui ont vraiment fait un gros boulot pour revenir sur l’échappée. Dans le final, le train a été irréprochable. Miles, Ramon et Jacopo ont été exceptionnels pour pouvoir me déposer à 200 mètres. C’était ensuite un sprint à l’arrachée, à la rupture, comme j’ai pu, mais un sprint victorieux. C’est extraordinaire ».

De ses propres mots, le Picard était « cuit » à l’arrivée, mais cette journée de folie valait bel et bien la peine d’être vécue, et courue. « Avant de venir sur ce Giro, je m’étais dit que rien qu’en gagner une, ce serait beau, glissait-il. Il ne faut jamais banaliser la victoire, et il faut aller les chercher. Encore plus aujourd’hui ». « De mémoire, ça fait longtemps que je n’ai pas vu telle étape, ajoutait Sébastien Joly. Félicitations à l’ensemble des huit coureurs. On savait que ça allait être une journée musclée. On ne pensait peut-être pas que ça allait l’être à ce point, mais c’est une étape qui va rester dans les mémoires et c’est ce qui fait la beauté de ce sport ». Ignatas Konovalovas a lui passé la ligne d’arrivée ébahi, quelques minutes après ses collègues. Et pour cause. « Je n’y croyais plus trop, j’ai même enlevé mon oreillette, mais quand j’ai franchi la ligne d’arrivée, j’ai vu Arnaud avec les mains en l’air, racontait-il. C’était encore plus magnifique ! » « Je n’ai pas même pas vu le final, mais le fait d’être récompensé au bout, c’est la cerise sur le gâteau. C’est ouf », abondait le jeune Clément Davy. En plus d’ajouter une huitième victoire en carrière sur le Giro, une dixième dans les Grands Tours et une 87e au global, Arnaud Démare a ce vendredi largement accru son avantage au classement par points (117) sur son premier concurrent. « Le seul danger serait de rentrer à la maison prématurément, concluait-il. L’objectif est clair. Il reste neuf étapes, il va falloir rentrer dans les délais et faire le job avec les gars pour arriver jusqu’à Vérone ».

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1 commentaire

DUPRE André

DUPRE André

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Le 21 mai 2022 à 08:03

BRAVO Arnaud, tout le département et plus, la région de Beauvais est fier de toi, c’est majestueux ce que tu as fait. Bravo aussi à toute l’équipe pour le magnifique travail qu’ ils ont fait.