La montagne a repris ses droits ce week-end sur le Tour de France. Samedi, lors du premier acte, dans les Vosges, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ n’a pas été en mesure de peser malgré un vrai engagement en début de course. Dimanche, en revanche, Ewen Costiou a longtemps pu accompagner le groupe de tête après avoir d’abord intégré une large échappée en compagnie de Guillaume Martin-Guyonnet. Le jeune Breton a même pu attaquer la montée finale à l’avant, puis a rallié le sommet du Plateau de Solaison à une honorable dix-septième place. Une journée de repos attend désormais les coureurs.
Le peloton avait déjà eu droit à un avant-goût de montagne vosgienne vendredi en direction de Belfort, où Clément Braz Afonso s’était d’ailleurs illustré avec une huitième place après avoir arpenté le Ballon d’Alsace. Samedi, cette même ascension était de nouveau programmée, mais à mi-parcours dans une journée qui comptait trois autres montées répertoriées, 4000 mètres de dénivelé et le très exigeant col du Haag avant d’atteindre la ligne d’arrivée située au Markstein. Comme attendu, la bagarre s’est néanmoins enclenchée dès le Grand Ballon, au départ. « On a été exemplaires dans notre volonté de prendre l’échappée avec Ewen, Guillaume et Quentin, soulignait Yvon Caër. Ils ont tenté, mais c’était un rythme vraiment effréné. Ewen a été le dernier à résister, mais quand on sait les valeurs qu’ils ont développées, ils étaient juste à fond. Le but était de prendre l’échappée et de tenir le plus longtemps possible. C’est ce qu’on a fait, sauf qu’on est au Tour, sur une étape cruciale, et on a vu nos limites physiques. On savait, qui plus est, que les champions allaient s’expliquer, donc il n’y a aucun regret. Il y avait aussi un espoir un peu plus important que l’échappée puisse aller au bout dimanche, donc quand on est hors jeu pour l’étape, on demande naturellement aux coureurs de moins se livrer ». Au bout des 155 kilomètres, c’est d’ailleurs bel et bien Tadej Pogacar qui s’est imposé.
« Je me sentais vraiment bien », Ewen Costiou
Dimanche, une ouverture semblait légèrement plus plausible vers le Plateau de Solaison depuis Champagnole, à l’occasion d’un départ un peu moins ardu. Cependant, cela a aussi entraîné une bataille pour l’échappée de près de deux heures, sur 80 kilomètres. « On a remis le couvert et tout le monde était investi, assurait Yvon. Le seul regret, c’est que Clément a été handicapé par un problème mécanique, mais Guillaume et Ewen ont réussi à prendre une échappée de vingt-quatre et c’était une très bonne chose ». Le peloton a validé le groupe de fuite, tout en le maintenant à trois minutes, et cinquante kilomètres plus loin, le premier véritable test de la journée s’est dressé face aux coureurs : le Col de la Croisette (4,5 km à 11%). Ewen Costiou a alors épaté son monde. « Au fur et à mesure de l’étape, les jambes étaient de mieux en mieux, disait le Breton. Dans cette bosse raide, Pidcock est monté fort mais je me sentais vraiment bien. J’ai un tout petit peu coincé sur le haut, mais j’ai réussi à revenir ». Dans la descente, le coureur de la Groupama-FDJ United a ainsi rejoint Quinn Simmons, Tom Pidcock, Einer Rubio, Yannis Voisard et Adam Yates. Pas les premiers venus. « Ewen a montré des ressources de très haut niveau, saluait Yvon. Il était à son top, mais dans cette configuration Tour de France, il n’était qu’avec des champions ».
L’échappée a conservé plus de deux minutes dans l’ultime vallée menant au Plateau de Solaison (11 km à 9%), et malgré l’abandon sur chute de Jonas Vingegaard, le peloton maillot jaune n’a que très peu temporisé. « Je savais que ça allait être compliqué vu le niveau des mecs dans l’échappée et l’écart avec le peloton, mais je me suis battu jusqu’au bout, indiquait Ewen. J’ai gardé mon rythme dès le pied et je n’ai pas de regret ». Le jeune homme a été absorbé par le groupe des favoris à huit kilomètres du but mais a tout de même rejoint l’arrivée à la 17e place, cinq minutes derrière le vainqueur Remco Evenepoel. « Il faut souligner la belle montée d’Ewen, qui n’est pas un pur grimpeur, disait Yvon. Il peut être fier de lui. Samedi, il a battu son record de puissance sur une heure, au départ. Il s’est mis dans le rouge, mais il a fini dans le gruppetto pour pouvoir retenter aujourd’hui. Il était là, ça n’a pas suffi, mais on a le droit d’être confiant pour l’avenir. La clé sur ce Tour, c’est aussi la gestion. Il aurait peut-être pu faire 35e samedi, mais ça n’a pas de valeur et il aurait été dans le dur aujourd’hui. En se préservant, il a pu s’exprimer à 100%. II a lâché physiquement, mais il a lâché tout près de l’arrivée ».
« Continuer à essayer », Yvon Caër
C’est ainsi que s’est donc conclue une deuxième semaine du Tour encore extrêmement âpre. « On ne lâche rien, et encore une fois, on a zéro regret, appuyait Yvon. On s’est engagé, et on s’est simplement heurté à des limites physiques face au meilleur niveau auquel on puisse être confronté. On doit continuer à essayer, même si on reste tributaire des décisions des leaders. Mercredi, il y aura un match entre les puncheurs-grimpeurs et les sprinteurs qui passent les bosses. C’est une étape qui nous convient. L’arrivée à Orcières-Merlette peut aussi nous correspondre. Clément [Braz Afonso] est frustré de ne pas avoir pu combattre dimanche, Guillaume est dans un état de forme plutôt ascendant et Ewen aura bien récupéré d’ici-là. Puis, il nous restera aussi l’étape de Paris où Romain aura une belle carte à jouer, dans une filière qui est la sienne. On reste combatifs ! ».