David Gaudu s’offre un podium historique sur la Doyenne

Ce dimanche 25 avril, David Gaudu a ajouté une ligne importante à son palmarès personnel, mais il a aussi, par la même occasion, garni celui de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ. À 24 ans, le Breton est en effet monté pour la toute première fois de sa jeune carrière sur le podium d’un Monument cycliste, prenant la troisième place de Liège-Bastogne-Liège au terme d’un final lors duquel il a émergé parmi les tous meilleurs. Source d’espoirs pour les années à venir, cette troisième position constitue également une grande première pour l’équipe, qui n’avait encore jamais goûté au podium sur la « Doyenne » des Classiques.

« Soit ça passait, soit j’explosais le moteur », David Gaudu

Au départ de Liège ce dimanche matin, sur le coup de dix heures, David Gaudu s’est élancé avec un objectif simple dans son énoncé, bien moins dans sa réalisation ; à savoir améliorer sa sixième place obtenue en 2019. Sa grande forme du moment pouvait sans nul doute laisser entrevoir une performance de la sorte, mais aussi fallait-il que tout soit réuni le jour J. Dans un premier temps, alors qu’une échappée de sept hommes prenait jusqu’à dix minutes d’avance, le Breton a ainsi pu compter sur ses coéquipiers pour le tenir au chaud, surtout à l’approche des vraies difficultés après 150 kilomètres de course. « William, Lada et Romain ont fait un très très gros boulot jusqu’au pied de la Redoute, relatait Franck Pineau. Jusqu’à ce moment-là, la course était un peu bloquée de par le vent de face et il n’y a pas eu d’attaques vraiment concluantes ». Au pied de cette même montée, néanmoins, à près de trente-cinq kilomètres du but, la physionomie de la course a drastiquement changé. « D’habitude, La Redoute se monte vite, mais aujourd’hui, le peloton a littéralement explosé en mille morceaux, expliquait Franck. Ineos a effectué la montée comme si l’arrivée était en haut. On ne s’y attendait pas trop. Seul David a pu répondre à cette situation. Rudy et Valentin n’ont pu exprimer leur vraie valeur aujourd’hui. Valentin a été ralenti par une chute et Rudy était un peu loin au pied ».

Au sortir de la Redoute, une dizaine de concurrents se sont extirpés mais une trentaine de coureurs, dont David Gaudu, est parvenue à faire la jonction quelques minutes plus tard. Alors, comme attendu, c’est dans la dernière difficulté du jour, à quatorze bornes de la ligne, que la grande explication a eu lieu. Au pied de la Roche-aux-Faucons, le jeune Breton a ainsi fourni un bel effort pour se replacer en troisième position du peloton, dans la roue du champion du monde Julian Alaphilippe. « Depuis ce matin, je m’étais fixé ce rendez-vous, expliquait David. Toute la journée je ne pensais qu’à ça. Je savais que j’allais faire un ‘’all-in’’ dans cette montée. Puis, soit ça passait, soit j’explosais le moteur. C’est monté très vite, je me suis accroché, et c’est passé. De justesse, mais c’est passé ». Après avoir tenu l’attaque de Michael Woods quasiment jusqu’au sommet, le 7e de la Flèche Wallonne est parvenu à s’accrocher sur les derniers mètres de l’ascension pour accompagner quatre cadors : Woods, Alaphilippe, Valverde et Pogacar. « On s’est tous bien entendus, poursuivait David. Chacun savait qu’il avait sa petite pointe de vitesse à faire valoir. Je savais que j’étais potentiellement le moins rapide sur le papier mais il fallait quand même collaborer. Je me suis dit qu’il valait mieux sprinter à cinq qu’à dix ». Le quintette a ainsi entamé les dix derniers kilomètres avec quinze secondes de marge sur un groupe de poursuite plutôt conséquent, mais est parvenu à consolider son avantage sur le final.

« Je suis aux anges », David Gaudu

À la flamme rouge, on comptait ainsi une vingtaine de secondes d’écart alors que David se dressait tout juste sur les pédales. « Je savais que j’étais le moins rapide du groupe et j’hésitais à tenter le kilomètre, racontait l’intéressé. Au moment où j’ai déclenché, j’ai vu Julian se retourner et être prêt à me bondir dessus. Je me suis ravisé et c’était ensuite trop tard pour tenter d’anticiper ». C’est alors un sprint à cinq pour un succès monumental qui s’est profilé, le jeune coureur de la Groupama-FDJ l’entamant en troisième position. « Valverde a lancé d’assez loin, détaillait encore David. J’ai vu que j’arrivais à remonter progressivement, que je pouvais accrocher le podium mais je commençais aussi à avoir des crampes. À 50 mètres de la ligne, j’ai pensé à un ami avec qui j’avais fait un pari. Il m’avait dit qu’il ferait sept heures avec moi si je faisais podium sur une Ardennaise, alors qu’il ne fait presque pas de vélo ». Et le pari a donc bien été remporté par David Gaudu, qui n’a certes pu devancer Pogacar et Alaphilipe au sprint, mais qui a réussi à coiffer Valverde et Woods pour décrocher son tout premier podium en carrière dans un Monument. Une performance dont il se satisfaisait amplement ce dimanche après-midi.

« Je suis très très heureux de cette troisième place, disait-il avec un large sourire. Ce n’est que du bonheur de faire podium derrière ces deux immenses champions. Je suis aux anges. C’est quand même un podium sur un Monument, et il n’y en a que cinq dans l’année ! C’est même pour moi la plus belle classique du calendrier ».« Je pense que tout le monde ne se rend pas réellement compte de la performance, ajoutait Franck. Troisième de Liège-Bastogne-Liège, ça commence à classer le bonhomme ! David continue de progresser très vite, et de prendre en maturité. Aujourd’hui, il a une nouvelle fois enfoncé le clou. Il s’est débrouillé comme un chef, car il ne faut pas trembler lorsque tu as à faire à ce genre de coureurs dans le final. Or, il ne fait aucune faute en course, c’est sa force ! Il fait aujourd’hui partie des plus forts sur le plan mondial et il faudra maintenant tout le temps compter avec lui. Il était déjà coché, il sera maintenant surveillé ». Grâce à ce premier podium pour l’équipe sur la Doyenne, c’est une campagne « Ardennaise » 2021 « réussie » qui s’achève ce dimanche. Une campagne qui procure aussi de vrais espoirs pour les années futures. « J’espère revenir pour jouer la gagne, concluait David. On a tous des rêves, on ne sait pas s’ils sont atteignables mais on fait tout pour y arriver ».