Au lendemain d’un sprint jamais menacé du côté de Nevers, le peloton du Tour a repris la route jeudi avec un état d’esprit tout à fait différent. Au départ du circuit automobile de Magny-Cours, c’est ainsi une véritable bataille qui s’est orchestrée pour l’échappée pendant vingt-cinq kilomètres. Les équipes de sprinteurs, désireuses de ne pas manquer cette occasion, sans doute la dernière, ont d’abord réussi à maintenir le contrôle en ne laissant partir qu’un seul homme. “La majorité envisageait un sprint, mais on savait qu’il y avait une petite incertitude, donc on souhaitait être dans le match pour une éventuelle échappée, expliquait Yvon Caër. Ewen a eu l’intelligence de suivre le contre qui est sorti après le sprint intermédiaire, mais les équipes de sprinteurs ont voulu assurer le coup. Quand il a senti que la pression était trop forte derrière, il s’est relevé”. Après s’être isolé avec Baptiste Veistroffer à soixante bornes du terme, le Breton a été repris par le peloton dix kilomètres plus loin. En revanche, la course n’a en rien ressemblé à une procession vers le sprint final puisque de nombreux mouvements se sont enchaînés sur les derniers reliefs de la journée, entre trente et quinze kilomètres du but. Lorenzo Germani, Romain Grégoire, et Clément Braz Afonso se sont joints à la fête. “On avait senti que Lidl-Trek allait dynamiter dans les dernières difficultés, mais elles n’étaient pas suffisamment difficiles pour faire la décision”, coupait Yvon.  

L’emballage s’est donc bel et bien présenté, mais à la suite de ce final décousu, le sprint l’a été tout autant puisqu’une chute est intervenue dans le dernier kilomètre. “Clément a encore une fois réussi à faire ce qu’il sait faire, saluait Yvon. C’était relativement technique jusqu’à 1,5 kilomètre, et il a réussi à se placer où il le fallait. Il n’est plus habitué à sprinter, mais il progresse de fait à chaque fois qu’il y retourne. Cette fois, il a même terminé avec de la vitesse pour se classer huitième. C’est un troisième top 10 au sprint avec Clément, et c’est une grosse satisfaction”. Passée cette potentielle dernière opportunité pour les hommes rapides, c’est une véritable occasion pour les baroudeurs qui se profilait vendredi sur les terres franc-comtoises de Romain Grégoire, à travers notamment le Ballon d’Alsace. Actif, le champion de France a tout fait pour se retrouver à l’avant, ce qu’il a d’abord réussi à faire avec Quentin Pacher, Clément Russo et Lorenzo Germani au sein d’une échappée d’une trentaine d’unités. “Il y a encore eu une belle bagarre, mais c’est parti finalement assez vite, confiait Stéphane Goubert. Pour notre part, c’était parfait. On en avait d’abord quatre devant avec Romain qui avait des ambitions, mais on avait aussi Clément [Braz Afonso] dans le contre, et il n’avait pas à rouler. Il n’avait “qu’à” se laisser ramener”.

Dans la première partie de course, Romain Grégoire a eu l’occasion de fendre une foule acquise à sa cause à Saint-Vit, où était organisé un rassemblement à son honneur. “C’était sympa, j’ai essayé de profiter un peu de ce qui se passait sur le bord de la route, mais le mal de jambes a rapidement pris le dessus avec cette première heure à 55 km/h de moyenne”, disait l’intéressé. Si le peloton s’est décidé à laisser filer l’échappée, le groupe de poursuite a en revanche éprouvé de vraies difficultés pour rejoindre la tête de la course, ce qui n’a été effectif qu’à quelques kilomètres du sprint intermédiaire situé à Melisey. Peu après, les difficultés ont démarré, avec d’abord le col des Croix (5 km à 5%), mais surtout le Ballon d’Alsace (9 km à 7%), où le tempo s’est durci d’entrée. À mi-ascension, tout juste vingt coureurs demeuraient en tête, dont Clément Braz Afonso pour le compte de la Groupama-FDJ United. Le jeune homme a continué de s’accrocher, et était encore bien présent lorsque le groupe s’est réduit à dix unités à deux kilomètres du sommet. “J’étais à bloc dans la dernière montée, je n’arrivais plus à passer le gros plateau, confiait-il. J’ai cru que j’allais exploser au sommet”. Il s’est pourtant superbement arraché pour ne jamais perdre pied, et a ainsi pu basculer avec de vrais clients tels que Pidcock, McNulty, Wellens, Vauquelin, Jegat, Van Gils ou encore Plapp, Schmid et Tejada.  

À l’issue de la descente, et à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée, les deux derniers cités ont d’ailleurs ouvert une brèche au sein du groupe. « Une autre course a commencé, c’est devenu très tactique, expliquait Clément. J’avais un peu calqué ma course sur Wellens car je sais qu’il est malin sur des finals comme ça, mais ce sont deux autres coureurs qui sont sortis”. Un écart de dix secondes s’est créé, puis a augmenté à vingt secondes à l’entrée dans les cinq derniers kilomètres. Malgré des relances incessantes en contre, le duo a pu se jouer la victoire, tandis que le reste du groupe s’est joué les accessits. “Je voulais faire la meilleure place possible, alors j’ai tenté mon va-tout à 600 mètres, dans le virage, et je me suis dit que ça pouvait le faire, disait Clément. Malheureusement, McNulty a ramené tout le monde puis je n’avais plus de giclette pour le sprint. J’aurais peut-être dû rester dans les roues, mais je ne croyais pas trop en mon finish”. Au terme de la dernière ligne droite, il a donc dû se satisfaire de la huitième place, quand Mauro Schmid empochait la victoire. ”Je ne suis pas là pour découvrir, je suis là pour faire des résultats, assurait Clément. Je savais que c’était ma chance aujourd’hui et je ne pense pas avoir fait d’erreurs. J’ai fait comme j’ai pu dans le final. C’est dommage de ne pas faire mieux. Je suis un peu déçu car je veux toujours mieux faire, et c’est justement ce qui m’amène à d’être à l’avant sur des courses comme celle-là et de tirer le meilleur de moi-même”. 

Et Stéphane Goubert de conclure : “Clément a fait un gros final, mais le parcours ne lui convenait pas dans le final, c’est dommage. Il a quand même pris des risques, il a fait tout ce qu’il a pu, il s’est bien débrouillé sur un terrain qui n’était pas le sien, et il continue d’apprendre. Je veux aussi féliciter tout le groupe qui a répondu présent comme souvent depuis le départ du Tour. Après le chrono et les sprints de Clément, il semblerait qu’on soit abonnés aux huitièmes places… Mais il y a encore de quoi faire sur ce Tour !”

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