Une grande prestation collective pas récompensée

La dernière étape du Tour des Alpes-Maritimes et du Var a tenu toutes ses promesses ce dimanche, et cela est en bonne partie dû à l’Équipe cycliste Groupama-FDJ. Très entreprenante dès le départ, la formation de Marc Madiot a bien tenté de renverser le classement général en envoyant plusieurs cartes à l’avant et en créant des mouvements de course. Cela n’aura finalement pas payé dans les ultimes kilomètres vers Blausasc, mais Rudy Molard (4e), David Gaudu (6e) et Valentin Madouas (7e), tous trois aux avant-postes aujourd’hui sur l’étape reine, terminent malgré tout dans le top 10 du classement final de l’épreuve. Un tir groupé notable qui permet d’ailleurs le gain du classement par équipes.

« Bruno a fait du Bruno ! », Thierry Bricaud

En se présentant au départ de la troisième et dernière étape ce dimanche matin, la formation Groupama-FDJ disposait encore de quatre cartes pour le classement général. « On était contents d’avoir nos mecs dans le coup, mais la finalité reste quand même de gagner, répétait Thierry Bricaud. On voulait donc tenter le tout pour le tout ». À la faveur d’une étape courte (135 kilomètres) mais particulièrement accidentée (+3500m de dénivelé), « sans un mètre de plat », tout pouvait basculer. Les coureurs ont d’ailleurs rapidement pris les choses en main pour mettre toutes les chances de leur côté. « On avait pour objectif de dynamiter la course et dès le premier col, j’ai attaqué, expliquait Rudy Molard, qui évoluait sur ses routes d’entraînement. Ça m’a permis de prendre l’échappée, puis Valentin et Bruno sont rentrés ». Le Breton a fait la jonction juste avant le premier col catégorisé de la journée, celui de Saint-Roch, tandis que le Haut-Pyrénéen est arrivé en renfort un peu plus tard, au pied du col de Braus, deuxième difficulté répertoriée du jour. Dès lors surreprésentée dans une échappée d’une quinzaine d’hommes, la Groupama-FDJ a pris ses responsabilités.

« Pour nous, c’était idéal d’avoir Bruno devant, exposait Thierry. Valentin et Rudy étant placés au général, on savait qu’ils ne seraient pas beaucoup aidés. Bruno a fait un gros travail pour eux, à l’image de ce qu’il a fait sur la Vuelta l’an passé. Il est reparti sur les mêmes bases. Il a fait plus qu’aider, il a fait du Bruno ! Il faut aussi reconnaître que c’est lui qui a fait vivre l’échappée et qui, de par son attitude, a durci l’étape. C’était l’un des hommes les plus importants de la course aujourd’hui. C’est dommage qu’il n’ait pas été récompensé de ses efforts ». Le natif de Bagnères-de-Bigorre a ainsi tiré le groupe de tête pendant une cinquantaine de kilomètres, mais a aussi éliminé quelques coureurs de l’échappée et repoussé le peloton à près de trois minutes au pied du Col de la Madone, dernière difficulté répertoriée du jour. Tout en contenant les attaques de Tao Geoghegan Hart, Bruno Armirail a gardé la main jusqu’à trois kilomètres du sommet avant de laisser ses leaders s’exprimer. Valentin Madouas a ainsi lancé les hostilités et s’est alors isolé avec Gianluca Brambilla. Les deux hommes ont dévalé la périlleuse descente de la Madone roue dans roue avant que l’Italien ne fasse la différence dans une courte montée à onze kilomètres de la ligne.

« On n’a pas de regrets à avoir », Rudy Molard

« Physiquement, c’était un peu dur au début car les premiers efforts en montagne sont toujours particuliers, détaillait le Breton. Dans le final, en revanche, je me sentais super bien. Mais avec le manque de course, la chaleur et d’autres facteurs, j’ai malheureusement été pris de crampes à quelques centaines de mètres du sommet ». « Il ne lui manque pas grand-chose pour rester au contact de Brambilla, certifiait Thierry. Derrière, Rudy était un poil trop loin quand Valentin a coincé. Malgré tout, on y croyait encore quand ils se sont regroupés car on savait qu’il suffisait de faire un vrai ‘’Baracchi’’ et ne plus se poser de questions. On pouvait gagner le général sans gagner l’étape, rien qu’en reprenant Brambilla. Mais il y a eu un petit manque de lucidité dans un virage, Valentin a chuté, et nos chances se sont volatilisées ». Victime d’une légère chute à sept kilomètres de la ligne, Valentin Madouas s’est certes vite relevé mais quelques secondes se sont égrenées. « C’est dommage que Valentin tombe car le général était jouable, assurait Rudy. Ça se joue à dix secondes au final et c’est peut-être avec cette chute qu’on les perd ». Les deux collègues se sont finalement retrouvés dans un quatuor pour les ultimes kilomètres, mais sans pouvoir revoir l’homme de tête et en allant signer les 4e et 5e places sur la ligne. Une poignée de secondes plus tard, David Gaudu en a également terminé dans un groupe très réduit de favoris, en septième position.

Reparti de l’épreuve avec le maillot blanc de meilleur jeune, le double vainqueur d’étape sur la Vuelta a lui aussi complètement répondu présent ce dimanche. « Il marchait très bien et avait pour mission de rester avec Mollema et Woods, ajoutait Thierry. Il s’est aussi aperçu que Woods était très fort et que ça aurait été compliqué d’aller gagner. Il a fait ce qu’il avait à faire et ça se joue dans un mouchoir de poche. C’était un beau scénario de course, même s’il ne nous a pas réussi ». À l’arrivée, malgré un très beau tir groupé, la Groupama-FDJ ne place aucun homme sur le podium final. Rudy Molard termine 4e, David Gaudu 6e et Valentin Madouas 7e. « C’était une belle et intense journée, confiait le premier cité. On n’est pas récompensés à la fin, c’est un peu dommage, mais on a couru à l’offensive. On n’a pas de regrets à avoir. Le résultat brut peut être frustrant, mais on aura fait le maximum ». « Ce n’est pas passé loin, concluait Thierry. En courant un peu différemment, on aurait pu aller chercher un podium sans problème, mais ce n’était pas le but. Le but est de gagner. On a pris le risque de gagner, tout en sachant qu’on pouvait tout perdre. On a tout ‘’perdu’’, mais sans regrets. On a essayé et je pense que c’était la bonne attitude. Les gars avaient envie de le faire, ils l’ont fait. Ils sont aussi là pour prendre du plaisir, on a la chance de pouvoir courir. On retient aussi qu’ils sont prêts physiquement, même s’ils vont continuer à monter en puissance. Sur l’état d’esprit, il n’y a rien à dire, c’était très bien. C’est en montrant cette mentalité qu’ils iront chercher les victoires ».