Au départ d’Aron, ce samedi matin, le classement général des Boucles de la Mayenne demeurait extrêmement resserré, puisque seul le prologue d’ouverture avait réalisé de premiers écarts. Mais en direction de Pré-en-Pail-Saint-Samson, tout devait être chamboulé, puisque pas moins de 3200 mètres de dénivelé figuraient au menu des coureurs, notamment en raison d’un circuit final à couvrir à cinq reprises, et comprenant le Mont des Avaloirs (2,2 km à 6,6%) ainsi que la côte des 14% (1,1 km à 5%). La répétition allait nécessairement entraîner une sélection, dont la Groupama-FDJ United espérait profiter via Thibaud Gruel, Maxime Decomble ou encore Rudy Molard. « Avant le circuit et dans les deux premiers tours, on est d’abord restés placés grâce à Lewis, Olivier et Kevin, indiquait Yvon Caër. Puis quand il ne restait plus que quarante coureurs à cinquante kilomètres de l’arrivée, on avait encore nos trois cartes et on pouvait donc jouer ». Au sein d’un petit peloton, Thibaud Gruel et Rudy Molard ont brièvement tenté leur chance tour à tour, mais le groupe de tête est resté relativement compact au moment d’entamer l’avant-dernière boucle du circuit. Dans celle-ci, trois hommes ont pris une vingtaine de secondes d’avance, mais le peloton n’a pas réellement temporisé. Puis, dans le dernier tour, des contres ont afflué dès la côte des 14%, dont celui de Benoît Cosnefroy.

À cet instant, la Groupama-FDJ United s’est retrouvée piégée. « C’était une petite maladresse lorsqu’on a laissé filer les six coureurs, relatait Yvon. Il aurait idéalement fallu que Maxime ou Rudy puissent accompagner car l’idée était de préserver Thibaud au maximum. On comptait un peu nos coups de pédale car on sait que sous ces chaleurs, un effort violent peut être rédhibitoire. On n’avait presque qu’une seule cartouche. On a donc dû faire rouler Maxime et Rudy pour permettre à Thibaud de revenir dans le match, et on a bénéficié du fait que ça ne s’entende pas trop devant ». Au pied de la dernière difficulté du jour, le Mont des Avaloirs, le « peloton » a ainsi repris tout le monde à l’exception d’Aubin Sparfel, isolé avec vingt secondes en tête. Mais l’explication finale a alors pu avoir lieu, et Rudy Molard a donné le ton dès les premières pentes en accélérant le rythme. Puis, à l’approche du sommet, c’est Thibaud Gruel qui est complètement sorti de sa réserve. « À cet instant de la course, Thibaud était deuxième du général, dans la même seconde que Cosnefroy, reprenait Yvon. Comme on sait que ça ne se joue à rien, on a pris l’option de jouer la bonification en haut de la dernière côte pour prendre le maillot, et c’est ce qu’on a réussi à faire ! Thibaud était l’un des seuls favoris à ne pas avoir laissé de cartouche, alors quand il a attaqué, il n’y avait presque plus personne derrière ».

Sparfel a donc été repris, et le coureur de la Groupama-FDJ United a bel et bien empoché trois secondes avant de basculer dans la descente pour les cinq derniers kilomètres. Après avoir contenu des contres, le Tourangeau s’est présenté dans le « money time » parfaitement en place dans une groupe d’une dizaine d’hommes, et avec son coéquipier Rudy Molard. « J’étais en tête du classement général, puis j’ai eu l’occasion d’attaquer à deux kilomètres de l’arrivée, alors je l’ai saisie, confiait-il. Ça s’est brièvement regardé, et j’ai tenté ma chance. Il faut aussi avoir de l’audace ! Il restait quelques mecs rapides dans le groupe, donc je n’ai pas trop réfléchi ». Le jeune homme s’est bâti un avantage de 4-5 secondes, qu’il conservait sous la flamme rouge, et qui n’était que très peu amenuisé à l’entame de la dernière ligne droite, montante. Malheureusement, dans un sprint lancé de loin derrière lui, ce pécule de temps n’a pas suffi, et son entreprise s’est brutalement arrêtée à 150 mètres de la ligne. La victoire lui a échappé, et il s’est octroyé la treizième place du jour, juste derrière Rudy Molard. « Je n’ai pas trop de regrets, assurait Thibaud. Je me suis amusé, et j’ai fait la course que je voulais. Malheureusement, le seul scénario qu’il fallait éviter s’est produit avec la victoire de Benoît [Cosnefroy], qui me passe au général grâce aux bonifications. C’est un peu frustrant, mais c’est comme ça. J’ai mis en œuvre ce qu’il fallait pour accomplir mon objectif. Il me manque seulement une marche ».

« Thibaud s’est vraiment donné les moyens de gagner, insistait Yvon. Derrière, on ne maîtrise pas ce qu’il se passe. Pedersen a roulé pendant deux kilomètres derrière lui. Peut-être qu’il espérait pouvoir encore faire le sprint pour la victoire… C’est difficilement compréhensible et c’est malheureux pour nous car la journée est belle, mais elle aurait pu être grandiose dans d’autres circonstances. Malgré tout, ce qu’a fait Thibaud à l’instinct est très bien, et on n’a aucun regret. Il fallait tenter, et on a tenté. On est déçu du dénouement, mais on n’a aucun regret ». Thibaud Gruel n’a d’ailleurs pas tout perdu ce samedi, puisque sa grande prestation lui a permis de se hisser au deuxième rang du général à la veille du dernier acte à Laval. « Normalement, cette dernière étape est vouée à un sprint, concluait Yvon. Certaines équipes ne sont venues que pour ça. Or, avec sept secondes de retard, il faudrait gagner l’étape, et on sait que ce sera compliqué ».« Tout est toujours possible, mais ce ne sera pas évident », souriait Thibaud.

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