Les 216 kilomètres reliant Chartres à Tours sonnaient ce dimanche la fin du calendrier cycliste français 2026. Ou du moins, celui des épreuves en ligne, puisque le terme officiel n’interviendra que la semaine prochaine à l’occasion du traditionnel Chrono des Nations aux Herbiers. Il n’empêche, au lendemain du Tour de Lombardie, un pan tout entier du peloton international s’apprêtait à accrocher son dernier dossard ce dimanche sur la 120ème édition de la Classique hexagonale. Dans la lignée des éditions précédentes et de sa métamorphose opérée en 2018, l’épreuve proposait de nouveau soixante-dix derniers kilomètres particulièrement exigeants, rythmés par dix chemins de vigne et neuf côtes. C’est à travers ces différents obstacles que la grande bataille était attendue, mais une solide échappée de douze hommes a contraint le peloton à s’employer durant toute la journée. À l’approche du premier chemin, l’écart était ainsi de 1’30, puis il est descendu sous la minute à cinquante kilomètres du terme, avant un premier enchaînement décisif. « Quand on est arrivé à l’endroit stratégique, tout le monde voulait être devant, reprenait Frédéric. Or, tout le monde ne peut pas l’être. Ça s’est accroché et on a assisté à une énorme chute qui a un peu gâché ce Paris-Tours ». 

Clément Russo et Olivier Le Gac ont notamment été touchés alors que Thibaud Gruel a pu l’éviter en tirant tout droit dans le champ voisin. « Je me suis fait peur, mais j’ai esquivé la chute, disait l’intéressé, alors relégué dans un second peloton. Ça n’a pas été un moment agréable pour revenir devant, mais heureusement Romain m’a bien aidé pour que je puisse faire le jump. J’ai fait un bel effort à ce moment-là mais j’ai pu remettre les choses en ordre ». Tout comme le Tourangeau, le champion de France est parvenu à effectuer la jonction avec le premier paquet après quelques minutes de chasse, et a ainsi rejoint Axel Huens et Bastien Tronchon, épargnés par les conséquences de la chute. Le vainqueur d’étape sur la Vuelta n’a d’ailleurs pas tardé à se sacrifier pour ses coéquipiers en prenant les rênes du groupe à la poursuite des cinq derniers échappés. À environ 35 kilomètres de la ligne, Axel Huens a pour sa part tenté d’anticiper, mais s’est ravisé après une poignée de kilomètres compte tenu de l’organisation encore présente dans le peloton. Les hostilités n’ont d’ailleurs repris de manière intense qu’une dizaine de bornes plus loin, à l’occasion de la côte de la Rochère, où Thibaud Gruel a parfaitement accompagné les meilleurs. Axel Huens puis Romain Grégoire ont par la suite recollé au wagon, réduit à une petite trentaine d’unités.  

Dans la côte suivante, l’échappée matinale a été revue, mais un homme seul est parvenu à se faire la malle. Piégée, la Groupama-FDJ United a d’abord tenté d’envoyer Romain Grégoire en poursuite, mais le Franc-Comtois a manqué de chuter en sortie de virage, puis Thibaud Gruel a suivi plusieurs offensives, mais c’est sans lui qu’un duo a opéré la jonction avec l’homme de tête. « C’est le seul moment, sur les 216 bornes, où on a été un peu mis sous pression, disait Frédéric. On savait que Thibaud était fort, c’est sa course, et il fallait faire des choix. Romain n’avait peut-être pas les meilleures sensations, et il s’est donc sacrifié pour que ça rentre. Quand on en a quatre, puis trois, dans un peloton de tête, il faut savoir trancher ». Grâce au travail du champion de France, la jonction a été opérée dans le chemin de vigne précédant la dernière côte. Fidèle à lui-même, Thibaud Gruel n’a pas quitté les premières positions lors de ce moment fatidique, entamant l’ultime bosse en troisième position. Il n’a ensuite pas flanché face aux dernières offensives, si bien qu’il est ressorti avec cinq autres coureurs et un petit écart sur le reste de la concurrence. « Avec le vent de face, ça s’est décanté moins tôt que l’an passé, observait Thibaud. On s’est entendus immédiatement et on a pris des relais. C’était un bon groupe, mais c’est rentré de l’arrière un peu plus tard et c’est alors devenu très tactique dans le final ». 

À cinq kilomètres de l’arrivée, le groupe de tête s’est étoffé de six à onze hommes, et un véritable round d’observation s’est installé. « C’était compliqué car j’étais tout seul et j’avais peur de me rater et de ne pas être dans le bon coup, disait Thibaud. J’ai suivi pas mal de mouvements au début puis je me suis dit que j’allais m’éparpiller en agissant de la sorte. J’ai vu que les deux coureurs de Decathlon étaient derrière et j’ai donc décidé de prendre la roue de Lapeira ». À l’entrée dans les deux derniers kilomètres, l’échappée s’est toutefois légèrement disloquée, quatre hommes ont pris quelques mètres d’avance, et Per Strand Hagenes est même sorti en solitaire sous la flamme rouge. « J’avais misé sur le sprint, mais Hagenes était fort et ça n’a donc pas été le cas, confiait Thibaud. Je ne pouvais pas tout faire non plus ». Dans la dernière ligne droite, deux coureurs ont ainsi devancé le sprint, dont le Tourangeau a pris la cinquième place, soit la septième position du jour. « Un peu comme l’année dernière, il fallait courir juste et avoir de la réussite, et j’en ai un peu manqué, disait encore Thibaud. J’avais de très bonnes sensations, j’étais très motivé à la maison pour la dernière et l’équipe m’a bien aidé. C’était une belle journée, même si je suis un peu déçu du résultat. Cela fait deux fois que je suis dans le coup pour la gagne, mais j’ai moins de regrets que l’année dernière ».

« Le sentiment est partagé, confirmait Frédéric. On se dit qu’on est battu par plus fort au sprint, mais c’était malgré tout assez tactique dans le final, et il y avait peut-être moyen d’aller chercher la victoire. Septième, ça reste néanmoins un bon résultat et Thibaud est encore jeune. Il aura beaucoup d’autres opportunités ». Axel Huens (15e) et Romain Grégoire (22e) ont pour leur part terminé dans un groupe de chasse à une trentaine de secondes du vainqueur. Et si cette édition 2026 de Paris-Tours a conclu la saison de bon nombre de coureurs, dont celle du champion de France, elle a également marqué la fin d’une aventure longue de treize ans entre l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United et Olivier Le Gac. « C’est un « ancien » qui s’en va et ça fait forcément quelque chose, confiait Frédéric. Je l’ai vu arriver dans l’équipe et j’ai toujours été son directeur sportif référent. Olivier a été un exemple durant cette décennie ; un équipier modèle, fidèle, ainsi qu’un vrai capitaine de route pour nos jeunes ces dernières années. Il a, à sa manière, marqué l’histoire de l’équipe ».

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