Stefan Küng offensif et « combatif »

Stefan Küng a ce jeudi tenté sa « spéciale » sur la troisième étape du Tour de Romandie. Une étape qui réunissait les éléments nécessaires à une potentielle réussite : du mauvais temps et un parcours légèrement accidenté. Sur le circuit d’Estavayer, le champion de Suisse a d’ailleurs cru en son entreprise, mais une chute spectaculaire dans l’avant-dernière descente a notamment mis fin à ses espoirs. Néanmoins, le champion d’Europe du chrono a pu se relever sans blessures graves et terminer l’étape, étant par ailleurs élu « combatif » du jour. Jake Stewart s’est lui classé 25e sur la ligne.

En se levant ce jeudi matin, et après avoir jeté un coup d’œil à la météo du jour dans le Canton de Fribourg, Stefan Küng n’avait aucun doute sur ce qui l’attendait à l’occasion du quatrième acte du Tour de Romandie. « Aujourd’hui, mon objectif était d’être dans l’échappée, assurait-il. Avec le temps annoncé et le parcours proposé, il y avait de fortes chances que ça aille au bout ». Le champion de Suisse ambitionnait ainsi de réussir, pour la quatrième fois de sa carrière, à s’imposer en baroudeur sur l’épreuve helvète. Comme il s’en doutait toutefois lui-même, le spécialiste du chrono était naturellement un homme marqué au départ. « Tout le monde savait qu’il voulait être devant et qu’il se manque rarement dans ce genre de conditions, confiait Yvon Madiot. Plusieurs directeurs sportifs m’ont dit à l’arrivée : « on savait qu’il allait sortir ». Il n’empêche qu’il est sorti en force. Et il a fait toutes les échappées, il y avait donc de fortes chances qu’il y soit ». « J’ai vraiment fait le maximum pour y être, et j’ai réussi », disait plus tard l’intéressé. Six coureurs ont alors pris place à ses côtés : Sander Armée (Qhubeka-ASSOS), Stefan Bissegger (EF Education-Nippo), Johan Jacobs (Movistar), Kobe Goossens (Lotto-Soudal), Mathias Reutimann (Sélection Suisse) et Charlie Quatermann (Trek-Segafredo). Des mots du principal intéressé, ce groupe a dans un premier temps « bien collaboré » mais n’a toutefois jamais pu se forger une avance supérieure aux quatre minutes. « Ineos court toujours comme ça, exposait Yvon. Ils ne laissent jamais beaucoup de marge aux échappées, même lorsqu’ils ne sont pas dangereux ».

« Je suis surtout frustré », Stefan Küng

Dans la deuxième boucle autour d’Estavayer, le groupe de tête s’est délesté de trois hommes au travers des deux difficultés du circuit, mais ne comptait plus que deux minutes d’avance au passage sur la ligne, à environ 35 kilomètres du terme. « On n’était plus que quatre et la collaboration n’était à mon avis plus optimale, racontait Stefan. Tout le monde voulait en garder un peu sous la pédale en vue des deux dernières bosses. Dans la première des deux, j’ai accéléré immédiatement, et il le fallait car le peloton était en train de revenir. On s’est retrouvé à deux en haut ». « On était lancés dans l’aventure, alors il fallait aller jusqu’au bout des choses, ajoutait Yvon. On se doutait aussi qu’il y aurait moins de monde à rouler derrière une fois dans les bosses. Stefan a mis ce qui lui restait ». Seul Kobe Goossens a pu accompagner le champion de Suisse et les deux hommes ont basculé ensemble dans la descente menant à l’ultime ascension de la journée. C’est alors que la journée a basculé pour le rouleur helvète, qui s’est retrouvé à terre après une spectaculaire glissade de plusieurs mètres. « Ce n’est qu’à la télé, plus tard, que j’ai vu que j’avais pris une bande blanche, expliquait Stefan. Je ne voyais rien avec les lunettes ». « Il pense avoir commis une petite erreur en ne les enlevant pas », complétait Yvon.

Heureusement, le champion de Suisse a été en mesure de repartir, sans gros bobos. « À la télé, on a l’impression que c’est une chute très violente, mais je m’en sors bien, assurait l’intéressé. J’ai quelques abrasions mais de manière générale, j’ai eu de la chance. Je suis surtout frustré car on avait encore trente secondes d’avance quand je suis tombé. C’est vraiment dommage car avec un final comme celui-ci, j’aurais peut-être pu aller au bout. J’avais encore de bonnes jambes. L’objectif était de remporter l’étape, mais à cause de cette erreur, je n’ai pas pu aller chercher la victoire. Ce n’était pas mon jour, je suis déçu, mais je suis soulagé de m’en être bien tiré. Je vais maintenant tâcher de récupérer au maximum pour bien attaquer le dernier chrono dimanche ». « C’est frustrant car on ne saura jamais si ça aurait pu le faire », disait Yvon. À l’arrivée, l’homme du jour côté Groupama-FDJ s’est malgré tout bien accroché puisqu’il a terminé dans le deuxième groupe, à 1’21 du vainqueur Marc Soler sorti sur le sommet de l’ultime bosse. Stefan Küng a même hérité du trophée de plus combatif. « C’est anecdotique dans la mesure où il visait clairement la victoire d’étape, tempérait Yvon. Ceci dit, il était déjà combatif ce matin. Il l’a donc été du début à la fin ».

« Demain, ce sera aux grimpeurs de jouer », Yvon Madiot

Au sein du même groupe à l’arrivée, Jake Stewart réglait lui une dizaine d’hommes pour la 25e place du jour. « Quand il bascule, il est à 200m de Sagan, qui est un des rares à rentrer dans le premier groupe, précisait Yvon. Le groupe des 25-30 puncheurs-grimpeurs est vingt secondes devant lui au sommet de la bosse. C’est vraiment encourageant, d’autant qu’il est encore jeune et qu’il est en reprise. Ce sont assurément des styles de courses qui lui plairont ». Matteo Badilatti et Sébastien Reichenbach n’ont eux pu accompagner les meilleurs ce vendredi et ont passé la ligne quatre minutes après le vainqueur. « On sait que la pluie et le froid ne sont pas leur tasse de thé, confiait Yvon. Ce n’étaient pas des conditions idéales pour eux, et quand ils ont été distancés, on leur a dit de se relever en vue de demain. Ils seront sur leur terrain et ce sera à eux de jouer ». De Sion à Thyon, la grande étape de montagne du Tour de Romandie proposera d’abord deux cols de première catégorie, mais surtout une arrivée au sommet de Thyon 2000 après plus de vingt kilomètres d’ascension à 7,5% de moyenne.