Sébastien Reichenbach et Matteo Badilatti dans le top 20 d’une étape dantesque

Du haut de ses 4300 mètres de dénivelé, l’étape reine du Tour de Romandie a ce samedi engendré bien des dégâts. Non seulement à cause du parcours vertigineux proposé, mais aussi en raison des conditions météorologiques exécrables auxquelles les coureurs ont dû faire face. Dans la pluie, le froid et la brume, Sébastien Reichenbach et Matteo Badilatti se sont bien battus dans la montée finale vers Thyon 2000, prenant respectivement les 17e et 19e places au sommet. Dimanche, un contre-la-montre de seize kilomètres à Fribourg conclura l’épreuve.

« On voulait répondre présents », Yvon Madiot

Les coureurs du Tour de Romandie n’ont pu goûter à la fête du travail ce samedi 1er mai. À l’inverse, un menu des plus copieux les attendait entre Sion et la station de Thyon 2000, avec trois jolis cols à escalader tout au long des 161 bornes du parcours. C’est néanmoins par trente kilomètres quasi-intégralement plats que la journée a débuté, et l’échappée composée de Josef Cerny (Deceuninck-Quick Step), Mads Wurtz Schmidt (Israel-Start Up Nation), Kobe Gossens, Mathew Holmes (Lotto-Soudal), Magnus Cort (EF Education-Nippo), Simone Petilli (Intermarché-Wanty Gobert) et Simon Pellaud (Suisse) en a profité pour se dessiner. « On pensait que le bon coup partirait dans les cols mais il est finalement parti sur le plat, disait Yvon Madiot. De bons rouleurs sont d’ailleurs sortis, et c’était de fait plus compliqué pour mes poids plumes. On aurait bien aimé placer l’un de nos grimpeurs devant, mais compte tenu du moment où l’échappée s’est formée, ce n’était pas évident. Au final, elle n’est pas allée au bout, ça nous laisse moins de regrets. On a ensuite attendu pour faire la meilleure montée finale possible ». Au sein du peloton, Sébastien Reichenbach et Matteo Badilatti se sont donc économisés, du moins pendant un moment. « Dans la première partie d’étape, le temps était relativement correct, reprenait Yvon. Ça a vraiment commencé à se gâter au bout de cent kilomètres environ, à l’entame du deuxième col ».

Après un premier passage à 1500 mètres d’altitude au km 45, les coureurs ont donc de nouveau flirté avec cette hauteur en allant chercher Suen aux deux tiers de l’étape. Seulement, ils étaient cette fois-ci accompagnés d’une pluie incessante, de températures de fait plus fraîches ainsi que du brouillard, qui a d’ailleurs forcé les commissaires à neutraliser l’avant-dernière descente du jour, faute de visibilité suffisante. « Il y avait encore plus de brouillard dans le premier col, mais ils se sont sans doute fait peur à ce moment-là et ont donc joué la sécurité », disait Yvon. Finalement, c’est un peloton d’une bonne soixantaine d’unités qui s’est présenté au pied de l’ascension finale (20,7 km à 7,6%) avec plus de cinq minutes de retard sur les rescapés de l’échappée. « Le but pour nos deux grimpeurs était alors de s’accrocher au maximum et de faire la meilleure étape possible, resituait Yvon. C’était un petit test en vue du Giro, mais on voulait quand même répondre présents ici. Après tout, c’était leur terrain de jeu et ils étaient chez eux. Au pied, Matteo était dans les cassures et n’est rentré dans le peloton qu’après deux kilomètres d’ascension. Il a malheureusement payé ses efforts ensuite. Seb est resté longtemps avec le groupe de tête et n’a lâché qu’à six kilomètres du sommet. Il termine 17e, Matteo 19e, c’est honorable ».

« Une étape dantesque », Sébastien Reichenbach

« C’était une journée très difficile, comme on s’y attendait, mais la météo est encore venue compliquer tout ça, commentait Sébastien plus tard. On s’attendait à des précipitations dans l’ultime montée mais on en a eu dès la dernière descente. Personnellement ça m’a vraiment refroidi et j’ai ensuite eu beaucoup de peine à me réchauffer dans l’ascension finale. C’était une étape dantesque. J’ai essayé de me battre le plus possible, le plus longtemps possible, mais je me suis retrouvé vidé et frigorifié à cinq kilomètres du sommet. Je pense que j’avais de bonnes jambes sur ce Tour de Romandie, mais le froid, ce n’est pas trop mon truc. C’était malgré tout sympa de voir sa famille sur le bord des routes, ça apporte au moins un petit rayon de soleil ». Au sommet de Thyon 2000, dans la brume, c’est Michael Woods qui a triomphé ce samedi, profitant également de la chute de son ultime rival Geraint Thomas à cinquante mètres de la ligne. Un accident que le Britannique mettait plus tard sur le compte de ses mains congelées. « Ils ont tous eu très très froid pour finir, confirmait Yvon. Tous les coureurs étaient gelés à leur arrivée. En haut, il y avait même de petits flocons et de la pluie-neige. Tous les coureurs sont sortis marqués de cette étape ».Ils ne seront plus que cent-vingt-quatre demain au départ du contre-la-montre de Fribourg, censé clôturer ce Tour de Romandie et notamment décerner la victoire finale. Stefan Küng s’y présentera avec un objectif tout autre. « On a notre dernière carte à jouer, on va donc la jouer à fond, concluait Yvon. Stefan n’a pas semblé se ressentir de sa chute aujourd’hui, mais il n’a pas pour autant passé une journée tranquille. Personne n’a passé une journée tranquille ».