En mode survie dans « l’étape des Murs »

Annoncée comme la journée reine de ce Tirreno-Adriatico, la traditionnelle étape des Murs n’a pas déçu ce dimanche, autour de Castelfidardo. Au terme d’une course extrêmement décousue, rendue encore plus éprouvante de par les conditions météorologiques, Mathieu van der Poel a conquis un succès d’anthologie. Rudy Molard a longtemps accroché la roue des meilleurs puis s’est démené dans le dernier tour pour conserver une bonne place au général. Il remonte à la seizième place ce dimanche.

« J’étais congelé, tétanisé par le froid », Rudy Molard

Les conditions au départ de la cinquième étape de Tirreno-Adriatico étaient quelque peu trompeuses au regard de ce qui se profilait pour les coureurs ce dimanche. « On est partis en bord de mer, avec des températures clémentes, un vent plutôt favorable et le départ a été très rapide », resituait d’ailleurs Sébastien Joly. Si rapide que l’échappée du jour n’a pu se former qu’après la première heure de course, couverte à plus de … 55 km/h de moyenne ! « Ça a bien lancé la journée », souriait plus tard Rudy Molard. Cinq coureurs parvenaient malgré tout à prendre les devants, dont le champion du monde du contre-la-montre Filippo Ganna. Dès la mi-parcours toutefois, c’est une toute autre course qui a débuté sur le circuit très accidenté de Castelfidardo. « Très rapidement, la pluie, le vent et le froid se sont invités, indiquait Sébastien Joly. Les conditions sont devenues vraiment extrêmes ». Ce qui n’a pas empêché Valentin Madouas de tenter sa chance dès la première boucle, à plus de soixante-dix kilomètres de l’arrivée. « On voulait avoir un coup d’avance sur les meilleurs, exposait Sébastien. Sauf que les meilleurs ont dégainé très rapidement. Valentin a bien joué le coup mais la grosse bagarre s’est déclenchée dans la foulée avec Van der Poel ».

Le champion des Pays-Bas a ainsi lancé les hostilités à soixante-cinq kilomètres du terme, dans les violents pourcentages du Mur de Castelfidardo, et le peloton a immédiatement volé en éclats. Piégé dans un premier temps car « mal placé », Rudy Molard parvenait faire son retour dans le groupe des meilleurs après environ dix kilomètres de poursuite. Il y est alors resté parmi eux pendant plus d’une heure, alors que Van der Poel s’envolait vers un formidable solo. « Le final était très dur, mais encore plus à cause de la pluie, racontait Rudy. Il a commencé à faire très froid et ça roulait si vite que je n’ai pas pu descendre à la voiture m’habiller. Je n’ai pu me couvrir qu’à un tour de l’arrivée, et c’était trop tard. Ça faisait une heure que je tremblais, que j’étais congelé et tétanisé par le froid. Je n’arrivais plus à parler, j’avais du mal à freiner et je n’ai pas pu m’alimenter. J’avais deux options : soit je descendais à la voiture et je prenais le risque de ne pas revenir, soit je restais le plus longtemps possible au contact des favoris. J’ai choisi la deuxième pour essayer de gagner des places au général car je voyais des leaders en défaillance. Mais dans le dernier tour, j’ai explosé et j’ai perdu beaucoup de temps. J’étais vidé, ça m’a lâché, mais je n’ai pas de regrets. Je suis content de ma journée et je me suis accroché le plus longtemps possible ».

« Une fois de plus, Rudy s’est bien battu », Sébastien Joly

À tête reposée, Rudy classait même l’étape du jour parmi le « top 5 des journées les plus dures » de sa carrière sur un vélo. Il a finalement rejoint la ligne en 25e position ce dimanche, à plus de neuf minutes de Mathieu van der Poel, vainqueur à bout de forces et sur le fil devant Tadej Pogacar, toujours leader. « Rudy a fait une très belle étape, assurait Sébastien. Il est allé au bout de l’effort, il était transi de froid comme une bonne partie du peloton aujourd’hui. Comme la course s’est lancée tôt, il était très difficile de pouvoir équiper les mecs en vestes de pluie. On s’est tous fait avoir, je n’ai vu aucune équipe anticiper. Ça a été violent pour tout le monde, et on l’a vu avec de nombreux coureurs. Les conditions météo ont naturellement joué, mais elles ont eu d’autant plus d’influence que le circuit était extrêmement difficile. Une fois de plus, Rudy s’est bien battu. Le général n’était pas spécialement un objectif pour lui. L’idée était surtout de faire une belle étape, et c’est ce qu’il a fait ». Malgré ce légitime coup de mou dans le dernier tour, Rudy Molard a bel et bien progressé au classement général ce dimanche. Avant les deux dernières étapes, il pointe ainsi au seizième rang. « Que je fasse 12e ou 16e, c’est pareil, concluait l’intéressé. Je voulais surtout me faire plaisir sur les étapes. Il faut aussi dire qu’il y a une startlist de folie sur ce Tirreno-Adriatico. Le niveau est énorme et je pense qu’en termes de densité de favoris, c’est l’une des courses les plus relevées que j’ai pu faire ».