Les trois derniers jours du Tour de France ont laissé bien peu de place aux attaquants. Alors que la grande étape pyrénéenne a confirmé la domination de Tadej Pogacar jeudi, les sprinteurs ont eu l’occasion de s’exprimer mercredi et vendredi. Clément Russo a tenté de se mêler à la bataille dans les emballages, se classant à chaque fois aux alentours du top 15 (13eet 16e). Un nouveau sprint devrait d’ailleurs avoir lieu à Bergerac samedi avant une potentielle chance pour l’échappée dimanche.
Après quatre jours à ronger leur frein, les spécialistes de la dernière ligne droite voyaient enfin leur première opportunité poindre, mercredi, sur la Grande Boucle. En direction de Pau, quelques « talus » étaient certes à franchir dans la dernière heure de course, mais le sprint massif attendu a bel et bien eu lieu au bout des 160 kilomètres. Bien qu’orpheline d’un véritable leader en la matière, la formation Groupama-FDJ United s’est articulée pour l’occasion autour de Clément Russo. « Ils ont tous envie et sont tous ravis de donner un coup de main à Clément, qui est habituellement dans le rôle inverse, confiait Yvon Caër. Et puis, ça donne un fil rouge à la journée ». Romain Grégoire, Lorenzo Germani et Clément Braz Afonso ont notamment tenté de placer le Lyonnais dans le final, avant que ce dernier ne manœuvre seul dans les trois derniers kilomètres. Au bout : une treizième place honorable dans un emballage rendu chaotique par quelques chutes. Le changement de décor était en revanche brutal, jeudi, avec la grande étape pyrénéenne à travers le col d’Aspin et le col du Tourmalet. « On avait qu’une seule solution pour performer, et c’était de prendre l’échappée, reprenait Yvon. On a joué ce créneau en amont de l’Aspin. Malheureusement, UAE a choisi de ne laisser aucune possibilité aux échappés. On a vu nos limites quand le tempo s’est durci, mais il était très compliqué de jouer les premiers rôles dans cette configuration. Le seul regret, c’est la chute de Clément [Braz Afonso] au pied de l’Aspin, car on aurait aimé voir où il aurait pu se positionner ».
« Romain n’a rien voulu lâcher », Yvon Caër
À l’arrivée, Tadej Pogacar s’est imposé en solitaire avec une marge importante sur ses rivaux, tandis que Guillaume Martin-Guyonnet a franchi la ligne en 34e position. La majeure partie du groupe en a terminé au sein du gruppetto principal, au sein duquel Romain Grégoire apparaissait marqué. « Ça a été une journée compliquée pour lui, confirmait Yvon. Si on rembobine, l’objectif du championnat de France avait été affirmé depuis longtemps. Il s’est beaucoup investi et engagé pour y être opérationnel. Et il l’a été. Il était tellement heureux, pour lui et pour l’équipe, qu’il en a profité après ça. De fait, on dort un peu moins, on récupère un peu moins. Il est sans doute arrivé sur le Tour en n’ayant pas récupéré à 100%, et on a débuté avec un effort maximal sur le chrono par équipes. On connaît ses valeurs sur la dernière montée : il a fait un effort de fou. Le lendemain, il a réalisé une super performance dans les circonstances que l’on sait, en faisant septième avec les meilleurs mondiaux. Ensuite, les chaleurs extrêmes se sont ajoutées à cet état de fatigue, et son jour sans jeudi résulte de cette accumulation d’énergie et d’implication. Il a vraiment vécu une sale journée, il était vide, mais il a été impressionnant. Il n’a rien voulu lâcher, en se disant que ça irait mieux. Et ce vendredi, ça allait déjà nettement mieux. On le reverra sur ce Tour, mais c’est à nous de le canaliser et de faire en sorte qu’il puisse vivre des journées de véritable régénération ».
« On va s’engager à 100% », Yvon Caër
Ce vendredi, lors de la septième étape vers Bordeaux, le champion de France a donc vécu une journée bien plus calme dans ce qui s’annonçait être une nouvelle opportunité pour les sprinteurs. De nouveau, Clément Russo a tenté de se faufiler pour arracher un accessit. « Le contexte était beaucoup plus agressif qu’à Pau, assurait Yvon. Il a rectifié l’erreur de placement d’avant-hier, où il s’était retrouvé un peu loin au kilomètre. Cette fois, il s’est engagé, peut-être même trop, puisqu’il a pris le vent pour se replacer, et ça l’a plombé physiquement. Quand le sprint a démarré, il était plutôt bien placé, mais il avait les jambes explosées. C’est une seizième place à l’arrivée, mais il s’est vraiment engagé, et ça va sourire. Il faut reproduire cela et je suis convaincu qu’on pourra accrocher un joli résultat. Demain, je pense que le final est assez technique, il est à l’aise dans ces conditions et c’est peut-être l’arrivée qui lui convient le mieux sur ce Tour. Puis dimanche, ce sera la bagarre pour l’échappée. Tout le monde aura l’occasion de s’exprimer. Pour Romain, on verra. On évaluera ça le matin de l’étape. En tout cas, on va s’engager à 100%, et si on atteint des limites physiques, on ne pourra nourrir aucun regret ».