Arnaud Démare et Groupama-FDJ récupèrent le titre, avec la manière !

Historique. Envers et contre tous, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ et Arnaud Démare sont parvenus, ce dimanche après-midi à Grand-Champ, à conquérir un nouveau maillot bleu-blanc-rouge de champion de France. Après un travail colossal de ses coéquipiers durant 233 des 237 kilomètres du parcours, le sprinteur picard est lui-même sorti de sa réserve dans le final pour suivre plusieurs violentes offensives de Julian Alaphilippe. Il s’est finalement retrouvé en lice pour le titre avec ce dernier ainsi que Bryan Coquard, mais décidément sur son nuage actuellement, personne n’a pu lui contester la victoire dans le sprint final. Après 2014 et 2017, Arnaud Démare est sacré pour la troisième fois alors que l’Équipe cycliste Groupama-FDJ remporte son onzième titre sur la route.

« Nous arrivons à fédérer tout le monde autour d’un projet », Yvon Madiot

« Solidarité, c’était le maître mot aujourd’hui », soufflait ce dimanche après-midi Arnaud Démare, une poignée de minutes après avoir franchi la ligne d’arrivée du championnat de France en vainqueur. Et effectivement, il en aura fallu tout au long des 237 kilomètres du tracé de Grand-Champ, décomposé en treize tours de dix-huit kilomètres. Désigné par tous, coureurs et observateurs, comme le grand favori de la course au maillot tricolore, Arnaud Démare avait conscience qu’on lui mènerait la vie dure. L’Équipe Groupama-FDJ savait aussi pertinemment qu’elle devrait assurer, seule, le poids de la course. Et c’est bien ce qu’il s’est produit dès la fin du premier tour, lorsqu’un groupe de neuf coureurs s’est extirpé. L’équipe glissait certes David Gaudu à l’avant, en guise d’assurance, mais se mettait surtout d’ores et déjà au travail en tête de peloton. Seule, évidemment, et d’abord avec les jeunes hommes de la Conti Hugo Page et Théo Nonnez. Dès lors, pendant près de la moitié de course, le schéma de course est apparu assez limpide, avec des fuyards pointés trois à quatre minutes devant un peloton jusqu’alors assez calme. Puis, tandis que Pierre Latour et Valentin Ferron prenaient seuls les commandes après six tours, la zizanie débutait derrière. Restait alors près de cent kilomètres à couvrir et les attaques fusaient de toutes parts, et de toutes équipes, dans le but d’isoler au maximum Arnaud Démare.

Plusieurs groupes ont tour à tour pris les devants, sans néanmoins que leur avantage sur le peloton mené par la Groupama-FDJ n’excède la minute. « On a vu une équipe soudée, soulignait Arnaud Démare dans son interview d’après-course. Du début à la fin, on ne s’est à aucun moment désunis. On se faisait attaquer de tous les côtés mais on a fait bloc, l’équipe a été très forte. On a su maintenir le tempo, déjà avec les jeunes de la Conti qui ont fait un super boulot puis avec les gars d’expérience. Ils ont fait un travail énorme ». « On était les favoris et on a assumé ce rôle en prenant la course en main dès le départ, complétait Yvon Madiot. On a affiché nos ambitions très rapidement et tous ont compris qu’on courrait pour Arnaud. On a été attaqué pratiquement tout au long du championnat mais l’équipe a été assez formidable, solide et solidaire. Je crois que ce qui fait la différence, c’est que nous courrons pour un leader. Nous arrivons à fédérer tout le monde autour d’un projet et d’une tactique ».

« Anthony m’avait dit : si Julian attaque, tu suis ! », Arnaud Démare

À la suite d’un quasi-regroupement à cinquante kilomètres du but, une échappée assez conséquente s’est toutefois dessinée. Seize hommes ont à nouveau pris les devants pour mettre à défaut le collectif articulé autour d’Arnaud Démare. Ils ont néanmoins toujours été muselés à une trentaine de secondes, écart d’ailleurs toujours valable à l’entrée du dernier tour de circuit. Les ultimes assauts, et sans doute les plus dangereux, étaient alors attendus. Le premier a été l’œuvre de Florian Sénéchal, accompagné par Romain Bardet, mais la Groupama-FDJ a elle aussi vivement accéléré. Ce qui était alors indispensable. « J’ai un peu douté dans le dernier tour, surtout du fait qu’ils étaient nombreux devant, admettait Arnaud. Ils se sont peut-être un peu regardés mais surtout, quand notre « chronoman » Benjamin Thomas a mis en route, on a repris secondes après secondes. On a enchaîné les virages à bloc et je me suis dit qu’on allait rapidement boucher le trou. C’est ce qu’il s’est produit ». Néanmoins, l’offensive la plus crainte était encore à venir. Julian Alaphilippe l’a finalement produite à quatre bornes du but, après un relais dévastateur de Florian Sénéchal. « On savait tous que Julian allait attaquer, souriait Arnaud. Avant qu’il n’attaque, il y en avait déjà de partout. Je savais que ça allait être dur mais Anthony Roux m’avait dit : si Julian attaque, tu suis ».

Julian Alaphilippe a donc attaqué, avec le punch qu’on lui connaît, et Arnaud Démare s’est accroché, 20-30 mètres derrière le coureur de la Deceuninck-Quick Step. Les deux hommes se sont livrés un mano à mano à distance réduite pendant quelques hectomètres avant que Bryan Coquard ne vienne lui aussi s’immiscer dans la bagarre, et prendre quelques relais au sprinteur de la Groupama-FDJ pour favoriser une jonction « Mes quelques entraînements en chrono m’ont bien servi pour revenir », souriait Arnaud Démare. Après une ultime banderille d’Alaphilippe contenue par le coureur picard dans le dernier kilomètre, un sprint en petit comité s’est alors annoncé. « Ce final à trois était vraiment particulier, racontait-il encore. Je partais un peu dans l’inconnu n’ayant que peu vécu ce genre de situations, mais je me suis souvenu de Paris-Nice 2017, où j’étais arrivé avec Alaphilippe et que je l’avais battu. Je méfiais de Bryan, avec son passé de pistard et sa pointe de vitesse. Avec le vent de face, j’avais vraiment peur de me faire avoir, mais finalement, les jambes ont été à la hauteur de mes espérances et j’ai pu lancer puis résister ».

« C’est mon plus beau titre », Arnaud Démare

Net vainqueur sur la ligne, devant Coquard et Alaphilippe, le dès lors triple champion de France brandissait les deux bras en l’air, et se dégageait de lui cette impression de puissance qui l’accompagne depuis la reprise. Il partait grand favori et avait conscience qu’on lui mènerait la vie dure. Ce fut le cas, mais au bout du compte, la mission a bel et bien été remplie. « Ce titre est complètement différent des deux autres, mais c’est le plus beau, tant sur le plan collectif que sur le plan individuel, martelait-il à l’arrivée. Revenir comme j’ai fait sur Julian, qui est le meilleur puncheur du monde actuellement… C’est un titre exceptionnel ». Ce titre, c’est depuis le bus que le manager général Marc Madiot l’a vécu, passionnément. « C’était intense et stressant, disait-il. Le money time d’un championnat est toujours particulier et il n’y a qu’une place qui compte. En plus de ça, on a eu droit à un final explosif, un grand final de championnat qui, je pense, restera dans les annales. On croit souvent qu’on est plus nombreux que les autres, mais ce n’est pas le cas. C’est simplement qu’on met le paquet. Il y a dans ce groupe une solidarité, une dynamique, une confiance et une sérénité. Les gars donnent plus que d’habitude sur cette journée-là et les jeunes de la Conti ont d’ailleurs déjà envie d’y re-goûter ! »Avec ce cinquième succès – et quel succès – en dix-huit jours, Arnaud Démare apparaît désormais comme le meilleur scoreur mondial depuis la reprise. « Je suis en confiance depuis Milan-Turin et le Tour de Wallonie, confirmait-il. Hier les gars m’ont dit pendant la reconnaissance que ce n’était pas si facile, mais je le sentais bien malgré tout. En ce moment, rien ne m’arrête. C’est un sentiment incroyable ». Preuve de la stature développée par le Picard ces derniers jours, le sélectionneur national l’a informé, pendant le protocole ce dimanche, qu’il était finalement convoqué en tant que titulaire pour le prochain championnat d’Europe, non loin de là, à Plouay. Et dans l’embellie qu’il traverse actuellement, un maillot de champion d’Europe pourrait tout à fait s’ajouter à la tunique de champion de France d’ici trois jours.