Il lui aura fallu faire preuve de patience, mais ce dimanche, Valentin Madouas a enfin connu son jour de gloire et conquis cette grande victoire tant attendue. À Cassel, le Brestois de 26 ans est devenu champion de France, au terme d’un numéro solitaire d’une vingtaine de kilomètres, mais aussi d’une course d’équipe exceptionnelle tout au long de l’épreuve. Le puncheur breton s’est même dégagé avec ses compères David Gaudu et Rudy Molard dans l’avant-dernier tour, avant de filer seul et irrémédiablement vers le titre. Rudy Molard a ponctué cette grande journée en accrochant la deuxième place, offrant donc le doublé à l’Équipe cycliste Groupama-FDJ. Sur le podium, Valentin Madouas a endossé le fameux maillot bleu-blanc-rouge, et l’exhibera dès la semaine prochaine sur les routes du Tour de France.

Chacun pouvait s’attendre à un championnat de France des plus harassants ce dimanche à Cassel. Il a pourtant dépassé les attentes. Plus de 4000 mètres de dénivelé positif figuraient au programme de cette édition 2023, tracée sur près de 224 kilomètres avec pas moins de quinze passages sur les montées de la Porte de Dunkerque (1,5 km à 4,4% sur pavés) et de la Porte d’Aire (1,2 à 7,3%, passages à plus de 15%). Il fallait à ça ajouter une chaleur étouffante, et tous les ingrédients étaient réunis pour donner lieu à une course épique, mais une course sur laquelle l’Équipe cycliste Groupama-FDJ voulait aussi poser son empreinte pour récupérer le maillot bleu-blanc-rouge. C’est pourquoi, dès les premiers kilomètres, peu après 11 heures, les hommes de Marc Madiot ont accompagné les attaques. Quentin Pacher a d’abord pris les devants, mais à l’issue du premier tour de circuit, un gros coup de force s’est orchestré dans le peloton et vingt-deux coureurs se sont retrouvés en tête. Parmi eux, huit hommes de la Groupama-FDJ, et pas des moindres : David Gaudu, Thibaut Pinot, Valentin Madouas, Romain Grégoire, Rudy Molard, Quentin Pacher, Bruno Armirail et Olivier Le Gac. « Sur le papier, l’homme à battre était Alaphilippe, donc on voulait une course la plus dure possible, exposait Benoît Vaugrenard. Soit on l’isolait d’entrée de jeu avec une échappée qui nous convenait, soit on roulait derrière une échappée et on mettait un grand coup de vis à 60 kilomètres de l’arrivée. Les faits de course ont fait qu’on s’est retrouvés en surnombre devant avec toutes nos meilleures cartes. On ne pouvait pas rêver mieux ». « On devait être placés sur les montées pour éviter les cassures et être devant si un gros groupe partait, ajoutait Valentin. C’est ce qu’il s’est passé après un tour. On le sentait bien et l’équipe a fait un boulot de dingue ».

« Il fallait toujours avoir un coup d’avance », Benoît Vaugrenard

Une fois le trou opéré face au peloton principal, Bruno Armirail, Olivier Le Gac et Quentin Pacher se sont mis à la planche pour assurer un solide tempo à l’avant de la course afin de maintenir l’écart tout en permettant aux leaders de l’équipe de s’économiser. Si l’avantage de l’échappée a un temps flirté autour des deux minutes, il s’est davantage restreint aux environs de la mi-course. Au terme du huitième des quinze tours, les équipiers ont lâché leurs dernières forces alors que le peloton se faisait de plus en plus menaçant. Certains favoris ou outsiders ont tenté d’opérer le jump de l’arrière, mais en tête de course, la Groupama-FDJ a relancé les hostilités, par l’intermédiaire de Thibaut Pinot, David Gaudu puis Romain Grégoire. C’est finalement le Bisontin qui s’est retrouvé en tête de course avec Ewen Costiou, avant que Rudy Molard et Valentin Madouas ne les rejoignent en compagnie de trois autres coureurs après un nouveau tour de circuit. « On savait qu’il était important d’avoir un coup d’avance sur ce circuit, rappelait Benoît. Avec la chaleur, c’était une course d’endurance, à l’usure. Tous ceux qui essayaient de rentrer se cassaient les dents, alors que devant, on roulait au train. On savait qu’ils allaient se rapprocher à un moment donné, mais il fallait ressortir et toujours avoir un coup d’avance. C’était la clé ». « À partir du moment où on avait ce coup d’avance, j’étais à l’économie, expliquait Valentin. Je regardais la durée de la course, je voyais 3h, 4h, et tout le monde était déjà mort. Pour rentrer, il fallait faire un gros effort, et avec cette chaleur, il est difficile de les reproduire ». « Les efforts à contre-temps se paient, confirmait encore Rudy. Être devant nous a permis de gérer les ascensions et d’être plus forts sur la fin ».

Alors que Valentin Madouas, Rudy Molard et Romain Grégoire figuraient dans un groupe de sept échappés à environ soixante bornes du terme, David Gaudu, Thibaut Pinot ou encore Enzo Paleni, Clément Davy et Brieuc Rolland se retrouvaient dans un peloton très maigre et repoussé à près de deux minutes. La chasse a néanmoins repris de plus belle, et à l’issue d’un onzième tour mené tambours battants, une grosse accélération dans la montée de la Porte d’Aire a permis à Benoît Cosnefroy, Clément Champoussin et David Gaudu de quasiment retrouver la tête de course. Le grimpeur breton a d’abord pris place dans un groupe de contre alors que Romain Grégoire était distancé, puis il a opéré la jonction à trois tours du terme. Dix hommes demeuraient donc en tête, et toujours trois représentants de la Groupama-FDJ. Dans la boucle suivante, l’échappée s’est quelque peu désagrégée et David Gaudu a entamé la bosse finale avec quelques mètres de retard sur six hommes dont Valentin Madouas et Rudy Molard. Il en a toutefois profité pour laisser sur place ses deux compères de poursuite, réintégrer le groupe de tête et immédiatement relancer une offensive. « Je ne m’attendais pas à ce qu’il sorte de cette manière, mais tout le monde s’est rassis, et j’ai fait le saut », relatait Valentin. Le duo breton a immédiatement ouvert une brèche, et un seul autre homme a pu s’y engouffrer : au sommet de la montée finale, Rudy Molard est passé en troisième position à quelques secondes de ses acolytes, qu’il a rejoints dans la descente.

« J’ai atteint un grand objectif de ma saison, voire de ma carrière », Valentin Madouas

C’est alors un trio Groupama-FDJ qui a pris les rênes du championnat de France à deux tours du but. « J’étais dans une super journée et ça m’a aussi permis d’enterrer certains concurrents, disait David. Mais dans la montée, j’ai dû dire à Valentin de m’attendre car j’étais à fond quand il a contré. Après la descente, je lui ai dit : « je passe un dernier relais ». J’étais cuit et lui m’a dit qu’il se sentait très fort. Et puis, je savais que la montée en pavés de Cassel allait être trop usante pour moi ». « Il y a eu un moment d’euphorie quand ils sont partis à trois, mais avec la chaleur, on savait qu’il était possible qu’un ou deux calent avec des crampes », reprenait Benoît. À environ vingt-cinq kilomètres du but, David Gaudu a donc laissé ses deux compères filer en tête. Ces derniers ont rapidement pris trente secondes à la chasse formée de Julien Bernard, Tony Gallopin et Nans Peters, mais dès la montée de la Porte de Dunkerque, Valentin Madouas s’est envolé seul. En quelques kilomètres, il a aussi porté son avance à près d’une minute. « Le fait d’avoir toujours un coup d’avance m’a permis de faire mon effort le plus tard possible et ça a payé, expliquait Valentin. Je savais que je pouvais bien lisser mes montées et gérer les descente seul. De toute façon, quand on a testé les adversaires et que tout le monde s’est écrasé, on savait qu’on était les plus forts. Derrière, le fait d’être tout seul a permis à Rudy de bien se reposer dans les roues au cas où ça rentre. On avait deux belles cartes ».

Encore extrêmement efficace après plus de 200 kilomètres, Valentin Madouas a creusé son avantage à 1’20 au moment d’entendre le son de cloche annonçant le dernier tour. Quelques hectomètres plus loin, il a dû changer de monture en raison d’un problème mécanique, mais son avancée n’a quasiment pas été altérée. Le Breton n’a jamais vu l’écart repasser sous la barre de la minute, et il était même de plus d’une minute trente avant d’entamer la trente-deuxième et dernière ascension de la journée. « On avait dit à Val qu’il pouvait sortir loin de l’arrivée, confiait Benoît. On savait qu’il pouvait le faire. L’unique risque était le coup de chaud et les crampes, c’est ce pourquoi on était prudents dans le final. On n’a savouré qu’à 3-4 kilomètres de l’arrivée, quand on a su que c’était fait ». En arpentant l’ultime montée de la Porte d’Aire, Valentin Madouas a lui aussi relâché quelque peu la pression et fait couler quelques larmes avant de se diriger vers le titre national. Après 5h41 d’efforts, le Brestois a ainsi pu laisser éclater son bonheur au moment de franchir la ligne et d’écrire la plus belle ligne de son palmarès. « J’ai du mal à y croire, mais avant tout, je veux remercier tous mes coéquipiers, le staff de l’équipe, les mécaniciens, confiait Valentin dans sa première prise de parole. Ce résultat est le fruit de beaucoup de choses. Le maillot, c’est moi qui vais le porter toute la saison – et je n’en reviens toujours pas -, mais c’est grâce à eux. Ils ont fait un boulot magnifique et je tenais vraiment à les remercier. Depuis que je savais qu’il se déroulerait ici, je ne pensais qu’à ce championnat. J’avais dit à tous mes amis et ma famille de venir car je le sentais bien. Alors gagner devant tout le monde, je n’ai pas de mots… Je ne sais pas si c’est un tournant dans ma carrière, mais c’est un moment extraordinaire. C’était un rêve, et je l’ai réalisé. Aujourd’hui, j’ai atteint un grand objectif de ma saison, voire de ma carrière : être champion de France ».

« La course rêvée », Benoît Vaugrenard

Après cinq victoires chez les pros, un podium sur le Tour des Flandres, un autre sur les Strade Bianche et des accessits à la pelle sur les grandes courses du calendrier, Valentin Madouas a donc enfin connu son jour de gloire. Ce dimanche, il a aussi ramené le maillot tricolore dans les rangs de la Groupama-FDJ au terme d’une course collective admirable, d’ailleurs ponctuée par un doublé. Après avoir résisté aux assauts de Julien Bernard et Tony Gallopin, Rudy Molard s’est en effet octroyé la médaille d’argent à Cassel, comme à Épinal en 2021. « On venait pour gagner, et honnêtement, on a fait une course parfaite, commentait Rudy. On ne pouvait pas faire beaucoup mieux aujourd’hui. C’est une grande journée pour la Groupama-FDJ. C’était un gros objectif, on l’a atteint. On va pouvoir savourer et on peut être fiers de ce qu’on a démontré aujourd’hui. Je suis aussi très content pour Valentin. Il la mérite ». « C’est super qu’il soit récompensé après être passé si proche de grandes victoires, lançait son ami David Gaudu. Ça va être très très beau, je suis tellement heureux et tellement fier de lui ». Pour sa part septième du championnat, Thibaut Pinot faisait aussi part de sa joie à l’arrivée : « C’est beaucoup de fierté d’appartenir à cette équipe. Aujourd’hui, je pense qu’on a fait un numéro et le plus fort a gagné. On ne pouvait pas rêver mieux ». « Depuis un an, Valentin avait fait de Cassel son grand objectif, ajoutait Benoît. Il voulait ce maillot, et c’est fait ! Il lui ira à merveille. Il faut aussi noter la course de Rudy, qui a encore été excellent aujourd’hui. Surtout, on a eu une équipe extraordinaire aujourd’hui. C’était la course rêvée, un sans-faute tactique. Outre la victoire magnifique de Valentin, ils ont tous fait un énorme travail et été solidaires aujourd’hui, dans une course extrême de par son intensité et sa difficulté ».

De cette course extrême est donc ressorti un nouveau champion de France, qui ne tardera pas à afficher ses nouvelles couleurs. Rendez-vous est pris à Bilbao dès samedi prochain. « Il faut maintenant que j’arrive à gagner au niveau WorldTour, et j’espère le faire sur le Tour dès cette année », affirmait Valentin après avoir entonné la Marseillaise. « Valentin fera un superbe champion de France et on devrait le voir acteur sur le Tour dans une semaine », promettait Rudy.

1 commentaire

Tonarelli

Tonarelli

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Le 30 juin 2023 à 00:52

Des vidéos souvenirs à 150 mètres de la ligne à cassel..plein d énergie pour vous pour le tour