Depuis l’ouverture de sa saison à la mi-mars, le Programme Juniors de la Groupama-FDJ United est progressivement monté en puissance. Quatre courses et plusieurs rassemblements ont permis au collectif de gagner en cohésion, jusqu’à décrocher récemment sa première victoire de l’année. À l’heure du bilan de mi-saison, Nicolas Boisson et Jimmy Turgis reviennent sur ces premiers mois de compétition et d’accompagnement, tout en se projetant sur la suite.
Un collectif en construction

« Le bilan de notre première partie de saison est très correct, introduit Jimmy Turgis, coordinateur et entraîneur au sein du Programme Juniors. Il faut rappeler que nous ne sommes pas un club, et que les coureurs ne se réunissent pas si souvent sous les couleurs de la Groupama-FDJ United. Cela occasionne parfois des petits couacs, comme sur la Nokere Koerse. Il s’agissait de notre rentrée, avec des nouveaux coureurs, des Juniors 1, et on avait besoin de temps pour que tout le monde trouve ses repères.
Ils ont su tirer des leçons de ce raté, c’est allé de mieux en mieux à partir de là. Au final, la Nokere Koerse est la seule des quatre courses auxquelles on a participé qui s’est mal déroulée. C’était d’ailleurs davantage tactique que physique. Sur les trois suivantes, on a été acteurs et présents en termes de résultats. Les coureurs sont tout le temps dans le haut du panier, parmi les meilleurs, mais on devait davantage se mettre en place collectivement ».
« Dès la deuxième course, la Guido Reybrouck Classic, ils ont réalisé un beau chrono, puis il y a eu de bonnes choses mises en place lors de la seconde étape, poursuivait Jimmy. Ce n’était pas parfait, mais la volonté était là, et ça s’est soldé par une belle place d’Alban Picard (6e). Le collectif a vraiment commencé à se mettre en place et on l’a d’autant plus remarqué avec l’enchaînement de Gand-Wevelgem et des 3 Jours d’Axel récemment. Bien que les coureurs n’étaient pas tout à fait les mêmes, on a vraiment senti la différence sur le plan collectif. Sur Gand, Camille Alric-Thouvenin a d’abord été devant, on a ensuite été acteurs pour essayer de rattraper l’échappée et cela s’est conclu par la sixième place de Clément Le Fur au sprint. Puis, sur les 3 Jours d’Axel, on a enfin décroché la victoire derrière laquelle on courait depuis pas mal de temps. Ils ont vraiment réalisé des prestations collectives excellentes dernièrement. On peut toujours faire mieux, mais c’est vraiment l’image que je me fais du Programme Juniors ».
Une première victoire libératrice, et fondatrice
« Sur les 3 Jours d’Axel, on avait peut-être l’équipe la plus forte au départ. Jules Lefebvre Fournier s’est échappé sur la première étape (4e) et a pris un coup d’avance au général, relatait encore Jimmy.Derrière lui, on avait déjà mis en place un train pour Alban (10e), qui avait gagné le sprint du peloton. Cela avait mis tout le monde en confiance.

Lors de la troisième étape, on s’était donc donné pour consigne de vraiment offrir une arrivée au sprint à Alban en répétant ce qu’on avait fait la veille, mais pour la gagne ! Les gars ont super bien couru toute la journée et ont mis en place ce qu’on avait prévu, sur les pavés et à l’approche du sprint. Augustin Fahy a super bien placé Alban, qui s’est facilement imposé. Cela est venu récompenser un gros travail d’équipe, et ça a fait du bien à tout le monde de lever les bras à travers Alban ».
© Junioren Driedaagse Axel
« Malheureusement, Jules a perdu son bon général en raison d’une chute, qui l’a aussi impacté le lendemain. Lors de la dernière étape, on a d’ailleurs commis une petite erreur. On a manqué de vigilance lorsqu’une échappée de costauds est sortie, et on s’est alors retrouvé avec un coup de retard jusqu’au bout. C’était un peu frustrant car l’étape nous convenait vraiment bien, et on aurait aimé la gagner. Cela étant dit, je suis très satisfait de l’esprit collectif et offensif qu’on a démontré sur les dernières courses. Les gars ont parfaitement répondu à ce que j’attendais en termes d’attitude. Physiquement, on dispose d’un groupe très homogène, ils ont tous réussi à progresser, et avoir enfin gagné avec ce maillot est un gros motif de satisfaction ». « On est content du début de saison de l’équipe, et c’est une belle promotion, complète Nicolas Boisson, manager de « La Conti » et du Programme Juniors. On n’a pas énormément de courses au programme, mais ce n’est de toute façon pas la politique de l’équipe. Du très bon travail a été effectué, tant en compétition que lors des différents rassemblements : week-end cohésion, stage à Calpe et stage chrono. L’accompagnement des jeunes est à la hauteur de nos espérances jusqu’à présent ».



Des libertés pour chacun, un cadre pour tous
« L’un des vrais objectifs pour l’équipe est aussi de permettre à chacun de pouvoir s’exprimer, et c’est la raison pour laquelle on essaie de faire tourner un maximum les effectifs », reprend Nicolas. « Chacun dans son rôle, avec ses qualités, arrive à trouver sa place au sein du collectif, appuie Jimmy. Petit à petit, on sent les coureurs s’épanouir pleinement. Ce ne sont « que » des juniors, alors tactiquement, enfermer tout le monde dans un rôle pour toujours jouer la même carte n’est pas notre vision des choses. Ce que j’aime, c’est voir Jules échappé sur les 3 Jours d’Axel, Camille à l’avant sur Gand, qu’Augustin joue un final, qu’Alban fasse ses sprints. J’aime le fait que chacun ait sa chance car on est surtout là pour les former, et ils doivent apprendre à courir dans différents rôles. C’est quelque chose de très important. Cela marche plutôt bien ces derniers temps, et ils comprennent que lorsqu’on se met au service du collectif, ça peut aussi découler sur une récompense individuelle ».

« Comme avec La Conti ou avec la WorldTour, les résultats sportifs sont importants, mais le comportement au sein de l’équipe compte aussi pour beaucoup, rappelle Nicolas. Quand on leur attribue des rôles, il faut qu’ils le comprennent et qu’ils l’acceptent. On doit certes s’adapter à chaque coureur, car ils sont tous différents, mais on a aussi des règles, un cadre, et si le coureur en sort, cela veut dire que notre modèle ne lui correspond pas.
On est avant tout là pour les aider et faire en sorte qu’ils comprennent ce qu’est le métier de coureur cycliste, et ce qu’on attend d’eux. Dans 99% des cas, ça se passe d’ailleurs très bien. S’ils gagnent des courses et s’ils font des résultats : tant mieux, c’est une bonne chose. Mais au-delà de ça, on insiste sur la compréhension de notre philosophie et le respect du staff et du cadre proposé ».
Former des coureurs, former des jeunes

« Comme je le dis toujours, tous ne deviendront pas coureurs professionnels, donc la réussite de leur double-projet est très importante, insiste Nicolas. Si cela marche bien du côté des études, c’est une grande fierté pour nous. L’école reste indispensable et c’est aussi pour cette raison qu’il n’y a quasiment pas d’action menée au mois de juin, afin qu’ils soient vraiment concentrés sur les épreuves du bac. Il leur faut garder les pieds sur terre, car ils restent très jeunes. Il n’y aura pas de la place pour tout le monde chez les pros et il faut qu’ils en aient conscience.
On leur apporte certes beaucoup, notamment en termes matériel, mais il faut aussi tempérer certaines ambitions. C’est loin d’être évident, avec un entourage qui peut parfois avoir son influence, mais c’est aussi pour cela qu’on ne veut pas devenir un club et les faire courir tous les week-ends. À 16-17 ans, ils ne sont pas pros. On est là pour leur apporter des bases, notamment sur l’entraînement, mais sur d’autres points, on se limite volontairement ».
« En revanche, on a beaucoup accentué la compréhension de la nutrition par rapport aux années passées, poursuit Nicolas. Aujourd’hui, on en parle de plus en plus et il est pour nous essentiel de sensibiliser les jeunes par rapport à ça. C’est un travail invisible mais auquel on attache beaucoup d’importance pour ne pas qu’ils fassent n’importe quoi. Avec tout ce qu’on peut lire sur internet et les réseaux sociaux, ils peuvent vite s’y perdre. Il faut vraiment éviter de toucher aux extrêmes. Si c’est mal maîtrisé, on peut vite avoir tendance à prendre trop de poids, ou à en perdre. Il faut être vigilant avec eux, d’autant qu’ils sont encore en pleine croissance ! Les entraîneurs et directeurs sportifs restent attentifs de manière générale, et si des problèmes sont détectés, il est toujours possible de proposer un accompagnement spécifique, éventuellement mental. C’est au cas par cas ».



Encore des défis…
« Il y aura un peu moins de rassemblements en deuxième partie de saison, même si notre calendrier va bien se redensifier à partir du mois d’août avec trois courses, mais la première des choses est qu’ils soient bien concentrés sur leur examen du bac, martèle Nicolas. Le mois de juillet est important avec les championnats de France de l’Avenir, et le but est qu’ils continuent également de bien respecter leur programme avec leur club respectif. De notre côté, même si certains courent plus que d’autres sous nos couleurs, l’enjeu est qu’ils aient tous le même accompagnement invisible, notamment sur ce qu’on leur apporte en dehors des courses : éducation, formation, entraînement, et soutien en cas de blessure ou de pépin ».
« Parmi les axes d’amélioration pour le reste de la saison, j’identifie le chrono, pointe Jimmy. Il reste un petit palier à passer, et ça vaut pour l’ensemble des coureurs. Tout le monde devrait être une marche au-dessus. On a encore du travail, mais il est plutôt physique, car sur le matériel et l’optimisation de la position, on a déjà beaucoup travaillé. De manière générale, il faut continuer de progresser et d’apprendre. Tactiquement, on commet encore des erreurs, et c’est aussi à nous de trouver des moments pour faire des points et anticiper ces problématiques. Entre août et septembre, on enchaînera Aubel-Thimister-Stavelot, la Route des Géants et la Keizer der Juniors. On aimerait évidemment gagner une deuxième fois, mais il y a aussi un chrono par équipes à Aubel. Ce serait bien d’y être très performant car c’est une belle discipline qui met en avant un collectif soudé et fort. Or c’est ce qu’on a l’ambition de construire ».


