Le terme du Tour d’Espagne est proche, mais avant deux dernières explications en montagne, et une ultime bataille dans les rues de Grenade, le début de la troisième semaine a été rythmée par des échappées, des sprints massifs, ainsi qu’un contre-la-montre capital. Valentin Madouas et Enzo Paleni ont d’abord tour à tour pris les devants, mardi et mercredi, le deuxième cité les gardant même jusqu’à trois kilomètres de Séville dans son entreprise. Clément Berthet s’est pour sa part fendu d’un excellent chrono jeudi pour grimper à la septième place du classement général.
Quelque peu malmenés depuis le départ de Monaco, les sprinteurs encore présents sur la Vuelta voyaient le début de troisième semaine comme une véritable aubaine. Au sortir de la deuxième journée de repos, c’est un itinéraire assez favorable qui se présentait face à eux lors du seizième acte vers La Rábida. Pour autant, la Groupama-FDJ United se voulait agressive. « On sait qu’en troisième semaine, les équipes de sprinteurs peuvent être fatiguées, que certaines équipes qui n’ont rien gagné peuvent créer du mouvement, et Valentin était motivé pour tenter l’échappée d’autant que le départ n’était pas facile, exposait Benoît Vaugrenard. Il s’est retrouvé dans un groupe de cinq bons coureurs, mais peut-être trop bons, car le peloton ne leur a pas laissé beaucoup d’avance et Visma-Lease a Bike a reçu le soutien d’autres équipes. La mission était de fait compliquée, d’autant qu’il n’y avait que des grandes routes dans le final. On avait certes Bastien pour le sprint mais on laissait la porte ouverte pour les échappées et il fallait quand même essayer ». En tête de course, l’ancien champion de France a bénéficié d’un écart maximal de 2’30 avant que tout ne revienne dans l’ordre à vingt bornes de la ligne. L’emballage massif s’est préparé, et cette fois-ci, la quasi-totalité du peloton était présente.
« Je suis certain que ça va marcher un jour », Enzo Paleni
« On sait que ces sprints sont un peu plus compliqués pour Bastien, qui préfère quand il y a de la fatigue et non de la fraîcheur, confiait Benoît. On a eu un problème de timing et il s’est fait enfermer au dernier rond-point, où on savait qu’il fallait être placés ». Le Savoyard n’a donc pu s’exprimer mardi, mais une nouvelle opportunité se présentait le lendemain vers Séville, bien que le tracé était encore moins exigeant que la veille. Un homme s’est néanmoins chargé de durcir la course en prenant les rênes dès le kilomètre 0 : Enzo Paleni. « Pour un coureur comme lui, ce n’est pas évident de pouvoir s’exprimer sur un Grand Tour, expliquait Benoît. Il avait une occasion, il l’a saisie. Ils sont sortis avec Fredrik Dversnes et Sinuhe Fernandez, mais malheureusement Dversnes s’est relevé assez vite ». « Il a fallu gérer, témoignait Enzo. On a roulé à deux presque comme à l’entraînement, tranquille jusqu’à la dernière heure. Ensuite, le but était de tout mettre sur la fin pour essayer de jouer avec le peloton. Je crois qu’ils se sont arrêtés de rouler un peu en milieu de course. Ça nous a permis de reprendre deux minutes gratuitement et c’est vraiment quelque chose qui a été à notre avantage ».
À cent bornes du terme, la marge du duo s’est en effet accrue à cinq minutes, et elle demeurait de deux minutes à trente kilomètres de l’arrivée. « Le coureur de Burgos était fatigué assez loin de l’arrivée donc ça a compliqué la chose, mais Enzo a fait un beau petit numéro et ils se sont vraiment employés derrière pour aller le chercher », assurait Benoît. À quinze kilomètres du but, le coureur de la Groupama-FDJ United s’est délesté de son compère de fuite et s’est alors arraché pour résister au paquet. Malheureusement, et malgré une admirable résistance, son aventure s’est conclue à tout juste trois bornes de la ligne située à Séville. « J’ai pris du plaisir, disait-il. Les quinze derniers kilomètres tout seul étaient un peu long, mais il faut se battre jusqu’au bout, car une victoire sur un Grand Tour, il faut aller la chercher. Je suis certain que ça va marcher un jour. J’y crois à chaque fois, et j’essaie d’avoir la bonne stratégie pour maximiser mes chances. » De son côté, Bastien Tronchon (18e) n’a, comme la veille, pu réellement faire parler sa vitesse en raison d’un placement insuffisant. « Il fallait tenter, mais on sait que ces sprints avec beaucoup de vitesse sont plus compliqués pour lui », disait Benoît.
« C’est le boost de confiance qu’il me fallait », Clément Berthet
À l’issue de ces deux journées consacrées au sprint, Clément Berthet et Guillaume Martin-Guyonnet conservaient pour leur part leur neuvième et treizième places au général, mais des différences étaient attendues jeudi sur le contre-la-montre de 32 kilomètres vers Jerez de la Frontera. « Il y avait un vent favorable et c’était un chrono de spécialistes, mais il était aussi très urbain, présentait Benoît. Il fallait être vigilant et ne pas partir à la faute. Pour le reste, il y avait un véritable enjeu pour le général car on sait que Clément se débrouille dans l’exercice et il avait la possibilité de reprendre du temps à ses adversaires directs ». Malgré le tracé très roulant du jour, le grimpeur jurassien n’a pas fait mentir son directeur sportif. À l’arrivée, il a ainsi signé le vingtième temps de la journée, à 1’19 du vainqueur Stefan Küng, et même le cinquième temps parmi les concurrents au général ! « C’est une très bonne journée pour nous, souriait Benoît. Clément a réalisé un très beau chrono quand on voit le classement et sa place parmi les leaders ». « J’ai plutôt bien réussi à suivre le pacing prévu, se réjouissait l’intéressé. Je ne suis pas un spécialiste, mais je suis très content de sortir une performance comme celle-ci en troisième semaine. C’est surtout de très bon augure d’avoir des jambes comme celles-ci avant les deux prochaines étapes. C’est le boost de confiance qu’il me fallait ».
Grâce à sa performance du jour, Clément Berthet n’a pas seulement gagné en confiance. Il a également grignoté deux places au général pour se retrouver ce jeudi soir septième de la Vuelta, à 7’47 du maillot rouge, mais avec plus de deux minutes d’avance sur le dixième. « On ne peut pas se cacher sur un chrono, et ça veut dire que les jambes répondent, ajoutait Benoît. Mais les écarts sont très resserrés et il y a deux grosses journées à faire. On devrait retomber sur deux étapes un peu plus classiques, où il sera plus difficile de s’échapper. On pourrait avoir droit à une course de côte demain, puis l’étape reine samedi sera extrêmement difficile. Toute l’équipe est en forme, on est septième au général, et le moral est au beau fixe avant cette dernière ligne droite ».