Un Giro inoubliable

Le rideau est ce dimanche tombé sur un Giro historique. Historique de par son dénouement, avec le sacre final de Tao Geoghegan Hart, mais historique également pour l’Équipe cycliste Groupama-FDJ et Arnaud Démare, qui repartent ce soir de Milan avec quatre victoires d’étapes et le maillot cyclamen dans leurs valises. Cerises sur le gâteau, Miles Scotson s’est fendu d’un remarquable top 5 dans le chrono final et le groupe tout entier a pu prendre place sur le podium pour recueillir le trophée symbolique du fair-play. La conclusion parfaite de trois semaines riches en émotions.

« Le mot d’ordre était : on continue ! », Arnaud Démare

15,7 kilomètres. Après les 3 450 déjà effectués et trois semaines de périple à travers l’Italie, c’est la distance qu’il restait à couvrir, ce dimanche, pour conclure l’édition 2020 du Giro. Le contre-la-montre final dans les rues de Milan revêtait une importance capitale en vue du classement général mais l’Équipe cycliste Groupama-FDJ avait aussi à cœur de clôturer l’épreuve de belle manière. Tous ses coureurs se sont élancés dès la première heure de course, et si Arnaud Démare ainsi qu’Ignatas Konovalovas ont signé de solides temps, c’est Miles Scotson qui, comme le premier jour, a fait sensation. L’Australien a établi la marque de référence à son arrivée et seulement quatre coureurs, dont l’intouchable champion du monde Filippo Ganna, l’ont par la suite devancé. Neuvième du contre-la-montre inaugural, Miles s’est ainsi classé cinquième de celui de clôture. « Il a fait un très beau chrono, qui est à l’image de son niveau de performance sur ce Giro, saluait Sébastien Joly. Ce Giro rondement mené a été bien entamé et bien terminé avec lui. C’est un beau signe mais c’est surtout une très belle évolution pour lui. Il y a un peu plus d’un an, il était sur le Giro pour rouler sur les échappées. Cette année il est passé dans un rôle de lanceur de train et a même su palier à l’absence de Ramon. On est extrêmement satisfaits de ses qualités sportives, de rouleur, mais aussi de ses qualités humaines car c’est un garçon gentil et très calme. Il récolte aujourd’hui les fruits de son travail et on est tous très contents de lui, et pour lui ».

Ce résultat vient donc s’ajouter au bilan déjà très riche de l’équipe, qui fait état de deux top 5 pour Kilian Frankiny et d’un autre top 10 pour le même Scotson, mais surtout de quatre victoires d’étapes et du maillot cyclamen pour Arnaud Démare. « On est arrivés ici avec déjà dix victoires en poche, mais tout le monde connaissait le mot d’ordre : on continue ! », relatait le champion de France. « On a gagné la première, on s’est dit « on continue ! » La deuxième ? « On continue ! » La troisième ? « On continue ! » Finalement, on repart avec quatre victoires et le maillot cyclamen devant Peter Sagan, qui est sans doute le coureur le plus coriace que je pouvais affronter. J’avais connu une grosse déception l’an passé à ce niveau et c’était encore chaud cette année. Ce n’est qu’avant-hier, quand l’échappée l’a emporté, que j’ai su que c’était bon. Personnellement, c’est une satisfaction, mais je retiens surtout les quatre victoires. Le maillot cyclamen est surtout important pour le grand public et j’ai d’ailleurs reçu beaucoup de messages pour m’encourager à le ramener ». Pour Sébastien Joly, directeur sportif du groupe en compagnie de Jussi Veikkanen et Benoit Vaugrenard, le tableau de chasse à l’arrivée de ce Giro avait beau être exceptionnel, il n’était pas inenvisageable.

« Un excellent état d’esprit pendant trois semaines », Sébastien Joly

« Nous n’avons pas dépassé nos attentes dans le sens où notre briefing de départ était « victoires d’étapes », mais sans préciser combien, sans nous mettre de plafond de verre, rappelait-il. Nous avons géré ce Giro comme une succession de courses d’un jour en termes d’implication. Il n’y a jamais eu de relâchement au cours des vingt-et-une étapes, même après les victoires, ce qui peut parfois être le risque. Il y a eu de la célébration mais jamais de relâchement. C’est ce qui restera pour moi le plus marquant. On est toujours restés concentrés, malgré aussi les ondes parasites qui entourait l’épreuve. Nous pouvons d’ailleurs féliciter l’organisation d’avoir mené la course à son terme malgré les conditions sanitaires et ce qu’il s’est passé il y a deux jours. Le Giro a toujours été dur et il l’a encore été cette année, mais nous avions aussi dit aux gars que le maillot cyclamen n’en serait que plus beau. Je trouve aussi que le gagner devant Peter Sagan est très significatif ». Troisième Français à remporter le classement par points, Arnaud Démare a de facto eu le privilège de monter sur le podium à Milan pour recueillir sa tunique distinctive. Il y est d’ailleurs retourné, quelques temps plus tard, avec ses coéquipiers. Car exemplaire durant les trois semaines, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ a hérité du trophée du fair-play, n’ayant commis aucune infraction aux yeux des commissaires de course.

« Cela peut paraitre anecdotique, mais ça a permis à tout le groupe de célébrer le maillot d’Arnaud et aussi de faire une belle photo devant la magnifique cathédrale, complétait Sébastien. Si nous obtenons ce prix, c’est aussi que nous avons été combatifs et compétitifs. Arnaud nous expliquait que même Ineos avait salué le travail de l’équipe. Il y a eu état d’esprit excellent au sein du groupe pendant trois semaines. Ils sont d’origine plutôt calmes mais j’ai trouvé agréable que le matin des étapes importantes, ou des étapes de montagne, la musique monte crescendo dans le bus, souvent avec Jacopo aux manettes. Je n’ai pas souvenir d’avoir connu ça par le passé et ça reflète aussi l’état d’esprit et l’ambiance qui régnait. Mais je retiens encore plus les sourires aux arrivées. Il y a eu des sourires après les étapes de montagne difficiles, et des grands sourires après les victoires. Cela veut tout dire ». Avant de rejoindre Ignatas Konovalovas, Simon Guglielmi, Jacopo Guarnieri, Kilian Frankiny, Miles Scotson ainsi que tout le staff pour fêter dignement ce Giro très abouti, Arnaud Démare livrait un ultime bilan. « J’ai vécu un Giro exceptionnel et de manière générale, une saison exceptionnelle, dans tous les sens du terme, concluait le champion de France, qui termine 2020 avec quatorze succès. Il y a eu le confinement, ma fracture du scaphoïde puis toutes ces victoires qui se sont enchaînées. Je retiens l’esprit collectif omniprésent de fin juillet jusqu’à aujourd’hui. Les gars du train, notamment, ont été exceptionnels et j’avais personnellement la patte pour conclure leur travail. Je vais pouvoir passer une très bonne intersaison et je sais ce que j’ai à faire pour continuer à être performant ».