Stefan Küng quatorzième d’une « course de dingue »

Disputée sous une chaleur de plomb, l’édition 2020 des Strade Bianche aura donné lieu à une course complètement débridée ce samedi sur les chemins de terre toscans. Absent des avant-postes lorsque les grandes manœuvres ont débuté à plus de cinquante kilomètres du but, en raison notamment d’une chute préalable, Stefan Küng s’est malgré tout accroché pour obtenir une quatorzième place loin d’être anecdotique dans cette première épreuve WorldTour depuis la reprise.

Devenue pour certains le sixième Monument officieux du cyclisme, la Classique italienne des Strade Bianche se tenait pour la toute première fois en plein été, ce samedi. Les fréquentes averses et douces températures du printemps laissaient ainsi place à la chaleur étouffante du mois d’août. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui avait poussé les organisateurs à chambouler quelque peu les horaires traditionnels. Il était ainsi près de 14 heures lorsque le peloton a quitté Sienne et s’est embarqué sur les 184 kilomètres du parcours, dont cinquante-neuf se constituaient de chemins blancs. Alors qu’un groupe de six se formait difficilement dans la première demi-heure, un seul homme demeurait aux commandes après 30 kilomètres : le Suisse Simon Pellaud (Androni-Sidermec). Ce dernier s’est alors construit un avantage maximal de quatre minutes alors que la sélection s’opérait déjà par l’arrière dans le peloton.

« Ce top 15 est plus que significatif », Sébastien Joly

« Il est rare que sur une course de 180 kilomètres, l’écrémage se fasse aussi rapidement, mais dès les premiers kilomètres et dès le premier secteur, c’est bien le cas sur les Strade Bianche, confiait Sébastien Joly, aux manettes de l’équipe en compagnie de Jussi Veikkanen en Toscane. Sur Paris-Roubaix, par exemple, les premiers secteurs arrivent au bout de cent kilomètres. Là, c’est dur tout le temps. Les secteurs sont plats, montants mais aussi descendants, ce qui est presque pire par moments. On avait décidé de faire la course autour de Stefan et Kevin, avec aussi Olivier en joker, et on était bien groupés pour passer les premières difficultés ». Tout était ainsi relativement en ordre jusqu’à la mi-course, moment choisi par Julian Alaphilippe et Mathieu van der Poel pour secouer une première fois le peloton. Alors que l’homme de tête était repris, la course des favoris commençait à peine.

« À 60 kilomètres de l’arrivée, quand ça se décante vraiment, l’écrémage avait lui déjà commencé à se faire, rappelle Sébastien. Malheureusement, Stefan est gêné par un coureur et tombe un peu avant le secteur de Monte Sante Marie, où ça part pour de bon. Il est obligé de faire un effort pour rentrer sur l’arrière et c’est ce qui lui coûte de ne pas accrocher le bon wagon ». Ils sont seulement huit à émerger en tête à cinquante kilomètres du but, et personne ne rentrera ensuite. Après une belle empoignade à l’avant, c’est Wout Van Aert qui parvient à rallier la Piazza del Campo en solitaire, et en vainqueur. Derrière, les écarts sont importants, mais Stefan Küng s’accroche malgré tout pour accrocher le top 15 à Sienne. « Stefan était prêt pour aujourd’hui et sa quatorzième place est là pour le souligner, affirme Sébastien. Il disait lui-même qu’il avait rarement fait une course aussi dure. Il est arrivé exténué. Pour moi, ce top 15 sur une épreuve WorldTour aussi difficile, ce n’est pas une petite place. C’est même plus que significatif ».

« Une course qui va marquer les esprits », Sébastien Joly

Pour preuve, seulement 42 coureurs sont d’ailleurs entrés dans les délais de cette édition 2020 des Strade Bianche. Moins encore que lors de la victoire de Tiesj Benoot dans des conditions dantesques en 2018. « C’était une course de dingue, et je pèse mes mots, martelait Sébastien. Une course de reprise avec cette chaleur, rien que sur le plan national et sur un parcours légèrement vallonné, ç’aurait été extrêmement usant. Mais aujourd’hui, il y avait un niveau WorldTour, le parcours qu’on connaît, la poussière et tout le reste… Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de dire que c’était une des courses les plus dures au monde. C’était vraiment le cas vu les conditions et le fait aussi que ce soit la reprise. Je pense que c’est une course qui va marquer les esprits et c’est aussi une course qu’on va devoir encore mieux préparer dans le futur car il y a un beau potentiel avec cette équipe ».

En termes de préparation, par ailleurs, Sébastien Joly concluait sur un point extrêmement positif : « Le très bon enseignement, c’est que l’on a subi qu’une seule crevaison, d’ailleurs évitable, précise-t-il. Nous sommes sur un nouveau système de pneumatiques tubeless fourni par Continental. On avait fait des essais en reconnaissance et on s’était rendu compte de la robustesse du produit. C’est un gros plus car beaucoup d’équipes en boyau traditionnel ont énormément crevé ont de fait été beaucoup ralenti. Cette grosse satisfaction technique est à souligner ».