La machine Romain Grégoire est lancée. Bien que sa saison n’ait débuté qu’il y a une dizaine de jours, le Bisontin s’impatientait déjà de lever les bras. Chose finalement faite dès ce dimanche sur la Faun Drôme Classic au terme d’une course de mouvements et d’un final haletant. Dans la bosse d’arrivée, il s’est ainsi défait de son dernier concurrent, Matteo Jorgenson, et a tenu à distance le peloton pour s’offrir son premier bouquet de la saison, également le troisième de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United.
Au lendemain de la Faun Ardèche Classic, sa voisine drômoise proposait ce dimanche un menu légèrement moins consistant autour d’Étoile-sur-Rhône, bien qu’un final très escarpé et explosif attendait les coureurs. Sept difficultés plus ou moins longues figuraient dans les soixante derniers kilomètres, dont le col de la Grande Limite et quelques petits « murs ». Avant cela, le peloton a connu une journée plutôt calme derrière sept échappés, qui ont justement été revus dans la principale montée du jour. « On savait que les équipes de grimpeurs allaient durcir la Grande Limite, et c’est ce qu’il s’est passé, expliquait Benoît Vaugrenard. Les trois meilleurs grimpeurs sont sortis, mais les équipes non-représentées ont roulé et ça a joué à notre avantage. Ça s’est regroupé dans la côte des Roberts, puis un groupe de douze s’est détaché avec Romain ». « J’étais un peu dans le doute en début de course, mais au final, je me sentais plutôt bien dans la Grande Limite et je me suis dit qu’il y avait peut-être un coup à jouer », confiait le Franc-Comtois. Il a ainsi pu basculer avec les principaux favoris, et si Davide Piganzoli est momentanément parvenu à s’extirper, tout était à refaire après l’ascension de la côte de Grane, à vingt bornes de la ligne.
« Je ne me suis pas retourné une seule fois », Romain Grégoire
« Il y avait trois Visma-Lease a Bike, il fallait absolument courir sur eux, on savait que ça allait ressortir, et Romain a super bien joué le coup », racontait Benoît. Le puncheur tricolore a sauté dans la roue de Matteo Jorgenson à dix-sept kilomètres de l’arrivée, et le duo a immédiatement creusé un trou sur la concurrence. « Quand Matteo y est allé, je n’ai pas hésité une seule seconde, disait l’intéressé. Je me suis retrouvé avec un super rouleur et j’étais dans une posture idéale pour aller chercher la victoire. À partir de là, les sensations étaient tout de suite bien meilleures ! Il n’y avait plus de place au doute, comme par magie ». Ensemble, l’Américain et le représentant de la Groupama-FDJ United ont parfaitement collaboré pour maintenir le peloton à près de quarante secondes tout en franchissant les courts Mur d’Allex et Plateau de Soulier avant de s’attaquer aux neuf derniers kilomètres plats menant à la côte finale. « Ce sont deux bons rouleurs, il fallait seulement ne pas trop se regarder dans le dernier kilomètre », pointait Benoît. Sous la flamme rouge, le duo comptait tout juste vingt secondes d’avance sur un peloton lancé à toute allure, et sur une portion montante.
Pour autant, Romain Grégoire a gardé la tête froide. « Je ne me suis pas retourné une seule fois dans le dernier kilomètre, et je ne savais pas exactement où était le peloton, disait-il. J’étais simplement concentré sur la ligne pour aller chercher la victoire ». À 250 mètres, la meute n’était en réalité plus qu’à une poignée de secondes lorsqu’il a décidé de porter l’estocade finale, laissant sur place Jorgenson. « Même si l’écart se réduisait, je connaissais l’explosivité de Romain et j’étais très confiant, assurait Benoît. Il a très bien manœuvré et fait preuve d’une grande maîtrise dans le dernier kilomètre ». « Jorgenson n’est pas n’importe qui, mais le final m’avantageait, disait Romain. J’étais assez en confiance. Je craignais qu’il fasse une grosse montée dès le pied, mais au final, ça a été assez attentiste et j’ai pu faire mon effort punchy comme je sais et aime le faire ! C’est seulement en me retournant à 100 mètres de la ligne, et en voyant Lenny à côté de Matteo, que je me suis dit qu’on avait eu chaud. C’était vraiment juste, mais il y avait juste ce qu’il fallait ». Impérial dans ces derniers hectomètres, Romain Grégoire a dès lors pu franchir le dernier virage sereinement à 75 mètres du but puis savourer son succès pleinement.
« Cette victoire est exactement ce qu’il me fallait »,Romain Grégoire
Une première victoire en 2026 qui revêtait une importance particulière pour le jeune homme. « Honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à gagner aujourd’hui, expliquait-il. J’étais un peu dans le doute après la course d’hier et le début de saison. Je sentais que les sensations n’étaient pas géniales mais mes équipiers ne m’ont pas lâché. Ils ont continué de me faire confiance, ça m’a donné confiance, et ça a payé ! Cette victoire est exactement ce qui me fallait. Je pense que ça va faire du bien à tout le monde aussi et ça peut lancer une spirale positive. C’est très important de lever les bras tôt dans la saison. J’ai rêvé toute la semaine de gagner ici après avoir accroché l’Ardèche Classic à mon palmarès l’an passé. C’est chose faite, et je suis très content ». « On avait pris une fessée samedi, on était logiquement abattus sur le coup, mais il fallait se remobiliser et on était revanchards, complétait Benoît. On connaît les qualités de Romain, qui sont celles d’un grand champion. Quand il est blessé, il a l’orgueil pour rebondir. C’est ce qu’il a prouvé aujourd’hui, dans une course parfaite tactiquement. Pour l’équipe, il était important également de se rattraper aujourd’hui. Cette victoire est très importante pour la suite ».