C’est une légère réorientation que Valentin Madouas est en train d’opérer dans sa carrière. Un an et demi après une première très convaincante sur le Tour des Flandres (14e, ndlr), le Breton est désormais prêt à faire des Flandriennes de réels objectifs. Ses récentes performances sur l’E3 Classic et À Travers la Flandre ont conforté cette tendance. À l’aube du Ronde, le jeune puncheur de 25 ans s’est longuement confié quant à son rapport aux Classiques, ses aspirations, et son évolution.

Valentin, dans quel état d’esprit es-tu après tes deux premières Flandriennes (7e et 11e, ndlr) ?

Je suis plutôt content de ma condition physique. Je pense avoir passé un cap cette année, j’avais notamment réussi à le montrer sur le Tour des Alpes Maritimes et du Var, mais je suis arrivé en Belgique avec quelques doutes. J’ai quand même enchaîné les pépins : Covid avant Paris-Nice, chute à Paris-Nice, bronchite après Paris-Nice. Tout cela ne m’a pas permis d’être à 100% comme je l’aurais souhaité, mais je suis bien reconcentré en vue des Classiques. Je savais que ça allait revenir, mais je ne savais pas quand. Et puis, trois jours avant ma première Flandrienne, je me suis senti bien mieux à l’entraînement, comme si j’avais retrouvé mon niveau, et ça s’est du coup plutôt bien passé sur les deux premières courses. Je pense qu’on ne pouvait pas faire mieux sur l’E3. Mercredi, j’étais un peu déçu car j’aurais pu être avec les meilleurs physiquement. Mais je pense que ce n’est qu’une question de temps et que ça va venir. Je suis vraiment satisfait de mes sensations et c’est un très bon point. J’espère maintenant être performant sur le Tour des Flandres.

« Tout le monde se tire vers le haut »

Était-ce une surprise pour toi d’être immédiatement dans le coup ?

On espère toujours être devant quand on a fait un bon hiver et de bonnes premières courses. Mais le week-end précédant l’E3 Classic, je n’avais absolument aucune sensation sur les courses de la Coupe de France. Je n’avais pas de jambes, je n’arrivais pas à attaquer, j’étais complètement bloqué. Je ne m’attendais pas à jouer la victoire une semaine plus tard. Le fait de pouvoir courir à l’avant sur l’E3 m’a donc énormément rassuré, et j’ai senti que j’avais récupéré mon punch, qui me manquait ces derniers temps.

Tu as réussi à récupérer tes marques rapidement ?

C’est vrai que ce sont des courses particulières, mais ça s’est plutôt fait facilement. On a de très bons coureurs dans l’équipe et un super encadrement qui nous permet de pouvoir appréhender au mieux ces courses-là. Ils connaissent parfaitement les parcours, savent où il faut être placé, où la course va se jouer. Avoir des personnes aussi performantes autour de soi, ça aide pour retrouver ses marques et ça fait gagner du temps. Il y a beaucoup de choses à avoir en tête sur ces courses, mais ça tourne surtout autour du placement et de la mémoire des monts. Faire des courses en amont du Tour des Flandres permet aussi de jauger l’adversité et de voir où l’on se situe physiquement par rapport aux autres. De ce point de vue-là, j’ai vu de bons signaux, et je crois qu’on est collectivement en excellente condition physique.

Tout le groupe « Classiques » semble surfer sur la vague depuis quelques semaines.

C’est vrai qu’on ressent un très très bon niveau physique collectif. Déjà, on est tous très contents d’être là, et c’est primordial sur ces courses. Il y a une bonne ambiance entre nous, tout le monde se tire vers le haut et on a tous envie de bien faire, équipiers comme leaders. Tout le monde a envie de donner le maximum, c’est le top ! J’ai une place un peu particulière dans ce groupe, car je ne fais pas toute la campagne avec eux. Cela dit, j’ai quand même l’occasion de courir avec Kevin, Stefan et d’autres de temps en temps. On se connait très bien, on sait comment chacun fonctionne et on se comprend très bien. Personnellement, je suis très content d’être là avec eux.

« J’espère que ça deviendra un passage obligé »

On te considère encore un peu comme l’invité surprise sur ces courses, mais faut-il désormais s’habituer à t’y voir ?

J’espère bien que ça deviendra un passage obligé pour moi dans les prochaines années. Ce sont en tout cas des courses où j’aimerais performer et où j’ai envie d’être présent. J’ai encore à apprendre, mais j’aime ces courses, et j’espère que d’ici peu de temps, elles tourneront un peu en ma faveur. Comme c’est le cas pour Stefan cette année. J’espère un jour y avoir autant de réussite et qu’on ira tous ensemble en remporter une belle. C’est l’objectif de l’équipe et je le partage complètement.

Ton galop d’essai sur le Tour des Flandres 2020 s’est donc avéré être décisif…

À la base, j’avais juste envie de voir, de découvrir. Je m’étais dit que ça pouvait peut-être déboucher sur une bonne surprise. Je n’avais pas peur de devoir y renoncer. Il se trouve que ça a tourné dans le bon sens, et tant mieux pour moi. Ça m’a évidemment donné envie de revenir, d’autant que j’avais été plutôt performant (14e). Il m’avait manqué un petit quelque chose, mais j’étais là, dans le final, et j’étais content de ma performance. Je me suis alors dit que je devais y retourner car ces courses pouvaient me correspondre, du fait qu’elles sont très ouvertes, qu’il y a beaucoup de mouvements et qu’elles se déclenchent tôt. Je fais encore beaucoup d’erreurs mais j’espère que j’arriverai à les rectifier. Quand tout sera aligné, je pense qu’il y aura une belle performance au bout.

Tu es donc prêt à concentrer ta préparation en vue de ces courses en particulier ?

C’est un peu ce qu’on a fait cette année. Avant la saison, j’ai clairement demandé de faire un gros bloc de Classiques, de toutes les enchaîner, et je pense aussi que c’est de cette manière que je suis le plus performant. On est donc parti sur une préparation dans cette optique. On verra comment je me comporterai sur les Ardennaises. J’ai hâte de savoir dans quel état je vais pouvoir terminer ce bloc de Classiques, et si je suis capable de le tenir jusqu’au bout avec la forme que j’ai actuellement.

« Si ça marche, ça peut être une base pour les années futures »

Arrive logiquement la « problématique » de garder une grosse forme pendant un mois.

Je pense qu’il est possible de tenir un long pic, mais il faut vraiment bien récupérer et bien choisir ses courses. Je n’ai pas voulu faire Gand-Wevelgem par exemple, car c’était une course très longue. En vue du Tour des Flandres et de la suite des Classiques, je voulais conserver de la fraîcheur. Si on maximise la récupération entre chaque course, il n’y aucune raison que ça ne passe pas. Et puis, ce n’est pas une crainte. On a fait ce pari cette année. Si ça ne passe pas, ça ne passe pas. C’était quoi qu’il en soit l’année pour le tester. Je pense que je suis à la bonne période de ma carrière pour essayer de le faire. Si ça passe, tant mieux, je reproduirai ce schéma. Si ça ne passe pas, je repartirai sur des choses plus classiques. Maintenant qu’on a dit ça, mon rôle sera aussi un peu différent sur les Ardennaises. David sera là en tant que leader, je serai davantage électron libre à ses côtés. Il y a certes Stefan sur les Flandriennes, mais ce sont aussi des courses où il y a plus de mouvements et où je peux avoir ma chance si les circonstances jouent en ma faveur. Si je suis légèrement sur la pente descendante au moment des Ardennaises, ce n’est pas foncièrement très grave tant que je suis en mesure d’aider David à réaliser la meilleure performance possible. On fera un bilan en fin de saison. Si ça marche, ça peut être une base pour les années futures.

Ta présence à l’avant sur les Flandriennes peut aussi être très utile pour l’équipe…

J’en ai conscience, et pour moi c’est hyper important. On a pu voir ces dernières années, avec Quick Step notamment, que ça pouvait changer beaucoup de choses. Si on peut désormais avoir plusieurs coureurs devant, c’est très intéressant pour l’équipe. On n’a pas à faire l’effort à chaque fois. Au contraire, en ayant le surnombre, on se met nous en position de décanter la course plutôt que de la subir. Ça change énormément de choses.

Quels sont tes axes d’amélioration sur ces courses ?

Je pense que le placement reste le point principal à régler pour moi. Je manque encore un peu d’expérience sur ces courses, je ne sais pas trop à quel moment remonter, mais c’est aussi à moi de rester au maximum avec les autres. Ça viendra avec l’expérience, je ne m’en fais pas, mais il y a évidemment des détails à peaufiner. Je pense aussi que j’ai un gabarit qui passe un peu partout. Évidemment, les bosses asphaltées me plaisent, j’y suis habitué, mais les monts pavés ne me dérangent pas non plus. Je ne suis ni trop léger ni trop petit pour être en difficulté. Sur les monts pavés, je pense être capable de jouer devant.

« Il est sans doute plus facile pour moi de faire un résultat sur les Flandriennes »

Au final, te dis-tu que les Flandriennes pourraient mieux te convenir que les Ardennaises ?

Je me suis naturellement posé la question, et je pense effectivement que les Flandriennes peuvent mieux me correspondre que les Ardennaises. Sur toutes ces courses il faut être fort, mais sur les Flandriennes, beaucoup d’autres paramètres rentrent en ligne de compte : la tactique, la chance, la vision de la course… Sur les Ardennaises, ce n’est presque que le physique qui parle. Je reste persuadé que je peux être présent devant sur les Ardennaises si je suis à 100%, mais il y a peut-être plus d’opportunités et il est sans doute plus facile pour moi de faire un résultat sur les Flandriennes. Le fait que la course se décante beaucoup plus tôt me plait. Et puis, ce n’est jamais terminé, il peut toujours se passer quelque chose. Je pense que ça me convient mieux.

Il y a deux ans tu souhaitais « tout explorer ». As-tu réduit ton spectre à la lumière des dernières saisons ?

Pour moi, ça devient un peu plus clair. Tout le début de saison est désormais consacré aux Classiques, et à partir de mai, on passe en mode Grand Tour. Un jour, si j’atteins les objectifs que je me suis fixé sur les Classiques, peut-être que j’essaierai de me tester sur un classement général de Grand Tour. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour pour le moment. J’ai encore beaucoup de chemin à faire sur les Classiques, et tant que je n’aurai pas rempli tous mes objectifs, je resterai orienté là-dessus. Je sais bien mieux vers quoi je veux aller, je sais quelles courses me correspondent le plus, lesquelles sont faites pour moi, mais on continuera d’analyser ça au fur et à mesure des saisons. J’ai aussi envie de disputer les autres Monuments. J’ai failli faire Milan-Sanremo cette année, mais n’étant pas à 100%, je n’ai pas désiré y participer. Il n’y avait aucun intérêt à être présent pour être présent. Je pense que c’est une course que je serai amené à découvrir dans les années futures, comme Paris-Roubaix.

Ta victoire sur la Polynormande l’an passé a-t-elle changé quelque chose dans l’évolution de carrière ?

C’est juste super important de gagner, de lever les bras. C’est ce qui permet de rester sur des bonnes notes et d’entretenir la confiance. Quand on n’a pas la confiance, on se pose des questions et on se demande ce qui ne va pas. Lever les bras, ça permet de se relancer sur une belle dynamique, et j’espère ne plus faire d’années blanches pendant quelques saisons.

« On a observé une vraie progression »

Tu as vécu une période de doute ?

Je n’ai pas été performant sur les Classiques en 2021. Je n’étais pas dans le coup. Or, quand les Classiques se terminent et qu’on n’a pas de note réjouissante à titre personnel, on part en coupure avec des questions dans la tête. Ce n’est pas très sain, ce sont des moments compliqués à gérer. On est dans une phase plus négative que positive, et on essaie alors de se raccrocher à des choses qu’on sait faire. On pense à reprendre toutes les bases qui ont fait leurs preuves par le passé. C’est d’ailleurs ce qui est compliqué : essayer de progresser dans plein de domaines tout en gardant ce qui marche et sans trop s’en éloigner de ses fondamentaux. Il est très compliqué de trouver le juste milieu mais je pense qu’on a pris conscience de tous ces paramètres et ça a payé. Et j’espère que ça paiera encore. Je pense que le modèle actuel me convient bien, je suis complètement raccord avec le programme qu’on a élaboré, je vois où je vais, et c’est très important pour moi.   

Tu disais avoir senti une progression cet hiver. Comment l’as-tu perçu ?

Rien qu’au niveau des puissances, j’ai battu presque tous mes records cette année, que ce soit en stage ou sur les premières courses. Je pense que je suis vraiment monté d’un cran. Que ce soit sur des efforts très courts, ou plus longs, on a observé une vraie progression. Et je l’ai ressenti immédiatement sur les premières courses, que ce soit sur le Tour des Alpes Maritimes et du Var, ou sur les Classiques plus récemment. Je me sens désormais plus à l’aise, je suis moins en difficulté qu’auparavant sur ces courses.

Le début de saison 2022 est-il à la hauteur de tes attentes ?

Je suis plutôt satisfait. Ce n’est pas un excellent début de saison car je n’ai pas gagné, mais j’ai été présent sur toutes les courses, malgré mes pépins. Je ferai un vrai bilan après les Classiques. Je suis encore en plein dans mon premier bloc, donc il est très difficile d’émettre un jugement. Je suis en tout cas satisfait de ma condition physique, et je pense qu’il y a de beaux résultats à aller chercher. Je me sens plus régulier et plus fort, c’est vraiment positif.

Qu’est-ce qui rendrait ton début de saison très satisfaisant ?

Je ne vais quasiment faire que des courses WorldTour, donc réussir à obtenir un podium sur une Classique, ce serait déjà super. Si je pouvais réussir à me rapprocher de la victoire et être régulier sur toutes les courses auxquelles je vais prendre part, ce serait vraiment un très bon début de saison.

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