« Marc Madiot m’a tendu la main »

Victime d’une terrible chute le 29 août pendant le Tour d’Espagne, Kevin Reza est en convalescence. Avant cet accident, son patron Marc Madiot lui avait dit qu’il ne conserverait pas dans son effectif en 2017. Fidèle à lui-même et comme il l’avait fait tant de fois dans sa carrière avec d’autres coureurs blessés, Marc a prolongé son contrat d’un an. Très sensible à cette marque de confiance, Kevin promet d’être compétitif dès son retour à la sortie de l’hiver et de relancer sa carrière par de bons résultats.

Kevin, six semaines après ta grave chute dans la Vuelta comment vas-tu ?

Ca va, je suis chez mes parents depuis ma sortie de l’hôpital et ma maman s’occupe bien de moi…

On va reprendre dans l’ordre chronologique…

J’ai perdu la mémoire, ça va être dur… Non, je plaisante. En fait, je ne me souviens plus de ma chute. Heureusement parce que j’aurais sans doute peur de remonter sur le vélo. J’ai souffert de fractures de la base occipitale et des deuxième et troisième vertèbres cervicales. Je porte toujours une minerve.

As-tu une idée de la date de reprise d’une activité physique ?

Je vais passer un examen le 3 novembre qui me dira si je peux enlever ma minerve ou pas. Et si je peux commencer la rééducation. Je peux à peu près tout faire mais je ne peux pas conduire et donc je ne peux pas rentrer chez moi en Vendée. C’est la première fois que je reste aussi longtemps chez mes parents mais je suis bien content qu’ils soient là.

A cet accident a succédé une bonne nouvelle, Marc Madiot te conserve finalement dans son équipe ?

Franchement j’ai été agréablement surpris. Avant la Vuelta, je savais que c’était fini, qu’on ne me gardait pas. Puis il y eut la chute après des résultats encourageants en début de Vuelta. A ce moment-là, j’avais des contacts avec des équipes et après non, plus rien. Marc m’a tendu la main. Je le lui ai dit, il n’était pas obligé de le faire. Il est venu chez mes parents. On a parlé un bon moment…

Après une telle chute, on relativise les moments difficiles ?

Après être tombé, je ne pensais plus au vélo mais à ma santé, je voulais éviter la paralysie. Puis j’ai repris mes esprits, les médecins m’ont rassuré :  il n’y aura pas de séquelles. Maintenant, oui, je relativise et je vois les choses différemment. En cette période, j’ai compris que j’aime vraiment ce que je fais. C’est sans doute une bonne chose.

Au sein de l’équipe FDJ, tu as un super exemple à suivre avec William Bonnet ?

William a pris de mes nouvelles assez vite. Il m’a parlé de ce qu’il a subi mais lui a été opéré, c’était plus lourd. Après, pour le processus de rétablissement, c’est assez similaire. Lui, il est revenu encore plus fort. Il a fait le Tour, il est au Mondial. C’est ma première grosse gamelle et j’espère la dernière et je vais m’appuyer sur ce qu’à fait William Bonnet. Je ne perds pas espoir. J’ai en tête mon bon début de Vuelta. Je sais le coureur que je veux être.

J’ai souvent des contacts aussi avec mon compagnon de galère Mickael Delage qui est à Capbreton pour deux semaines après s’être blessé à Hambourg. En décembre, au stage, on sera pareil lui et moi, on sera prenables !

Que te dit Jacky Maillot pour ta reprise ?

Moi, j’étais un peu dans le doute. Selon le doc et les spécialistes que j’ai rencontrés, je vais reprendre la compétition fin février, début mars. Je ne vais pas rater beaucoup de courses. Je veux revenir et être compétitif tout de suite. Je n’ai pas envie de péter sur le plat à 40 à l’heure…

Avant cette chute, ta carrière était un peu en danger mais pendant les neuf premières étapes, tu as signé un top 3 et un Top 5 !

Le déclic pour moi, je veux le croire, c’est la Vuelta. J’étais dos au mur et je me suis bougé le cul. J’ai pris des risques que je ne savais plus prendre. J’ai pris les bonnes décisions en course et si je n’ai pas gagné, ça m’a ramené la confiance. Je l’ai en tête. Aujourd’hui, j’ai perdu du muscle et de la condition, ça m’énerve un peu mais je sais aussi que le vélo c’est plus dans la tête que dans les jambes.

Je veux dire aussi que pas mal de directeurs sportifs de l’équipe m’ont appelé et ça m’a fait plaisir. J’ai reçu beaucoup de messages de mes équipiers qui me disaient être contents que je continue avec eux. Je suis content, j’ai laissé ma trace dans l’équipe, j’ai tissé des liens même s’il m’a fallu du temps. Il me tarde de les retrouver tous.