« Les courses virtuelles nous ont permis de nous retrouver »

Depuis plus de deux mois, Jussi Veikkanen accompagne – à distance – les coureurs de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ lors des différentes courses virtuelles qui ont pu s’organiser. Un rôle naturellement momentané et particulier, mais pour lequel le Finlandais a pris goût. Il s’y attarde ici un peu plus en détails à l’aube des troisième et quatrième étapes du Tour de France virtuel.

Jussi, comment es-tu devenu le directeur sportif référent de ces courses virtuelles ?

Cela s’est fait un peu par hasard. Notre première course du genre était le Digital Swiss 5, sur la plateforme Rouvy. Les entraîneurs avaient tout préparé et avaient trouvé des coureurs pour représenter l’équipe, mais il manquait un directeur sportif. Yvon [Madiot] m’a alors appelé pour me proposer de coordonner ces courses virtuelles. Je pensais que ça ne serait que le temps d’une course, mais finalement, nous disputons aujourd’hui notre troisième épreuve avec ce Tour de France virtuel après avoir aussi participé au Tour for All.

« Nous avons essayé de créer des schémas identiques aux courses sur route »

Étais-tu familier de ces plateformes au moment de ta « prise de fonctions » ?

Honnêtement, je ne connaissais pas grand-chose au début. J’ai eu mon premier contact avec la plateforme Zwift lors de la quarantaine à Abu Dhabi, après que l’UAE Tour a été arrêté. Nos coureurs se sont retrouvés contraints de faire du home trainer dans leur chambre et Zwift a proposé ses services puis leur a fourni du matériel. Sachant que l’on était coincés à l’hôtel et qu’on ne pouvait pas faire grand chose, ça nous a bien arrangés, les coureurs ont pu s’entretenir correctement et avec un peu d’amusement. Mon experience avec ces outils est partie de là. Yvon était évidemment au courant de cet épisode et du fait qu’on avait été exposés à ces plateformes, et lorsque le Digital Swiss 5 s’est présenté, il m’a proposé de m’en occuper.

As-tu toi-même testé ces plateformes ?

Je n’ai pas personnellement testé Rouvy, que l’on a utilisé sur le Digital Swiss 5, mais lorsque s’est profilé le Tour for All, j’étais devenu tellement curieux vis à vis de la chose que je me suis acheté un home trainer connecté pour être en mesure de faire ces courses virtuelles. Je suis donc monté sur le home trainer et j’ai fait quelques sorties pour mieux comprendre comment ça se passait. Et effectivement, comme me le disaient les coureurs, au début, ça ne ressemble pas du tout au vélo qu’on connaît habituellement. J’ai pu mieux assimiler le phénomène d’aspiration et comprendre le PowerUps, mais je reste un débutant en la matière. Je n’ai que quelques sorties à mon actif.

Cela t’a en tout cas permis d’entretenir le lien avec les coureurs…

Cela n’a pas concerné que moi, mais le groupe tout entier, avec les coureurs, le staff, le pôle communication et nos collègues entraîneurs. On a tellement l’habitude de se retrouver en période de compétition normale, que lorsque la compétition s’est arrêtée, j’ai eu l’impression qu’on était moins en contact. Ce qui est en soi vrai. Ces courses virtuelles ont alors créé quelque chose dont on pouvait discuter ensemble, où on pouvait se retrouver, parler de vélo, de compétition, de la concurrence… Je pense que c’est surtout cet aspect là qu’il faut souligner lorsqu’on évoque cette période et ces épreuves. De ce point de vue, c’était vraiment intéressant pour l’équipe. Pour ce qui est du côté sportif, ça reste certes un jeu vidéo, mais ça apporte quand même son lot d’excitation. Au départ dimanche dernier, Hugo [Page] nous a même dit : « Je me sens comme au départ d’une vraie course ! ». Nous avons en effet essayé de créer des schémas identiques aux courses sur route. Le but était que, bien que la ligne de départ soit virtuelle, les coureurs retrouvent des sensations habituelles, avec des fourmis dans les jambes, et des petits noeuds au ventre.

« Un coursier reste un coursier »

En quoi consistait, et consiste encore, ton rôle sur ces compétitions ?

Il y a une bonne partie logistique à gérer afin de définir les compositions pour chaque étape. Sur les deux premières courses (Digital Swiss 5 et Tour for All), c’était d’ailleurs assez délicat dans la mesure où l’on devait composer avec les entraînements des uns et des autres. Les trois coachs, Julien, David et Anthony, m’ont donné un bon coup de main pour parvenir à incruster ces courses dans le programme d’entraînement de chacun. C’était un point important sinon primordial à prendre en compte. Nous sommes désormais dans une autre phase de préparation de la saison. Pour ce Tour de France virtuel, nous avons opéré différemment, en essayant surtout de trouver des coureurs disponibles sachant que certains sont déjà partis en stage personnel. De manière générale, nous n’avons eu aucune difficulté à trouver des coureurs, qui plus est sur l’épreuve actuelle où nous faisons appel aux coureurs de la Conti, qu’il est aussi intéressant de mettre en valeur. Pour ce qui est du rôle de directeur sportif en tant que tel, il n’y a pas énormément de choses à faire. Il s’agit surtout de passer les informations de course, transmettre les parcours, tout en essayant de conserver le même schéma qu’on retrouve sur les vraies courses : petit briefing explicatif du parcours et mise en place d’un petit objectif. Depuis le Tour for All, nous avons aussi mis en place une liaison vocale entre tous. Benjamin Thomas me l’avait proposée après l’avoir utilisée avec d’autres lors du confinement. On s’en sert pour discuter, ce qui est sympa, et je l’utilise aussi pour fournir des infos. Ceci étant dit, un coursier reste un coursier, même si c’est un jeu vidéo. Ils n’ont pas besoin de beaucoup d’encouragements pour faire les choses à fond.

Quel type de problématiques as-tu pu rencontrer ?

La mise en place et la préparation d’avant-course sont assez lourdes dans la mesure où Zwift nous indique notamment ses conditions vis à vis du matériel et des installations. Nous essayons de tout faire au mieux, mais parfois ça ne le fait pas, comme avec Mickael Delage, Hugo Page ou Matthieu Ladagnous qui ont perdu leur connexion durant le week-end. Ça fait malheureusement partie du jeu. Il y a tout le temps eu et il y aura toujours des situations de ce genre, et il faut vivre avec. Le côté technique est un peu fastidieux si on veut être réglo mais j’insiste toujours à ce qu’on suive les réglages que Zwift nous propose. Au-delà de ça, il n’y a pas de réelles problématiques. Les coureurs savent le faire à fond. Plusieurs ont déjà beaucoup couru sur la plateforme et maitrisent le sujet. Plus on dispute ces courses, plus on en comprend les ficelles. On trouve d’ailleurs désormais de vrais spécialistes de Zwift dans toutes les équipes.

Quelle est la finalité de ces courses virtuelles pour l’équipe ?

J’insiste sur le fait qu’elles nous ont permis de nous réinscrire dans le schéma des courses sur route, avec des briefings, des descriptions de parcours et cette petite excitation au départ. Ce sont des automatismes dont les coureurs auront besoin quand la saison reprendra. À cela se sont ajoutés des bons moments de partage et de discussions entre tous, ce qui arrivait logiquement à nous manquer dans ces quatre mois sans compétitions. Même si sur le plan purement sportif, cela demeure un jeu vidéo, on a pu retrouver ce côté humain qui fait du bien et qui va sûrement servir pour la suite de la saison. L’important était aussi que ça s’articule bien avec l’entraînement, qui restait la priorité. Ceci dit, ils ont tout de même fait de beaux efforts sur le home trainer et cela pourra quand même servir à l’avenir.