Le jour de Miles Scotson

Un équipier modèle a ce mercredi connu son heure de gloire. À l’occasion de la première étape du Tour de la communauté de Valence, Miles Scotson est en effet allé chercher son tout premier succès sous les couleurs de la Groupama-FDJ. Le rouleur australien s’est qui plus est imposé en solitaire après un raid d’une vingtaine de kilomètres en direction d’Ondara, et ce malgré une chute dans les ultimes instants. Victorieux trente secondes devant un petit peloton comprenant Stefan Küng et Antoine Raugel, Miles Scotson se pare évidemment de la tunique jaune de leader, à laquelle il compte bien s’accrocher !

« Miles a placé son attaque avec un timing parfait », Stefan Küng

Une fois n’est pas coutume, le Tour de la communauté de Valence s’élançait à la mi-avril, et non début février en raison du report contraint par la situation sanitaire. Le plateau de cette édition 2021 s’en retrouvait donc un peu moins fourni, avec la présence de quatre formations WorldTour dont la Groupama-FDJ. Avec les champions de Suisse et de France au départ, l’équipe de Thierry Bricaud et Jens Blatter présentait de jolis arguments, mais cette première étape n’apparaissait pour autant pas idéale pour le sprinteur picard. Entre Elche et Ondara, environ 170 kilomètres étaient à couvrir et quatre bosses devaient être franchies sur un terrain très casse-pattes. Alors, si le scénario a d’abord été limpide, avec une échappée de cinq composée de Stephen Bassett (Rally Cycling), Maxime Cam (B&B Hotels), Ibon Ruiz (Kern Pharma), Lennert Teugels (Tarteletto-Isorex) et Raffaele Radice (Mg.k Vis VPM), la course s’est franchement animée à la mi-course dans l’enchaînement des difficultés. « On savait que ce serait compliqué pour les sprinteurs, relatait Thierry. Ce sont des routes qu’on a l’habitude de faire à l’entraînement en hiver, les coureurs les connaissent très bien et ils savaient qu’il y avait une période de l’étape compliquée à gérer. Ça a effectivement été le cas, pour tout le monde. On savait que ce n’était pas notre meilleure opportunité pour un sprint ».

La sélection s’est ainsi drastiquement opérée dans le peloton, et à l’entame de la dernière ascension répertoriée, la Groupama-FDJ comptait encore Stefan Küng, Miles Scotson et Antoine Raugel dans le premier groupe, qui avalait alors l’échappée matinale. Le champion de Suisse a été le premier à sortir de sa réserve et à tenter de faire la différence. Un regroupement d’une cinquantaine de coureurs s’est néanmoins opéré au sommet, puis Miles Scotson a tenté une première fois sa chance dans la descente, sans succès. Stefan Küng a dès lors étiré le groupe, toujours dans la portion descendante, et Miles Scotson a un peu plus tard profité d’une légère temporisation pour en remettre une. Il restait alors vingt-deux kilomètres à parcourir. « Après la dernière montée, je me suis dit que Stefan avait de grandes chances d’aller gagner en solo aujourd’hui, disait l’intéressé. Initialement, je pensais plutôt attendre le sprint, mais il y avait Degenkolb dans le groupe. Je me suis dit que j’allais attaquer, et que si on me reprenait, Stefan pourrait y aller à son tour. Mais au final, mon attaque a été la bonne ». « Miles a placé son attaque avec un timing parfait, témoignait Stefan. Derrière, c’était à nous, et à moi particulièrement, de casser la chasse. Je me suis toujours mis en deuxième position pour perturber les efforts des autres équipes. J’ai suivi tous les coups pour le protéger ».

« Je ne m’attendais pas à gagner une étape moi-même », Miles Scotson

À l’avant, Miles Scotson a d’abord contenu le retour d’un concurrent de la Movistar puis a rapidement fait le trou sur ce qui restait du peloton. Malgré une certaine organisation en poursuite, il parvenait à accroître son avance à une quarantaine de secondes au terme de la dernière descente du jour. « À dix kilomètres, j’étais quasiment sûr de l’emporter mais j’ai commencé à trop penser au général, à vouloir gagner autant de secondes que possible, racontait Miles. J’en ai finalement perdu une belle poignée en ne freinant pas assez dans un rond-point ». À seulement trois bornes du but, alors qu’il comptait près d’une minute sur le peloton, l’Australien a donc chuté sur la chaussée détrempée. Il s’est néanmoins vite relevé, sans paniquer, et a pu reprendre la route. « C’était vraiment glissant aujourd’hui, sans doute qu’il n’avait pas plu ici depuis un moment, jugeait-il. J’étais content que le vélo soit en bon état et que je puisse quand même décrocher la victoire ». Après deux ultimes kilomètres sans contretemps supplémentaires, l’ancien champion d’Australie pouvait finalement célébrer son deuxième succès professionnel, et son premier pour le compte de la Groupama-FDJ. « Je suis super heureux, déclarait-il à l’arrivée. On était venus ici pour gagner une étape avec Arnaud. Je ne m’attendais pas à en gagner une moi-même, mais j’avais de bonnes jambes et j’ai saisi l’opportunité ».

« C’est une belle récompense pour Miles, ajoutait Thierry. Il est un équipier essentiel toute la saison, mais des circonstances de course font qu’il peut parfois avoir sa chance. Il a su la saisir parfaitement ! » « Miles était très très fort, et c’était une belle course collectivement » ajoutait Stefan, septième à l’arrivée, vingt-huit secondes derrière son collègue australien, alors qu’Antoine Raugel prenait lui la 13e place pour sa première avec la WorldTeam. Arrivé quelques minutes plus tard, Arnaud Démare complétait : « C’est une super victoire pour Miles ! Ça fait plaisir compte tenu de tout le boulot qu’il fait toute l’année. Il a su saisir sa chance. On sait que c’est un gros rouleur, on sait qu’il marche fort, mais ce n’est jamais facile de conclure. C’est top qu’il ait réussi à le faire. Je suis content pour lui ». Auteur du quatrième succès de l’équipe cette saison, Miles Scotson a logiquement endossé le maillot jaune ce mercredi après-midi, et tâchera d’y faire honneur ces prochains jours. « Demain, on contrôlera probablement pour Arnaud en vue du sprint, et il pourra compter sur moi dans le final, concluait-il. Vendredi, Stefan et moi essaierons de nous accrocher dans la montée finale, et de limiter la casse. Il peut d’ailleurs gagner le chrono le jour suivant. Aujourd’hui, je l’ai emporté avec une avance, même si elle n’est pas aussi grande que je l’aurais souhaité à cause de la chute. On verra comment je me débrouille dans les montées puis sur le chrono. On a en tous les cas encore beaucoup d’opportunités sur cette course ».