Gaudu-Armirail, duo magique

Ils ont récidivé, et de manière plus brillante encore. Déjà associés lors du premier succès de la formation Groupama-FDJ sur la Vuelta la semaine passée à La Farrapona, David Gaudu et Bruno Armirail ont remis ça, ce samedi, dans l’ultime étape de montagne du Tour d’Espagne 2020. Le jeune grimpeur breton est allé conquérir une seconde victoire d’étape, en solitaire cette fois-ci, dans l’Alto de la Covatilla. Mais avant sa fabuleuse ascension vers le(s) sommet(s), il a bénéficié du travail colossal – et déterminant – de Bruno Armirail au sein de l’échappée, pendant près de 150 kilomètres. Un duo magique, qui aura donc fait bien des ravages en terres ibériques. Cerise sur le gâteau, David Gaudu grimpe en huitième position du classement général à la veille de l’arrivée à Madrid.

C’était en quelque sorte le jour des « dernières » : dernière étape de montagne de la Vuelta, dernière arrivée au sommet de la saison cycliste 2020, mais aussi dernière opportunité pour l’Équipe cycliste Groupama-FDJ de ramener un bouquet supplémentaire des terres ibériques. Pour l’emporter au sommet de l’Alto de la Covatilla, censé opérer la décision finale pour le classement général, David Gaudu était naturellement l’option privilégiée au sein de la formation française. Pour ce faire, il valait toutefois mieux prendre un coup d’avance. « Pour être franc, on pensait que ça allait être compliqué de me placer dans l’échappée du fait qu’en troisième semaine, tout le monde se court dessus pour les places du général », expliquait le jeune Breton, onzième ce matin. « On savait qu’il y allait avoir des mouvements de course rapidement et que de gros groupes pouvaient se former, reprenait Thierry. Si David parvenait à y être, il fallait impérativement que Bruno le soit aussi. On sait que David fait peur dans des échappées en montagne et Bruno était notre meilleure arme pour maitriser l’échappée ». C’est d’ailleurs le Haut-Pyrénéen, à l’attaque dans le dernier kilomètre la veille, qui a d’abord pris les devants.

« Nous savions ce que Bruno était capable de faire », Thierry Bricaud

« On pensait que ça partirait dans le col de première catégorie, racontait le rouleur tricolore, mais on a suivi des coups et on est partis dans une petite bosse. Je me suis retourné et j’ai vu que David était là. Ce n’était pas plus mal ! ». Si le peloton ne s’est pas immédiatement relâché, il a malgré tout perdu sa première bataille face à une échappée d’environ 30 unités. « On n’avait qu’une chose en tête, l’étape, assurait Thierry. On savait aussi qu’en allant chercher l’étape, on entrerait quasi certainement dans le top 10, mais UAE était en surnombre et on les a laissé faire un peu au début. Puis, on s’est vite rendus compte que ça allait être le bazar car l’échappée allait être trop conséquente, et Bruno est donc allé rouler rapidement ». Le cinquième du chrono est venu prendre le manche après 50 kilomètres, au terme de la première ascension du jour. Il ne l’a plus lâché jusqu’à six bornes de l’arrivée, écrémant non seulement l’échappée mais permettant aussi à son leader de conserver une marge de trois minutes sur le peloton. « On a passé toute la journée à rouler, UAE et moi, détaillait Bruno. On a bien géré, ça s’est bien passé et mes sensations étaient vraiment bonnes. J’avais dit hier que ma performance était de bon augure pour aujourd’hui. Je crois que je l’ai confirmé. C’était exactement la même chose qu’il y a une semaine, et c’était super d’être devant avec David. J’ai roulé le plus possible, le plus longtemps possible. J’ai fait mon maximum pour lui et le travail a été récompensé, c’est génial ».

Ce travail titanesque, apparu de manière très nette aux yeux de tous les observateurs, suscitait les éloges justifiées de son directeur sportif Thierry Bricaud : « Ce qu’il a fait aujourd’hui, c’est un cran au-dessus de ce qu’il faisait d’habitude, mais nous savions qu’il était capable de le faire. Il n’est jamais aussi bon que dans ce type d’efforts, dans des étapes difficiles et usantes, de moyenne ou haute montagne, au service d’un leader. Qui plus est quand c’est quelqu’un qu’il apprécie, comme David. Pour la petite histoire, nous avions briefé Bruno au début Vuelta. Nous voulions éviter qu’il fournisse des efforts inutiles, car on savait qu’il pouvait être très fort sur certaines étapes. Il est tellement généreux qu’il gaspille parfois des forces inutilement. Nous avons essayé de bien gérer ces étapes avec lui et je pense qu’on a bien fait. Car au final, lorsqu’il a eu carte blanche, il a toujours répondu présent et été très fort. Cela lui a notamment permis de faire un très bon chrono mais aussi d’accompagner deux fois David vers la victoire. Aujourd’hui, les UAE ont fait leur travail mais Bruno les a écrasés un par un, et il est certain que David ne va pas chercher l’étape s’il n’y a pas Bruno. David est très fort mais il lui doit en grande partie sa victoire ». Car effectivement, tout comme une semaine auparavant, le jeune Breton aura réussi à parachever le travail de son collègue en s’imposant au sommet de la Covatilla. À l’arrivée, ses premiers mots étaient également dédiés à l’homme du jour.

« C’est la cerise sur le gâteau », David Gaudu

« Bruno a été encore énorme, confiait-il. Le travail qu’il a fait aujourd’hui est indescriptible. À l’heure actuelle, je pense qu’il est l’un des meilleurs équipiers du monde dans ce rôle là. Rouler comme il le fait, donner autant jusqu’à l’épuisement total, c’est extraordinaire. Aujourd’hui c’est aussi sa victoire, et celle de toute une équipe ». Pour autant, comme aimait à le rappeler Bruno à son arrivée au sommet, « aussi fallait-il pouvoir conclure ». Et face à une solide concurrence, Gaudu n’a pas tremblé. Le Breton a certes démarré la partie la plus difficile de l’ascension avec un débours de 40 secondes, mais il a su le combler relativement vite avant de décramponner tout le monde de sa roue, dont Ion Izagirre à quatre kilomètres du sommet. « Dans le final, il fallait tenter le tout pour le tout, racontait David. J’ai décidé d’attaquer et j’ai tout donné. J’ai essayé de passer ceux qui avaient anticipé le plus vite possible, pour les mettre dans le vent de face, qu’on soit à armes égales et qu’ils ne puissent pas récupérer dans ma roue. J’ai tout donné, et j’ai eu peur que ça revienne dans les trois derniers kilomètres, mais j’ai pu relancer à la flamme rouge et j’ai compris que c’était bon. Je suis vraiment très très heureux ». Contrairement à la semaine passée, le grimpeur de 24 ans a cette fois pu célébrer une victoire en solitaire, ajoutant ainsi une deuxième étape à son escarcelle, qui n’est pas sans rappeler le cru 2018 de Thibaut Pinot.

« J’y pensé ce matin, confessait David. Je me suis dit : pourquoi pas aujourd’hui, pourquoi pas moi ? En plus, les conditions climatiques me plaisaient. C’était une journée à l’instinct et ça l’a fait. Ce genre de journée, c’est exceptionnel ». Aussi, grâce à son numéro du jour, le Breton a grappillé trois rangs au général pour se retrouver huitième à la veille de l’arrivée à Madrid. « J’étais déjà très heureux, et même aux anges, d’avoir pu gagner une première étape, rappelait l’intéressé. En gagner une deuxième, c’est la cerise sur le gâteau, et rentrer dans le top 10, c’est aussi rentrer dans les objectifs qu’on s’était fixés. La Vuelta était déjà réussie, mais avec deux victoires et un top 10 final, elle l’est encore davantage. On aurait signé dès le départ pour ça ». Le mot de la fin revenait à Thierry Bricaud : « David a repris le fil logique de sa carrière. Il progresse tous les ans. Cette année fut particulière, mais finir la saison comme il le fait, confirme sa constante évolution. La première semaine était un peu difficile mais il s’est bien mis dedans au fur et à mesure. Ça va lui apporter des certitudes pour son avenir sur les Grands Tours et c’est très bien. Plus généralement, la Vuelta est complètement réussie, non seulement de par les résultats, mais aussi de par l’engagement de l’ensemble de l’équipe. Ce n’était pas gagné d’avance ». Malgré les abandons de Thibaut Pinot, Romain Seigle et Matthieu Ladagnous, le groupe a donc bel et bien tenu. Le meilleur exemple étant Mickaël Delage, lanterne rouge au classement général, mais toujours présent. « Il revenait d’une longue convalescence, il n’avait quasiment pas couru mais sa Vuelta est aussi remarquable, concluait Thierry. On pensait qu’il aurait du mal à tenir une semaine, et il est sur le point de finir la Vuelta. On peut aussi lui tirer notre chapeau ».