De la malchance mais des satisfactions

Le 29 août dernier, six jeunes de la « Conti » Groupama-FDJ sont partis à l’assaut du Giro Ciclistico d’Italia, connu aussi sous le nom de Baby Giro, pour ce qui représentait l’un des, sinon le rendez-vous phare de la saison. Les protégés de Jens Blatter ont répondu présent tout au long des huit étapes, et si la réussite n’a pas toujours été de leur côté, ils ont indéniablement livré des prestations intéressantes pour l’avenir, à court et moyen terme.

« On est passés tout près de la victoire », Jens Blatter

Comme les trente-et-une (!) équipes qui composaient le plateau de ce « Baby Giro » version 2020, la Conti Groupama-FDJ s’est présentée avec six hommes au départ d’Urbino le 29 août : Sylvain Moniquet, Alexandre Balmer, Mattia Petrucci, Jake Stewart, Lewis Askey ainsi que Clément Davy. Une équipe tout terrain et sur le papier compétitive, mais qui était malgré tout orpheline d’un élément clé. « Le Giro était pour nous la course la plus importante de toute l’année, expliquait Jens Blatter. On avait donc formé l’équipe en conséquence. Malheureusement ça avait mal débuté avec la chute de l’un de nos leaders attendus, Lars van den Berg, une semaine avant la course ». Victime d’une fracture de la clavicule sur son championnat national, le Néerlandais n’a donc pu être présent au rendez-vous transalpin. Les espoirs pour le classement général se sont donc reportés sur Sylvain Moniquet, mais le Belge a lui aussi été victime d’un coup du sort. « Sans Lars, l’idée était de faire le général avec Sylvain en priorité, mais aussi avec Alexandre comme leader de rechange, poursuivait Jens. Malheureusement, la malchance s’est poursuivie et Sylvain a subi une grosse chute. Un soir, on est même resté jusqu’à 2 heures du matin à l’hôpital… Il avait deux côtes fissurées. Ça peut passer pour s’entraîner, mais au haut-niveau, c’est malheureusement compliqué et on donc perdu le général dès le début de l’épreuve ».

Si Alexandre Balmer a assuré dans la première étape (22e), la Conti s’est dès lors penchée sur les sprints avec Jake Stewart, récent deuxième du Tour du Limousin et futur coureur de la WorldTeam. « On a commencé la course avec trois coureurs pour la montagne et trois pour les sprints, mais après avoir vu le général s’envoler, on s’est recentrés avec les six coureurs sur une potentielle victoire de Jake, soutenait Jens. On a toujours roulé derrière les échappées, même avec Sylvain, et sans beaucoup d’aide des autres équipes. On a tout fait pour réussir mais il y avait toujours deux ou trois coureurs plus rapides que Jake. On est passés tout près de la victoire. Jake fait une fois troisième et deux fois quatrième. Il faut aussi dire qu’il y avait du monde et le niveau était très élevé ». À ces trois top-5, il faut également créditer Jake Stewart d’un top 10 à Mordano le troisième jour (9e). Le Britannique a d’ailleurs bénéficié d’un soutien qu’il décrivait « d’incroyable » de la part de ses compères.  « Clément a beaucoup roulé et je suis impressionné par sa performance sur la semaine, c’est un super équipier, qui remplit son rôle à 100%, et qui est aussi important pour le moral de l’équipe, ajoutait Jens. Lewis Askey est lui plus rapide dans le final et c’est lui qui faisait les derniers kilomètres à bloc pour Jake ».

« On peut tirer notre chapeau à Sylvain », Jens Blatter

Au terme de la sixième étape, l’équipe comptait donc quatre accessits et Alexandre Balmer figurait encore dans le top 15 du général avant l’arrivée à Montespluga vendredi et l’ascension du Mortirolo samedi. Une fois de plus, les deux grimpeurs de l’équipe ont connu des fortunes diverses. « On a réussi à garder Sylvain motivé malgré sa blessure, il a continué et n’a jamais lâché, saluait Jens. Quand tu te prépares un an durant pour un objectif, et que celui-ci s’évapore à cause d’une chute, c’est difficile de se remobiliser mais il s’est battu et il fait neuvième de la septième étape, parmi les meilleurs, et encore quatorzième le dernier jour. On peut simplement lui tirer notre chapeau ». Pour Alexandre Balmer, en revanche, la dynamique s’est inversée sur les deux dernières étapes. « On savait que ce serait dur avec toutes les ascensions, mais dès vendredi, il avait quelques maux de gorge, détaillait Jens Blatter. Il est malheureusement tombé malade et ça s’est encore dégradé hier. Il avait malgré tout la volonté de finir ce Giro ». Et il l’a bel et bien complété, en trentième position du général, bien loin du tonitruant vainqueur Tom Pidcock, maillot rose et lauréat des trois étapes de montagne.

Mattia Petrucci, quant à lui, est monté en puissance au cours de son épreuve nationale. « Il s’était blessé début juillet et avait dû couper six semaines. Il n’avait repris l’entrainement que deux semaines avant le Giro et on savait que ce serait juste, disait Jens. On l’a pris avec nous car c’est sa course de coeur, il habite là-bas et en pensant à la suite également. On s’était dit que le Giro constituerait une bonne rampe de lancement, et il en effet montré des signes encourageants sur la fin. Il a dû des difficultés à se mettre dans le rythme, mais ça marchait déjà beaucoup mieux hier. Je pense qu’il va bien revenir pour la Ronde de l’Isard ». Avant ce prochain rendez-vous, qui sera aussi l’un des derniers pour la Conti cette saison (en plus du Piccolo Lombardia et de Paris-Tours Espoirs), Jens Blatter tirait un bilan plutôt positif du périple italien malgré un manque cruel de réussite. « Au final, nous avons fait un bon Giro, il manque juste la victoire pour que ce soit un très bon Giro, concluait-il. Je dis toujours que c’est une équipe de développement et que les jeunes sont là pour apprendre. Je pense qu’on a tous beaucoup appris cette semaine ».