Après une étape d’ouverture inhabituellement accidentée, le peloton faisait face ce lundi à une étape « marathon » à l’occasion du deuxième jour de course sur le Tour Auvergne – Rhône-Alpes. Plus de 230 kilomètres figuraient au programme vers Le Puy-en-Velay, avec pas moins de 3600 mètres de dénivelé positif répartis sur le parcours. Cela ne voulait donc dire qu’une chose : « On savait que l’échappée avait de grandes chances d’aller au bout car c’était une longue étape, difficile, à la veille d’un contre-la-montre par équipes important, expliquait Thierry Bricaud. On se doutait que peu d’équipes auraient envie de contrôler, donc l’idée était d’être devant ». La bataille pour l’échappée a ainsi pris place pendant plus d’une vingtaine de kilomètres, et ce n’est que dans le col du Chatain, la première difficulté du jour, que le peloton a validé le ticket de sortie de dix hommes dont … Clément Braz Afonso, déjà à l’attaque dimanche ! « Je n’étais pas top au début, mais j’ai patienté, et quand c’est sorti en contre dans la bosse, j’y suis allé avec un petit temps de retard mais j’ai réussi à rentrer », témoignait l’intéressé. Les attaquants ont alors très vite bénéficié d’une marge de cinq minutes. « On a rapidement compris que l’échappée avait toutes les chances d’aller chercher l’étape, qui était notre seul objectif du jour », affirmait Thierry. « C’était tout pour l’étape », ajoutait Clément, coureur le mieux placé de l’échappée au général mais désintéressé par le maillot jaune.

En l’absence d’une vive pression du peloton, l’échappée a géré sa journée en conséquence, et comptait encore plus de quatre minutes trente à l’approche des quarante derniers kilomètres et de l’avant-dernière difficulté, la côte des Baraques (4,2 km à 6,6%). « On ne voulait surtout pas se faire piéger loin de l’arrivée, indiquait Thierry. Clément a alors été opportuniste quand Veistroffer a attaqué ». À quarante-cinq kilomètres du but, le pensionnaire de la Groupama-FDJ United a donc usé une première cartouche. « J’étais à l’arrière du groupe, j’ai vu Baptiste attaquer, et je me suis dit que ça pouvait être bien d’avoir un coup d’avance, confiait-il. J’ai pris ma chance en espérant que ça ne s’entende pas vraiment derrière, mais finalement ça s’est plutôt entendu. Avec du recul, je pense que ce n’était pas une bonne idée, car il m’a broyé sur le plat et je suis arrivé un peu entamé au pied des bosses ». Le duo a malgré tout entamé la côte des Baraques avec quinze secondes de marge, et Clément Braz Afonso s’est même isolé à mi-pente tout en repoussant ses adversaires à vingt secondes. « Dans l’idée, c’était très bien joué, assurait Thierry. Il restait néanmoins trente kilomètres, il n’a pas fait le break, tout le monde s’est accroché, et c’est rentré ».

Dans l’affaire, l’échappée s’est tout de même réduite à sept unités. D’abord rejoint par deux hommes, Clément Braz Afonso a ensuite vu le retour de quatre autres concurrents après une chasse intense. Et c’est finalement roue dans roue que tout ce petit monde s’est présenté au pied de la côte de Saint-Vidal (2km à 6,8%), dernière difficulté du jour à quatorze kilomètres de la ligne. Attentif et présent dès les premières rampes, le jeune homme a suivi le tempo d’Anthon Charmig, mais à l’approche du sommet, le coureur tricolore a dû concéder quelques mètres suite à une estocade du Danois. « Cela m’a mis un petit coup au moral, confiait-il. L’énergie dépensée plus tôt est ce qu’il m’a peut-être manqué pour le suivre. J’étais encore assez costaud dans les bosses, mais sur le plat, je n’arrivais plus à mettre du braquet ». « Il a manqué un petit quelque chose pour aller jouer la gagne, mais on est tombé sur un coureur très fort, disait Thierry. C’est rageant, mais il n’y a pas eu d’erreurs. Dans une telle journée, tout le monde finit au courage et à l’usure ». Bien qu’ayant atteint le sommet avec seulement cinq secondes de retard sur Charmig, Clément Braz Afonso n’a pu boucher l’écart dans le faux-plat descendant. Il a d’abord été repris par Raul Garcia Pierna, puis deux autres coureurs, tout en voyant le Scandinave s’envoler vers la victoire.

Le podium du jour était en revanche toujours en lice. « J’ai essayé d’attaquer à 500 mètres car je sentais les crampes arriver, disait Clément. S’ils s’étaient regardés, ça aurait pu le faire, mais ça n’a pas été le cas. Et une fois qu’ils ont lancé le sprint, c’était mort ». C’est ainsi qu’il a dû se satisfaire de la cinquième place, malgré une course offensive et généreuse. « C’est mal payé pour sa journée, mais ce qui comptait, c’était d’essayer de gagner, disait Thierry. Deuxième, c’est certes mieux que cinquième, mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est l’état d’esprit qu’il a démontré toute la journée. Il a couru pour aller chercher l’étape, et ça ne se joue pas à grand-chose. Pour aller chercher des courses de ce niveau, il faut que tout soit aligné. Il manquait un petit quelque chose aujourd’hui, mais ce sont aussi des journées qui vont l’endurcir et dont il va apprendre pour la suite. C’est en persévérant en ce sens que ça sourira. Il ne s’est pas souvent retrouvé dans cette situation, aujourd’hui il y était, et ça va désormais lui arriver de plus en plus. C’est aussi en passant par des échecs qu’il finira par lever les bras, car il va grandir. Cela reste une belle journée pour lui, pour l’équipe, et il faut garder cet état d’esprit ».

Si le résultat de l’étape ne reflétait pas sa prestation, Clément Braz Afonso a en revanche été récompensé par le prix de la combativité et par le maillot de meilleur grimpeur. « C’est une petite consolation, soufflait-il en conclusion. Les sentiments sont partagés. C’est top si je me remémore d’où je viens et au fait que ce n’est que ma deuxième saison WorldTour, mais c’est aussi décevant car le scénario ne s’est pas déroulé comme je l’aurais espéré. C’est dommage, j’ai peut-être trop donné, mais c’est parfois en anticipant que ça paie. J’ai tenté quelque chose aujourd’hui, ce n’était finalement peut-être pas la bonne stratégie, mais l’expérience vient petit à petit. Je suis déjà fier d’avoir encore réussi à être devant aujourd’hui ». Deux minutes après lui, Quentin Pacher a pris la 17e place au sein d’un peloton incluant aussi Rudy Molard, Clément Berthet, Guillaume Martin-Guyonnet et Maxime Decomble. Mardi, un contre-la-montre par équipes de 28 kilomètres sera à disputer autour de Perreux.

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