Vingt-quatre heures avant le – très – gros plat de résistance que constituait la vingtième étape de la Vuelta, un apéritif des plus pimentés était au menu de la Vuelta vendredi pour les coureurs du classement général. Désormais engagés dans une bataille à couteaux tirés, les favoris avaient en effet rendez-vous au sommet de Penas Blancas (19 km à 6,5%) à l’issue d’une étape accidentée mais sans grande difficulté au préalable. C’est aussi pourquoi de nombreux coureurs avaient identifié cette journée comme une réelle opportunité pour l’échappée. La Groupama-FDJ United elle-même s’est montrée extrêmement active lors des cent-dix premiers kilomètres. Car c’est bien le temps qu’il a fallu pour enfin voir un groupe se détacher. « Il y a eu une très grosse bagarre, assurait Benoît Vaugrenard. Le but était de mettre des coureurs devant car on ne savait pas ce qu’il pouvait se passer, et on a vu une équipe très offensive. On a même eu peur d’avoir trop de mecs devant à un moment donné (sourires) ! On a encore pesé sur cette étape, comme sur le reste de la Vuelta, et c’est toujours satisfaisant ». Finalement, ce sont Guillaume Martin-Guyonnet, Rudy Molard et un Bastien Tronchon déchaîné qui sont parvenus à intégrer l’échappée de seize hommes validée par le peloton. « Guillaume était le mieux placé devant, avec des équipiers, et on avait toujours Clément derrière, énumérait Benoît. C’était vraiment une super situation ». 

En tête, l’entente s’est avérée très bonne, facilitée par la prise de responsabilités de la Groupama-FDJ United, et le groupe a pu atteindre le pied de l’ultime difficulté avec sept minutes d’avance sur le peloton. Rudy Molard a alors décoché les deux premières flèches avant que l’échappée ne vole en éclats à treize bornes du sommet. « Rudy savait que ça allait être compliqué, il a donc attaqué pour anticiper, forcer les autres équipes à rouler et aussi pour se faire plaisir, indiquait Benoît. C’était plutôt bien joué ». Si le Rhodanien et ses coéquipiers n’ont pu se mêler à la lutte pour la victoire par la suite, Guillaume Martin-Guyonnet s’est néanmoins octroyé une solide septième place quand Rudy Molard obtenait la onzième. « Guillaume a repris beaucoup de temps, et derrière, Clément a très bien assuré », reprenait le directeur sportif du groupe. Mieux qu’assurer, le leader franc-comtois s’est même élevé au niveau des grands favoris du Tour d’Espagne. « Il se surprend de jour en jour depuis le début de cette Vuelta, en particulier dans cette dernière semaine, disait Benoît. Il était avec les meilleurs et il a été en capacité de suivre les attaques des leaders comme Gall. Il a juste concédé dix secondes à l’arrivée. Il a vraiment été épatant ». Septième parmi les favoris au sommet, il a consolidé cette même position au général avant l’étape reine prévue samedi. 

Cette journée capitale, Benoît Vaugrenard la décrivait avec des mots simples et non équivoques : « Sur le papier, cette étape faisait vraiment très très peur avec 5000 mètres de dénivelé dont quasiment 4000 lors des 100 derniers kilomètres. C’était assez effrayant ». Qui plus est, avant de faire face à la double ascension du Puerto de El Purche (8 km à 8%), à la montée du Puerto de El Duque (7,5 km à 8,5%) et à l’arrivée au sommet du Collado del Alguacil (8,5 km à 10%), un combat d’une heure s’est déroulé pour l’échappée. Quatorze hommes ont pris les devants, et un groupe de contre d’une quarantaine d’hommes s’est constitué avec Guillaume Martin-Guyonnet, Valentin Madouas et Rémy Rochas pour le compte de la Groupama-FDJ United. Le peloton a nettement levé le pied, pour mieux le remettre sur l’accélérateur à l’occasion du premier passage par le Puerto de El Purche. Sepp Kuss a lancé les hostilités à plus de 95 kilomètres de la ligne, puis Richard Carapaz a semé la zizanie quelques instants plus tard. « On redoutait déjà cette étape, mais en plus ça a déclenché de bonne heure, reprenait Benoît. On s’est dit qu’on était parti pour une journée de folie ». Le groupe maillot rouge s’est aussitôt réduit à une petite dizaine d’unités, et Clément Berthet tenait encore fermement son rang à un kilomètre du sommet. 

Les dernières pentes, toutefois, ont été de trop. «  Il ne lui manque pas grand-chose pour basculer dans le groupe des cadors, disait Benoît. Il était tout proche, mais Carapaz est retombé sur des équipiers qui ont roulé. Il s’est retrouvé dans un bon groupe avec Onley, Omrzel, les deux Astana, et ce n’était pas plus mal. Il a pu lisser son effort ». « Dès le premier col, c’était complètement à bloc et je me suis d’ailleurs un peu fait sauter le caisson, commentait l’intéressé. J’ai mis un peu de temps à récupérer mais je n’ai pas pensé tout perdre, car je savais qu’il n’y avait que des mecs mieux classés que moi devant, à part Kuss. Je n’ai pas pu suivre l’attaque, mais j’ai vu que personne ne me passait non plus. J’ai compris qu’on était tous à fond ». Avec 90 kilomètres à couvrir et encore trois grandes ascensions à franchir, une nouvelle course s’est engagée pour le Jurassien de 29 ans. « On était dans une autre course, celle du top 10, disait Benoît. Mais quand tu vois qu’il y en a déjà de partout à 90 kilomètres de l’arrivée, il ne faut rien lâcher. C’est aussi la première fois que Clément défendait un top 10 dans un Grand Tour. Il fallait être solide physiquement et mentalement, et il l’a été. Derrière, ça a toujours bien roulé avec Ineos, ce qui était favorable pour nous. On n’a pas eu besoin de faire relever Rémy et Valentin immédiatement ». « Je suis retombé sur des gars de l’équipe et Val a notamment fait un super boulot avant le dernier col », précisait Clément. 

Guillaume Martin-Guyonnet a lui abordé la montée finale avec une petite marge sur le groupe maillot rouge, qui l’a néanmoins cueilli à mi-pente. Deux minutes derrière, le groupe de Clément Berthet s’est lui livré une ultime bataille après avoir effectué quatre-vingt-cinq kilomètres roue dans roue. « Ils ne se sont attaqués qu’à trois kilomètres de l’arrivée, relatait Benoît. Clément est longtemps resté avec Omrzel, qui l’a décroché à un kilomètre du sommet. Puis, ça a été une très grosse bataille avec Rodriguez. Il l’a distancé, il s’est fait rattraper, il l’a repassé… On savait que ça se jouait à peu de choses et c’était chaud jusqu’au bout. Clément s’est vraiment très bien battu ». Sur la ligne, il s’est alors classé 23e, dans la roue de Guillaume Martin-Guyonnet, et à seulement six secondes de Cristian Rodriguez, lui permettant donc d’assurer la huitième place du général. « C’était une sacrée journée, soufflait Clément. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait une vraie journée de montagne à bloc comme ça, du début à la fin. Je n’avais peut-être pas mes meilleures jambes aujourd’hui, mais je suis fier de moi, j’ai tout donné, et je n’ai aucun regret ». Son coéquipier normand, quant à lui, a encore gratté une place ce samedi en se hissant au onzième rang. « Il n’a plus les jambes de ses meilleures années, mais la manière dont il se bat tous les jours est remarquable, saluait Benoît. Je dis chapeau et respect à Guillaume. C’est un exemple pour nos jeunes ». 

Reste désormais un dessert « épicé » à Grenade pour permettre aux deux grimpeurs de la Groupama-FDJ United de confirmer leur classement général, et à Clément de valider son premier top 10 au général d’un Grand Tour. « Le circuit est exigeant et technique demain, et il faudra rester concentré jusqu’au bout, ponctuait Benoît. D’une part pour le général, qui est la priorité, mais on a aussi Bastien qui pourrait avoir sa carte pour l’étape ». 

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