Arnaud Démare ponctue une démonstration collective

Et de deux pour l’Équipe cycliste Groupama-FDJ en terres valenciennes ! Au lendemain du numéro solitaire de Miles Scotson dans la première étape, c’est un récital collectif qui a abouti à la victoire d’Arnaud Démare lors du deuxième acte ce jeudi. Au terme d’une journée pluvieuse, chacun des coéquipiers du champion de France a ainsi apporté sa pierre à l’édifice pour permettre au sprinteur picard de conclure avec autorité à Alicante. Lui-même à l’ouvrage dans le dernier kilomètre, au sein d’un train final remarquable, Miles Scotson conserve par ailleurs le maillot jaune de l’épreuve à la veille de l’étape reine.

« Alexandre et Antoine ont fait le gros du travail », Thierry Bricaud

Contrairement à cette deuxième étape, le premier acte du Tour de Valence n’avait pas été prioritairement ciblé à l’entame de cette semaine de course ibérique. Il avait pourtant déjà permis à la Groupama-FDJ d’ouvrir son compteur, mercredi, grâce à la victoire inattendue de Miles Scotson. L’Australien s’est ainsi logiquement présenté avec le maillot jaune au départ d’Alicante ce jeudi pour la deuxième étape, mais il l’a très vite masqué par une veste de pluie, de rigueur au vu de la météo dans la région. Comptant dans ses rangs le leader du général mais aussi l’un des favoris pour l’étape du jour en la personne d’Arnaud Démare, l’équipe de Thierry Bricaud et Jens Blatter savait que le poids de la course lui reviendrait pour l’essentiel. « On avait donné pour consigne de filtrer l’échappée, de sorte à ce qu’elle ne soit pas trop étoffée et qu’elle ne comprenne pas de coureurs dangereux, rappelait Thierry. Ensuite, il a fallu gérer. Antoine [Raugel] et Alexandre [Balmer] ont fait ça à la perfection pendant quasiment 160 bornes. En réalité, ce sont eux qui ont fait le gros travail de la journée car le groupe « sprinteurs » n’a pas eu d’efforts à faire avant le final ». Habituellement sociétaires de la Conti, les deux jeunes hommes ont d’abord laissé cinq coureurs prendre un avantage maximal de quatre minutes avant de les contenir autour des deux minutes. « Notre mission était claire dès le début, disait d’ailleurs Antoine. On a tout de suite pris la barre avec Alexandre et on a beaucoup tourné à deux avant que d’autres équipes viennent nous aider. J’ai ensuite essayé d’insister le plus longtemps possible, et le plus fort possible ».

À l’entame des trente derniers kilomètres, l’échappée a toutefois commencé à opposer une belle résistance et l’écart peinait à se réduire. « Heureusement qu’il y avait Stefan sur la fin, qui a bien aidé à combler l’écart », souriait Antoine. Le champion de Suisse a mis en route à près de quinze kilomètres de la ligne et la différence s’est immédiatement fait ressentir. « On savait qu’on n’aurait pas beaucoup d’aide car Arnaud et son train faisaient figure d’épouvantail, expliquait Thierry. Sur la fin, Stefan a été mettre un bon relais car ça devenait compliqué. On ne voulait pas prendre de risque. On voulait vraiment proposer un sprint à Arnaud. Il ne fallait pas jouer. Stefan a roulé une dizaine de kilomètres et ça ne va nullement l’entamer pour demain ». Grâce notamment au travail du rouleur helvète, l’écart est tombé à une dizaine de secondes sous la banderole des cinq derniers kilomètres. L’échappée a été revue peu après, et le champion de Suisse a de nouveau pris les rênes peu avant la flamme rouge pour mettre sur orbite le train d’Arnaud Démare. « J’étais plutôt en queue de peloton à ce moment-là mais j’ai vu qu’ils étaient encore quatre devant dans le dernier kilomètre, racontait Antoine. C’était beau à voir et je sentais que ça allait faire quelque chose de bien ».

« Du tableau noir ! », Thierry Bricaud

La Groupama-FDJ n’a dès lors plus perdu les rênes. À Stefan Küng se sont succédés le leader de l’épreuve Miles Scotson, Ramon Sinkeldam, ainsi que Jacopo Guarnieri, qui a lâché le champion de France à 150 mètres de la ligne. « On avait repéré le final en stage en janvier, mais aussi la veille de la course, précisait Thierry. C’était du tableau noir ! C’est exactement ce qu’on avait envie de mettre en place ce matin. De là à ce que ça se réalise, c’est autre chose… Avoir quatre mecs devant Arnaud pour le dernier kilomètre, c’était l’idéal. Ça ne se passe pas toujours comme on le veut, mais c’est bien ce qu’on espérait. Alors quand c’est comme ça, il n’y a pas grand-chose à ajouter ». « Je suis super content de gagner aujourd’hui, exultait le champion de France, auteur d’un puissant sprint qui n’a pas permis à ses rivaux de le remonter. Je savais que la bête noire serait Caleb Ewan mais l’équipe a fait un super travail. Dans le final, on a pris le manche comme il le fallait. Sur une route humide et en faux plat descendant, on savait que ça allait être assez tendu. C’était un final compliqué à gérer, il y a eu des glissades dans l’approche de l’arrivée, mais pas de chute. C’était une dure journée d’un point de vue météo, on a roulé sous 6 degrés avec des pluies incessantes. On a même sprinté avec les vestes et les gants en néoprène, c’est pour dire ! Ça se termine bien pour nous ».

Victorieux de sa deuxième course de la saison, et auteur du cinquième succès de l’équipe en 2021, Arnaud Démare a par la même occasion décroché son premier bouquet en terres espagnoles, en carrière. « C’est une belle journée avec cette deuxième victoire, et je suis super content d’avoir pu y contribuer », glissait Antoine Raugel. Le jeune homme aura sans nul doute encore du travail demain, avec la défense du maillot jaune de Miles Scotson, qui a évidemment conservé son bien ce jeudi. « Pour le moment, tout va pour le mieux, concluait Thierry Bricaud. Demain, c’est l’étape reine, qui devrait en partie décider du général. On n’est pas les mieux armés, mais ce sont aux équipes qui veulent remporter le général de bouger. De notre côté, on va s’accrocher et on fera les comptes demain soir. Tout est possible, on ne va rien s’interdire ». Avant l’arrivée au sommet de l’Alto de Reina (7,5km à 5%), Miles Scotson compte environ une demi-minute d’avance sur une trentaine de concurrents. « Aujourd’hui, on est très contents de la victoire d’Arnaud, car c’était le principal objectif en arrivant sur la course, ponctuait l’Australien. Ça a été une super performance de tous les mecs, un vrai effort collectif. Je suis personnellement content de garder le maillot jaune, mais la vraie épreuve, ce sera demain ».