Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas à Madrid mais à Grenade que l’épilogue du Tour d’Espagne se tenait dimanche. En guise de vingt-et-unième et dernière étape, le peloton avait même la chance de prendre de la hauteur sur la cité andalouse et grimper vers l’iconique Alhambra, le tout via une montée de deux kilomètres à 6,5% que le peloton devait franchir à quatre reprises dans les quarante derniers kilomètres. Cette journée n’avait donc en rien des airs de partie de plaisir. « On avait un peu d’appréhension quant à ce circuit qui était quand même relativement sélectif, technique et présentait quelques dangers, initiait Benoît Vaugrenard. Même si les temps étaient gelés à un tour de l’arrivée, on n’était pas à l’abri d’un problème quelconque pour Clément, et c’était donc source de stress pour lui et ses équipiers. À côté de cela, on avait aussi un plan avec Bastien. On savait que c’était un parcours qui lui convenait, et lui-même l’avait en tête depuis plusieurs jours ». Alors, après une première partie de course qui a laissé place à quelques célébrations, la véritable bataille s’est enclenchée à une trentaine de kilomètres du but, à l’issue du premier tour du circuit local. 

« Le plus important était d’arriver placés car on savait qu’il était ensuite compliqué de remonter, ajoutait Benoît. On avait dit au briefing qu’on hésiterait pas à prendre la course en main et à attaquer dès le deuxième passage. Sur ce genre de circuit, on est aussi bien à l’avant, même si on fait des efforts, qu’à subir les relances. On connaît le potentiel de Bastien, on savait qu’on pouvait faire quelque chose collectivement, et on avait dit qu’on prendrait tous les risques. C’est ce que l’équipe a magnifiquement fait avec Enzo et Olivier en lançant la bataille ». C’est ainsi qu’à trente kilomètres du but, dans la deuxième ascension menant vers l’Alhambra, Bastien Tronchon a été propulsé par ses coéquipiers avant de lui-même opérer une première sélection d’une demi-douzaine de coureurs. « Je voulais avoir zéro regret, donc je préférais en faire trop que pas assez, expliquait le Savoyard. J’ai vraiment pris du plaisir et les gars m’ont super bien lancé. C’était le plan, et quand le plan se déroule comme on le veut, ça se passe généralement bien ». D’abord sorti avec quelques-uns des meilleurs puncheurs du plateau, Bastien Tronchon a ensuite vu le retour d’un petit peloton de quarante unités comprenant Rudy Molard et Guillaume Martin-Guyonnet. Le troisième passage vers l’Alhambra n’a pas été le théâtre de véritables attaques, mais les coureurs ont ensuite abordé le dernier tour – également synonyme de gel des temps – et tout a éclaté dans l’ultime côte de la journée. 

Les meilleurs grimpeurs ont tenté de tirer leur épingle du jeu tandis que Bastien Tronchon s’est arraché pour basculer tout proche d’une poignée d’hommes au sommet. « Il avait fait beaucoup d’efforts en amont, mais il fallait s’accrocher, et il n’était pas avec n’importe qui, soulignait Benoît. Il est rentré dans la descente avec Brennan, puis dans le final, c’est devenu tactique et il fallait faire un choix ». Dans les cinq derniers kilomètres plats, Bastien Tronchon s’est alors fait discret. « J’en ai fait beaucoup plus que les autres lors des premiers tours, donc j’ai décidé d’en faire moins sur la fin et de laisser faire Brennan, expliquait-il. C’était à lui de rouler ». Le Britannique n’a toutefois pas répondu au mouvement décisif à deux kilomètres du but, et trois hommes se sont alors envolés pour la victoire. Derrière eux, Bastien Tronchon s’est flanqué d’un tout dernier sprint pour accrocher le top 5. « On voulait faire la course, et c’est ce qu’il a très bien fait, affirmait Benoît. Il a fait une course magnifique, il n’a aucun regret à avoir. C’est une belle cinquième place. Après un début de saison difficile à cause des blessures, il a démontré tout son potentiel sur cette Vuelta : une victoire d’étape, de nombreuses places d’honneur, et le fait d’être capable de finir comme ça aujourd’hui ! » « J’espère que cette Vuelta va me faire passer un cap, enchaînait l’intéressé. C’est le premier Grand Tour que je termine bien. Je finis en forme, motivé, et ma saison n’ayant véritablement commencé que sur cette Vuelta, j’ai déjà hâte de remettre un dossard ! »

Au rang des réjouissances, Clément Berthet a pour sa part franchi la ligne d’arrivée en qualité de huitième du classement général. Un accomplissement certain pour le Jurassien de 29 ans, contraint à l’abandon dès la première étape du Tour en juillet. « C’est une très grosse satisfaction, confiait-il. J’avais envie de bien faire après une première saison en demi-teinte avec l’équipe, et je suis super content que ça ait payé ici. C’est mon premier top 10 sur une course WorldTour, en plus c’est sur un Grand Tour ! Je me prouve que je peux le faire. J’y crois depuis un moment, mais ça tardait à arriver. J’espère que ça va me faire franchir un cap, mental en particulier. J’ai évolué tout proche de mon top niveau sur trois semaines et je sais maintenant ce que ça demande de finir dans le top 10 d’un Grand Tour. Ça ouvre de belles perspectives pour la suite ». « On retient évidemment la huitième place, mais il faut regarder l’ensemble de sa course, insistait Benoît. Il n’a jamais été crispé par l’enjeu, il n’a pas flanché mentalement, il a montré des vraies capacités sur le chrono, il n’a jamais été pris à défaut techniquement, et hier encore, il a montré qu’il était là sur une étape de haute montagne d’une difficulté rare. Il a coché beaucoup de cases, et il y a beaucoup de points positifs le concernant ». 

Plus globalement, la Vuelta toute entière aura été une franche réussite pour la Groupama-FDJ United : une victoire d’étape, sept top 10 ainsi que les huitième et onzième places du général final. « On aurait évidemment signé pour un tel bilan, ponctuait Benoît. On termine aussi quatrième au classement par équipes ! C’est une Vuelta plus que réussie, et c’est surtout la dynamique du groupe qui a été bonne du début à la fin. Outre Clément et Bastien, je n’oublie pas tous les autres qui ont travaillé : Olivier, Enzo, Rudy, Valentin et  Rémy. Enfin, une mention spéciale à Guillaume, un exemple de combativité ».

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