Avant d’atteindre la deuxième journée de repos, deux étapes exigeantes, par leur profil mais pas seulement, se dressaient face au peloton ce week-end. Tout débutait par la plus accidentée des deux, samedi, avec une arrivée au sommet de la Sierra de la Pandera au terme de 154 kilomètres et plus de 4000 mètres de dénivelé positif. Le schéma de la veille, qui avait vu une échappée fleuve se développer après une grosse bataille au départ, s’est reproduit, et les deux grimpeurs de la formation Groupama-FDJ United étaient de nouveau de la partie ! « Il fallait qu’on soit vigilant, surtout vis-à-vis de nos adversaires directs, expliquait Benoît Vaugrenard. Certains ont bougé, donc on a suivi avec Clément et Guillaume dans cette échappée de quarante-cinq. Le risque dans ce genre d’échappée est que ça attaque beaucoup, ce qui est bien plus coûteux énergétiquement. Finalement, le groupe a plutôt bien lissé son effort, ce qui était bien pour nous. En plus de ça, un coureur seul est sorti à cinquante bornes, et c’était une bonne situation car les équipes surreprésentées dans le groupe ont dû rouler, ce qui a permis de toujours entretenir une bonne allure. Pour nous, c’était tout bénef. On n’avait que deux coureurs, donc il fallait la jouer défensive et se contenter d’attendre ». En particulier, Clément Berthet et Guillaume Martin-Guyonnet se devaient de patienter jusqu’à l’ascension la plus dure, mais aussi la plus décisive du jour : la toute dernière. 

Au pied de la Sierra de la Pandera (12 km à 7,5%), l’échappée disposait d’un capital temps très important face au peloton, et donc de l’assurance de se jouer la victoire. À dix kilomètres du but, le grimpeur normand s’est d’abord fendu d’une offensive pour rejoindre l’homme de tête. « Il a anticipé avant le passage le plus raide, ce qui était plutôt bien joué, enchaînait Benoît. Ensuite, ça s’est fait à la pédale ». À six kilomètres du sommet, un groupe d’une dizaine de coureurs s’est recomposé à l’avant, avec les deux représentants de la Groupama-FDJ United. Clément Berthet a brièvement tenté sa chance un kilomètre plus loin avant que chacun ne soit livré à lui-même dans les quatre dernières bornes. En gestion, le Jurassien est parvenu à rallier l’arrivée en sixième position, à tout juste 27 secondes du vainqueur Marco Brenner tandis que son acolyte normand a pris la onzième place. « Il en a manqué un petit peu à Clément pour suivre Rodriguez notamment, mais ça s’est joué dans un mouchoir de poche, disait Benoît. Quoi qu’il en soit, c’était une bonne journée. On a repris du temps à plusieurs concurrents et Clément est remonté à la neuvième place du général. Sous ces fortes chaleurs, il n’est jamais évident de repartir à l’attaque d’un jour à l’autre, mais Clément et Guillaume ont démontré qu’ils étaient très en forme ». 

À l’aube du dernier combat de la semaine, le général semblait quelque peu figé en attendant le contre-la-montre prévu jeudi. Pourtant, les cartes ont été rebattues ce dimanche après l’annonce d’une modification de parcours sur la quinzième étape en raison des fortes chaleurs. En lieu et place des 190 kilomètres prévus initialement vers Cordoue, 110 étaient à parcourir dans une journée qui s’annonçait intensive. « Il faisait plus de 40 degrés, c’était vraiment infernal, témoignait Benoît. C’était une étape qui pouvait être piégeuse avec beaucoup de petites routes sinueuses ainsi que la chaleur. On ne savait pas ce que Visma-Lease a Bike allait faire, donc Enzo avait pour consigne de suivre les attaques pendant les vingt premiers kilomètres ». Le jeune Tricolore s’est exécuté, et a même fait mieux que ça, puisque c’est lui qui, après deux essais infructueux, a enclenché la bonne échappée du jour après dix bornes de course. En revanche, la formation de Matthew Brennan et Wout Van Aert n’a jamais laissé une marge de plus d’une minute aux neuf fuyards, conduisant à un regroupement inéluctable à environ trente kilomètres du but malgré un peloton décimé. « On a souffert toute la journée derrière, confiait Bastien Tronchon. La stratégie de Visma-Lease a Bike était de faire mal aux autres sprinteurs, et ça a bien marché ».

En revanche, l’option du sprint s’est éloignée lorsque Wout Van Aert et trois autres coureurs ont repris l’unique rescapé de l’échappée après le sprint intermédiaire. « Van Aert n’avait plus beaucoup d’équipiers, donc il est passé à l’attaque, expliquait Benoît. Il nous restait Enzo, nos deux grimpeurs, ainsi que Bastien. Ils se sont fait un peu surprendre sur le sprint de Van Aert, et derrière ça a immédiatement fait rideau car les favoris étaient bien contents que ça parte pour finir tranquille ». Malheureusement, la Groupama-FDJ United a manqué ce premier wagon, mais aussi un suivant sorti quelques instants plus tard. « J’ai voulu être trop prudent, et quand c’est sorti, la porte s’est fermée et je me suis retrouvé bloqué, relatait Bastien. Ensuite, je me suis dis que je n’avais rien à perdre à essayer ». C’est ainsi que le Savoyard s’est lancé en contre, en compagnie d’Enzo Paleni, à environ vingt-cinq kilomètres de l’arrivée. « Ils ont plutôt bien réagi car c’était vraiment le dernier moment pour y aller, et Enzo a été très fort pour retourner devant avec Bastien », ajoutait Benoît. Le duo a pourtant dû lutter pendant un très long moment en chasse-patate avant de revoir le principal groupe de contre, à cinq bornes tout juste de la ligne. « On a fait un gros baroud avec Enzo, soufflait Bastien. J’ai eu la chance qu’il me suive, car je ne serais pas rentré sans lui ». 

Si le premier échelon de course, composé de cinq coureurs, n’a pas été repris, Bastien Tronchon a en revanche pu jouer la sixième place au sprint, et il s’est octroyé la septième. « Je termine encore dans les dix premiers, mais ça aurait pu être mieux, regrettait-il. C’est dommage car j’étais dans une super journée, mais à contre-temps ». « On s’en sort bien, ils ont bien rectifié le tir et c’était courageux de repartir ainsi en contre, surtout avec la chaleur, poursuivait Benoît. Cela montre la bonne santé du groupe. Bastien était encore là quand il restait quarante coureurs, preuve qu’il marche et récupère très bien. Il était un peu déçu d’avoir loupé le bon coup, mais cela reste une bonne journée sur une étape très difficile ». Clément Berthet a conservé sa neuvième place au général tandis que Guillaume Martin-Guyonnet a grappillé une position pour se hisser à la treizième. Ainsi s’est conclue une semaine prolifique pour la Groupama-FDJ United, avec une victoire et trois top 10 à la clé. « On aurait signé pour ça, ponctuait Benoît. La victoire d’étape est extraordinaire, puis on a toujours eu des coureurs dans les échappées et on a repris un peu de temps au général. C’était une très bonne semaine. On savait qu’elle était riche en opportunités pour les échappées. Il fallait être vraiment attentif et ne pas se faire avoir, c’est ce qu’on a fait. On va rentrer dans une troisième semaine au schéma sans doute plus classique ». 

Rendez-vous est donné après la deuxième journée de repos ! 

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