La deuxième semaine de la Vuelta approche de son terme, mais avant une nouvelle arrivée au sommet et une étape pour baroudeurs ce week-end, Clément Berthet a intégré le top 10 du classement général. Très solide vers Calar Alto jeudi, le Franc-Comtois s’est également immiscé dans une échappée fleuve avec Guillaume Martin-Guyonnet et Rudy Molard vendredi, prenant la 19e place du jour dans un final moins à son avantage. Au lendemain de sa victoire de prestige, Bastien Tronchon s’est quant à lui flanqué d’un nouveau top 10 d’étape, mercredi.
L’euphorie du triomphe à peine retombée, il était déjà temps de reprendre la route de la Vuelta 81ème du nom, mercredi. C’est dans la région de Murcie que les hostilités ont redémarré, dans une onzième étape de 153 kilomètres avec une seule difficulté au programme, à trente bornes du terme. Les sprinteurs ne comptaient pas laisser passer cette chance, et leurs formations n’ont eu aucun mal à contrôler l’échappée matinale de quatre hommes puis les quelques mouvements qui se sont produits dans la dernière heure de course. « Il y a eu de la nervosité en raison du vent à la mi-course, pointait également Benoît Vaugrenard. Ça a commencé à s’emballer à un moment, mais sans vraie conséquence. Finalement, c’était une journée assez classique. Ça a bougé un petit peu dans la dernière bosse, Rémy a accompagné, mais c’est vite rentré dans le rang puis on s’est concentré sur Bastien ». Débridé par sa victoire de la veille, le Savoyard a encore su faire sa place dans l’emballage. « Il a bien géré le final grâce aussi au travail de l’équipe jusqu’au dernier virage à 400 mètres, relevait Benoît. C’est Enzo, en particulier, qui a fait un gros travail pour le remonter alors qu’il n’est pas forcément habitué à ce rôle. Bastien a viré en bonne position mais il a perdu un peu de vitesse en sortie de virage. C’est remonté sur sa gauche, sans quoi je pense que le top 5 était jouable ». Dans les 100 derniers mètres, le coureur de la Groupama-FDJ United est finalement remonté au septième rang. « C’était difficile de faire beaucoup mieux, ajoutait le directeur sportif de l’équipe. On a vu un très bon groupe, ça faisait plaisir à voir, surtout pour un groupe peu habitué à ce genre d’exercice ».
« Clément est à sa place », Benoît Vaugrenard
Jeudi, en direction de Calar Alto (17 km à 5,6%) via l’Alto de Velefique (13 km à 7%), les hommes rapides laissaient la main aux grimpeurs dans une douzième étape cumulant près de 4500 mètres de dénivelé. La bataille au départ s’est révélée âpre pour intégrer l’échappée, finalement composée de trente coureurs dont Rémy Rochas. « C’était une belle étape pour Guillaume, mais il n’était pas dans une bonne journée et il nous manquait logiquement une carte devant, confiait Benoît. On s’est donc assez vite concentré sur Clément ». Le groupe de tête a obtenu du peloton un avantage confortable avant les deux dernières ascensions du jour, mais Rémy Rochas a été contraint de laisser filer ses compères de fuite dans l’Alto de Velefique. Au sommet, il a même été revu par un maigre groupe maillot rouge qui incluait bel et bien Clément Berthet. Parmi les favoris, la véritable bataille s’est lancée à treize kilomètres du but, dans la portion la plus ardue de la dernière montée. « Quand ça a mis en route, Clément s’est fait décrocher, mais il s’est retrouvé dans un groupe de six avec les deux Astana, Skjelmose, Kuss, racontait Benoît. Ils sont restés ensemble, ce qui était évidemment plus intéressant que de rouler seul. Clément a fait un très beau final. Il était avec ces coureurs situés entre la huitième et la douzième places du général, ce qui est sa place. Devant, il y a un vrai gap. C’était donc une journée plutôt satisfaisante ». Une journée lors de laquelle le Jurassien a d’ailleurs conservé sa onzième place, à 13’21 du maillot rouge conforté d’Enric Mas.
C’est dans cette situation qu’il abordait ce vendredi la treizième étape de la Vuelta, clairement propice aux attaquants vers Loja. « On savait que l’échappée irait au bout, assurait Benoît. On avait décidé avec Clément de pointer ceux qui le talonnent au général, car on sait que sur ce genre d’étapes, ils peuvent tenter l’échappée pour se replacer. C’est ce qui s’est produit. Ils ont bougé, donc on a bougé ». C’est dans la première ascension du jour que la décision s’est faite, et une quarantaine d’hommes – soit un petit peloton – s’est dégagé avec non seulement Clément Berthet, mais aussi Guillaume Martin-Guyonnet et Rudy Molard. En revanche, et comme attendu dans un groupe d’une telle épaisseur, la collaboration s’est avérée loin d’être optimale. Des offensives et contres se sont enchaînés jusqu’à ce que onze coureurs s’extirpent à près de 120 kilomètres du terme. Au sein de cette grappe se trouvaient les deux grimpeurs de la Groupama-FDJ United, qui ont dès lors profité d’une entente plus cordiale pour prendre jusqu’à 1’45 d’avance sur le reste de l’échappée. Malheureusement, après cinquante kilomètres en tête, la tendance a commencé à s’inverser. « S’il y avait eu Burgos ou Tudor devant, c’était plié et personne ne roulait, disait Benoît. C’est le petit regret de la journée. Il manquait juste une équipe représentée ».
« Ça n’a pas tourné en notre faveur », Benoît Vaugrenard
Petit à petit, le trou s’est résorbé entre les deux premiers échelons de course, et le groupe de tête ne comptait plus que trente secondes d’avance au pied de l’ultime difficulté, située à quarante-cinq kilomètres du but. Avant d’atteindre le sommet, le regroupement était opéré. « On a alors manqué d’un peu de force pour ressortir car ils avaient beaucoup donné et besoin de souffler, indiquait Benoît. Rudy aurait potentiellement pu aller, mais il n’était pas encore revenu devant quand le groupe Van Aert est sorti ». Neuf coureurs ont ainsi pu faire le break à l’issue de la descente et n’ont dès lors plus été revus. Wout Van Art s’est imposé une vingtaine de kilomètres plus loin alors que Clément Berthet et Guillaume Martin-Guyonnet en ont terminé dans un groupe de poursuite une quarantaine de secondes plus tard. « Ça n’a pas tourné en notre faveur aujourd’hui, mais c’est le vélo, concluait Benoît. Les gars marchent bien mais on n’est pas récompensé sur le plan comptable. Je pense qu’on méritait mieux. On intègre le top 10 du général mais on ne peut pas se réjouir de l’abandon d’un concurrent. Quoi qu’il en soit, on sait qu’il faut prendre des risques pour entrer dans le top 10. On les a pris aujourd’hui, ça n’a pas souri, mais ça aurait pu. On sait qu’un Grand Tour est une course à élimination. La grosse difficulté sur ce Tour d’Espagne est non seulement le dénivelé, mais aussi la chaleur qui va doucement rentrer en ligne de compte. Depuis le début, on est persuadé que la fraîcheur de Clément va jouer en sa faveur et je pense qu’il va finir très fort. Demain et dimanche, l’échappée a encore de grandes chances, et il va encore y avoir beaucoup de grabuge sur cette Vuelta ».