La campagne printanière de Romain Grégoire continue de prendre de l’épaisseur. Au surlendemain de sa quatrième place sur la Flèche Brabançonne, le puncheur de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United a encore joué un rôle majeur ce dimanche, à l’échelon supérieur, lors de l’Amstel Gold Race. C’est lui-même qui a ainsi fait exploser la course à 40 kilomètres du but, après un excellent travail préparatoire de ses équipiers. Longtemps en lice pour le podium, il a finalement dû se satisfaire de la quatrième place, au sein d’un groupe incluant également Ewen Costiou (9e).

Avant d’entrer de plain-pied dans la semaine des « Ardennaises » à proprement dites, avec La Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, un rendez-vous tout aussi important se présentait pour Romain Grégoire et la Groupama-FDJ United ce dimanche sur l’Amstel Gold Race. Une épreuve dont le Franc-Comtois avait pris la septième place la saison dernière, et qui correspondait parfaitement à ses caractéristiques, du fait de la trentaine de côtes réparties sur les 257 kilomètres du parcours. Et comme lors de l’édition 2025, le Cauberg, à franchir trois fois dans le dernier tiers de course, reprenait sa place de juge de paix, tout juste deux kilomètres avant l’arrivée. Avant que les choses sérieuses ne s’enclenchent, neuf hommes ont profité d’une échappée pour prendre un coup d’avance. Leur avantage a excédé les quatre minutes, mais il était réduit de plus de moitié à l’entame du premier Cauberg. La tension n’a dès lors cessé de croître dans le peloton. La bataille de placement s’est avérée particulièrement coriace à l’approche du Loorberg, à 53 kilomètres du but, mais Romain Grégoire a parfaitement pu l’aborder. « Les gars ont été exemplaires et il faut souligner ce très gros collectif », félicitait Benoît Vaugrenard. « On a encore montré que, collectivement, on est très solides cette année sur les grandes courses, confirmait Romain. Cela s’est vu au niveau placement, on avait tout ce qu’il fallait avec Ewen pour être dans les meilleures dispositions ».

Parfaitement mis sur orbite par Enzo Paleni, Kevin Geniets, Lorenzo Germani mais aussi Quentin Pacher, le leader de la Groupama-FDJ United a pu conserver sa place à l’avant d’un peloton étiré et émietté pour aborder le Kruisberg, à 43 kilomètres du terme, dans les cinq premières positions. Si certains ont brièvement tenté de temporiser, lui ne s’est posé aucune question et a lancé la grande bagarre. « Romain connaît cette course, on avait des coureurs d’expérience autour de lui, et on sait que c’est souvent là que ça sort, reprenait Benoît. L’objectif était de suivre Remco car on savait qu’il pouvait nous emmener loin. Finalement c’est Romain qui a déclenché car il le sentait bien, il l’a très bien fait ». « J’ai plus confiance en moi, j’ose prendre les choses en main, et je pense que c’est comme ça qu’il faut courir pour aller chercher une grande victoire », expliquait l’intéressé. Son attaque a quoi qu’il en soit créé un premier véritable tri puisque seulement cinq coureurs ont pu prendre son sillage, dont Remco Evenepoel et le vainqueur sortant Mattias Skjelmose. Quelques hectomètres plus loin, ces deux derniers et Romain Grégoire se sont même isolés à la suite d’une chute de leurs concurrents. Le trio s’est en allé reprendre et lâcher Marco Frigo, dernier rescapé de l’échappée, tandis qu’Ewen Costiou apparaissait dans un contre d’une dizaine d’unités pointé à une vingtaine de secondes.

En tête, la collaboration s’est avéré relativement efficace, si bien que Romain Grégoire et ses compères comptaient une demi-minute d’avance à l’entame de la deuxième et avant-dernière ascension du Cauberg, à un peu plus de vingt kilomètres du but. C’est malheureusement sur ces pentes que l’homme de la Groupama-FDJ United a dû céder face aux coups de butoirs de son concurrent belge. « J’étais dans situation idéale, j’avais tout pour aller chercher le podium, soufflait Romain. Mais je sentais bien que Remco avait envie de me faire sauter car il montait vraiment vite toutes les bosses. Il ne m’a pas manqué grand-chose pour basculer le Cauberg, mais j’ai pris 10 mètres au sommet, puis 20, et ensuite c’était fini ». Au passage sur la ligne, Romain Grégoire ne pointait qu’à dix secondes du duo, mais l’écart s’est bientôt avéré définitif. « J’ai essayé de casser les relais derrière Romain, mais c’était compliqué car le rythme était vraiment élevé », confiait Ewen, toujours bien présent parmi les poursuivants. Dans les quinze derniers kilomètres, ce groupe de contre s’est d’ailleurs inexorablement rapproché du Bisontin. « Dans un premier temps, je me suis dit qu’il fallait que je souffle un bon coup pour essayer de reprendre les roues du groupe et essayer d’aller chercher le podium malgré tout, ajoutait Romain. J’y croyais encore ».

Dans les dix derniers kilomètres, Evenepoel et Skjelmose se sont nettement envolés, tandis que plusieurs attaques ont animé le groupe de poursuite. « Une fois qu’on a repris Romain, le but était que ça ne sorte pas sans moi, et de faire en sorte que Romain récupère », exposait Ewen. « J’ai pu récupérer l’espace de 5-6 kilomètres », abondait son collègue. Finalement, aucune différence ne s’est opérée parmi les huit poursuivants restants dans le dernier Cauberg, et tout s’est donc joué au sprint. « J’ai essayé de gérer pour que personne ne sorte sur la fin, et c’est pourquoi j’ai dû lancer tôt », témoignait Ewen. Dans un sprint long, à l’arrachée, Romain Grégoire s’est finalement octroyé la quatrième place, tandis que le Breton a obtenu une très solide neuvième place. « Encore une fois, il m’a manqué un petit quelque chose dans le sprint, mais je n’ai pas grand-chose à regretter, disait Romain. J’avais la bonne roue et j’ai fait le sprint que je devais faire. C’est la troisième fois que je fais quatrième sur une très belle course cette année (après les Strade Bianche et la Flèche Brabançonne, ndlr). Ça commence à faire beaucoup, donc je suis un peu déçu. En revanche, Ewen était encore là et ça nous permet de décrocher deux beaux accessits. On ne va pas se consoler avec ça, mais on ne repart pas bredouille non plus ». « L’objectif était le podium, je pense vraiment qu’on le méritait aujourd’hui, mais c’est comme ça », glissait Benoît.

Romain Grégoire a quoi qu’il en soit égalé son meilleur résultat sur une Classique WorldTour, tandis qu’Ewen Costiou a lui signé sa meilleure prestation sur une course d’un jour de ce calibre. De bon augure avant la suite des opérations. « Ce sera une course bien différente mercredi sur La Flèche Wallonne, mais on veut encore jouer le plus haut possible », concluait Benoît.

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