Du haut de ses 4000 mètres de dénivelé positif, répartis à travers une douzaine de difficultés dont les iconiques côtes de Wanne, de Stockeu, de la Redoute ou bien encore de la Roche-aux-Faucons, l’édition 2026 de Liège-Bastogne-Liège présentait toutes les caractéristiques pour donner lieu à une bataille intense et spectaculaire ce dimanche 26 avril. Le quatrième Monument de la saison s’est pourtant avéré encore plus âpre qu’escompté, à la suite d’un départ confus et d’une scission surprenante dans le peloton. Après tout juste cinq kilomètres, sur les 260 au programme, un groupe d’une cinquantaine de coureurs s’est détaché après une chute, et la présence de Remco Evenepoel à l’avant a dès lors donné le ton des premières heures de course. L’écart a d’abord gonflé à quatre minutes, avant qu’une poursuite harassante ne se mette progressivement en place au sein du paquet principal. « On ne s’attendait pas à ça, et ça a rendu la course extrêmement difficile, expliquait Benoît Vaugrenard. Heureusement, on avait trois coureurs devant et il est toujours mieux d’avoir un coup d’avance sur ce genre d’épreuve. On avait de belles cartes avec Ewen et Guillaume, et Enzo pour les accompagner. C’était intéressant pour nous ». « On était bien représentés à l’avant, et c’était totalement à notre avantage si ça allait loin », acquiesçait Romain Grégoire.

En tête, Enzo Paleni a d’ailleurs participé à la bonne marche en avant de l’échappée, jusqu’à la mi-course et le Col de la Haussire, qui a effectué une première sélection, tant à l’avant qu’à l’arrière. Par la suite, l’entente s’est d’ailleurs avérée moins efficace en tête et le peloton mené par les coéquipiers de Tadej Pogacar a été en mesure de résorber l’écart. « Il manquait peut-être des équipiers pour Bernal et Remco pour nous emmener un peu plus loin, indiquait Benoît. Cela nous aurait permis d’avoir une petite avance au moment d’attaquer la côte de Wanne ». Car finalement, l’immense majorité de l’échappée a été rejointe juste avant la fameuse trilogie Wanne-Stockeu-Haute Levée, habituellement premier point de passage sélectif de « La Doyenne ». Cette année, le tri ayant déjà été effectué en amont, il ne restait plus qu’environ 70 coureurs dans le peloton à l’issue de cette séquence, et Romain Grégoire, Quentin Pacher, Rudy Molard et Guillaume Martin-Guyonnet étaient de ceux-là. La situation n’a guère évolué à travers les montées suivantes, celles du Col du Rosier, du Col du Maquisard et de la côte de Desnié, mais l’intensité et le tempo ne sont aucunement retombés. Si bien que les organismes étaient déjà quelque peu usés au moment d’aborder la côte de la Redoute, traditionnelle rampe de lancement pour les favoris.

Grâce au soutien de ses coéquipiers, Romain Grégoire a pu l’aborder aux alentours de la dixième place, mais il n’a pu lutter lorsque Tadej Pogacar et Paul Seixas ont mis les voiles. « On a levé la tête, on les a vus en haut, et à partir de là on a fait notre course pour le podium », commentait Romain. « On savait qu’à partir de la Redoute, il y aurait deux courses en une, ajoutait Benoît. Celle des fantastiques et l’autre. On a très bien couru à partir de là ». À l’issue de cette difficulté, un regroupement d’environ trente coureurs s’est opéré derrière le duo échappé. « C’était très homogène, comme on s’en doutait, reprenait Benoît. Quentin a bien anticipé avant la côte des Forges et on avait encore quatre coureurs à ce moment-là ». « On a fait la course qu’on devait faire et on était encore en surnombre après la Redoute, insistait Romain. Rudy et Quentin étaient dans une grande journée et ont fait un super boulot ». Dans la côte des Forges, le leader franc-comtois a, à son tour, suivi une accélération pour se joindre à la contre-attaque, mais tout s’est de nouveau regroupé avant de filer vers l’ultime difficulté : la côte de la Roche-aux-Faucons, à quinze bornes de la ligne.

De nouveau bien en place au pied, puis au plus dur de la pente, Romain Grégoire a tenu la cadence alors que Mattias Skjelmose s’isolait un temps en poursuite. « J’ai fait la course que je devais faire, confiait Romain. Compte tenu du scénario des deux dernières années, je misais beaucoup sur le sprint pour aller chercher le podium. Je pense que c’était la meilleure chance pour moi. J’étais dans les bons coups dans la Redoute, dans la Roche-aux-Faucons, mais vu le profil des dix derniers kilomètres, propice à des regroupements, j’étais vraiment focalisé sur le sprint ». Une vingtaine d’éléments a finalement émergé des derniers reliefs de la journée, et Skjelmose a même été repris avant de plonger vers Liège, laissant donc bel et bien augurer un sprint pour la troisième place. Un emballage finalement lancé à près de 300 mètres par Remco Evenepoel en personne, et que Romain Grégoire a entamé aux environs de la dixième position. Auteur d’un gros démarrage, le Bisontin est d’abord remonté en troisième place, avant de finalement couper la ligne au septième rang. « Il m’en manque un petit peu pour faire troisième, mais au moins je n’ai pas de regrets, soufflait Romain. Je me suis mis dans le vent, mais j’ai pu faire mon sprint et je viens quand même chercher un beau top 10 ».

Ce faisant, Romain Grégoire a même conquis son troisième top 10 en trois « Ardennaises » cette saison (le seul coureur du peloton dans ce cas). Quentin Pacher (27e), Rudy Molard (29e) et Guillaume Martin-Guyonnet (31e) ont eux rejoint la ligne deux minutes plus tard. « On a encore vu une super équipe aujourd’hui, à l’image de toutes les Ardennaises, et c’est à souligner, concluait Benoît. On termine ce printemps avec une grosse semaine. On a joué devant sur toutes ces Classiques, avec quatre top-10 sur les trois dernières courses et surtout sur un Monument. On peut être très satisfaits, tant en termes de comportement qu’en termes de résultats. Romain a parachevé les efforts de tout un groupe, et c’est ce qu’on retiendra ».

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