Une vraie joute et une « bonne opération »

Sur le papier, la treizième étape du Giro n’était pas des plus favorables à Arnaud Démare. Pour autant, le champion de France et ses coéquipiers ont fait preuve d’une véritable combativité dans le final pour tenter de rester dans le match, notamment face à Peter Sagan. Finalement, Diego Ulissi l’a emporté au sein du groupe des favoris, mais le champion de France conserve, et consolide même, son maillot cyclamen à l’aube d’une rude semaine.

« On s’attendait à ce scénario », Arnaud Démare

Un profil plat comme la main. Ou presque. Voilà à quoi s’apparentait le parcours de la treizième étape du Tour d’Italie ce vendredi, tracée sur 192 kilomètres entre Cervia et Monselice. « Une journée particulière », disait même Sébastien Joly, étant donné que les 150 premiers kilomètres étaient complètement plats, et vent de face, alors que les 35 dernières bornes proposaient deux ascensions très abruptes promettant donc un final plutôt décousu. En raison de ces difficultés, le porteur du maillot cyclamen n’apparaissait pas comme l’un des favoris aujourd’hui, au contraire de son dauphin au classement par points, Peter Sagan. « Il y avait deux options, exposait Sébastien. Soit une grosse échappée partait et s’en allait ramasser tous les points à l’arrivée, ce qui était l’idéal pour nous. Soit, et c’est ce qu’on imaginait davantage, Bora-hansgrohe roulait pour mettre Sagan sur orbite. On envisageait aussi qu’Israel participe à la poursuite pour Cimolai. C’est bien cette deuxième option qui s’est réalisée ». L’échappée du jour, formée dès le départ et comprenant sept unités, a donc immédiatement été muselée par les coéquipiers du triple champion du monde. « Sur le plat, vent de face, on peut parfois vite s’endormir, rappelait Sébastien, mais tout le monde s’est bien remis dedans à mi-étape. Le fait d’avoir disputé le sprint intermédiaire les a aussi bien stimulés. Ils ont su se remettre dans le match au bon moment, à l’approche du final ».

Il s’est écoulée une petite heure entre le sprint intermédiaire d’Arnaud Démare, qui a grappillé le point restant, et la première ascension du jour à Roccolo (4,3 à 8%). « La suite du plan, c’était de s’accrocher au plus possible et gérer de la même façon qu’on l’avait fait au Tour de Wallonie, poursuivait Sébastien. Il fallait garder le maximum de mecs autour d’Arnaud et c’est ce qu’ils ont réussi à faire à la perfection dans la première bosse. Il y a notamment eu un très gros travail de Kono et de Kilian. Ils ont vraiment fait le job. Leur travail est à saluer mais les autres ont aussi été efficaces pour le placement ». Après une poursuite effrénée d’environ dix bornes en descente et sur le plat, le champion de France a été ramené sur premier peloton à quelques encablures de la deuxième montée du jour, à Calaone (2 km à 10%). « La grosse bagarre au général s’est lancée, et tant mieux pour nous, glissait Sébastien. Si le tempo avait été un peu moins costaud, Sagan aurait pu accrocher les roues. Là, il n’a pas pu ». « On savait qu’il allait mieux grimper que moi et qu’il était capable de passer avec le groupe de tête pour jouer le sprint, soufflait Arnaud à l’arrivée. C’est monté très très vite. De notre côté, on s’est battu comme on le pouvait, mais on s’attendait à ce scénario ». Un scénario qui s’est sans doute avéré plus haletant qu’attendu. Dans les quinze derniers kilomètres, une lutte intense et à distance s’est ainsi installée entre le groupe des favoris, le groupe Sagan et le groupe d’Arnaud Démare. Le tout s’est finalement soldé par un ‘statu quo’ et la victoire de Diego Ulissi en tête.

« La solidarité du groupe se ressent aussi sur les étapes plus compliquées », Sébastien Joly

Les membres du groupe maillot rose ayant obtenu les quinze premières places du jour, Peter Sagan n’a pu inscrire aucun point et n’a donc pas opéré de rapproché. « La situation du jour m’est favorable, confirmait Arnaud Démare. Cette étape s’achève par un match nul ». « C’est même mieux que ça puisqu’on a récupéré un point pendant l’étape, glissait Sébastien. Ce n’est pas grand chose, mais au bout du compte, le bilan de la journée fait bien état de +1 point. C’est plutôt une bonne opération ». Arnaud Démare en compte désormais trente-sept d’avance sur son rival slovaque alors que le prochain sprint programmé n’interviendra pas avant vendredi prochain. D’ici là, les coureurs disputeront un contre-la-montre de 34 kilomètres demain puis enchaîneront les rendez-vous accidentés. « Miles [Scotson] a un petit peu mal au dos et fera probablement le chrono en gestion, indiquait Sébastien. Puis, ce sera également de la gestion en montagne. On imaginait également donner un peu de liberté à Kilian et à Simon, mais nous en discuterons au fur et à mesure. Dans un premier temps, ce sera surtout de la gestion. Quand nous le pouvons, nous gardons les deux voitures avec le gruppetto. Cela nous permet de pouvoir les assister au mieux. Hier, nous avons encore ressenti la solidarité du groupe. Elle est là quand ça gagne, mais aussi quand il faut se serrer les coudes, rester ensemble et garder le moral sur des étapes plus compliquées. On sait ce qui nous attend, on sait que ça ce ne sera pas facile, mais on sait aussi que ça peut faire un très beau bilan à l’arrivée ».