« Une journée particulière, mais une bonne journée »

Les péripéties ne manquent jamais sur le Giro. Ce vendredi, la dix-neuvième étape a ainsi été amputée de 130 kilomètres en raison d’un mouvement d’une partie des coureurs. La protestation, dû à la conjugaison de plusieurs facteurs, a finalement eu gain de cause. Il n’y avait donc plus que 124 kilomètres à couvrir entre Abbiategrasso, nouvelle ville-départ qu’il a fallu rejoindre en bus, et Asti. La course, longtemps animée par un match entre l’échappée et le peloton, a finalement souri à un audacieux en la personne de Josef Cerny. Arnaud Démare a lui tranquillement terminé dans le peloton avec ses coéquipiers, confortant ainsi son maillot cyclamen à deux jours de l’arrivée à Milan.

« Une étape qui restera dans les mémoires », Sébastien Joly

Ce devait être l’étape en ligne la plus longue du Giro. Ce fût finalement la plus courte. En lieu et place des 258 kilomètres prévus entre Morbegno et Asti, ce sont 124 kilomètres qui ont été parcourus ce vendredi. La conséquence d’une protestation d’une partie du peloton, au matin de cette dix-neuvième étape, avançant une distance trop longue, sous une forte pluie, après plusieurs étapes éprouvantes et des transferts particulièrement longs dans cette dernière semaine. À la suite d’un débat intense avec l’organisateur et les commissaires au départ, la requête des coureurs a finalement été acceptée. Le peloton s’est malgré tout élancé pour une poignée de minutes, avant de s’arrêter dans l’attente des bus censés opérer le transfert jusqu’au nouveau lieu de départ, longtemps inconnu. « Les circonstances du jour ont je pense été la goutte d’eau pour le peloton, mais je pense qu’il s’est réveillé trop tard pour montrer son mécontentement, expliquait Arnaud Démare. Cela fait moment qu’on sait qu’on va enchaîner ces grosses journées. Pour ma part, j’avais un objectif aujourd’hui, et peu importe ce qui arrivait, j’étais prêt à disputer l’étape ». « Nous comprenons complètement les circonstances difficiles, mais nous avons reçu les premiers messages sur le sujet sur les coups de 23 heures hier, poursuivait Sébastien Joly. Nous savions de plusieurs jours qu’il allait pleuvoir aujourd’hui, que ça allait être une étape très compliquée, et il aurait fallu anticiper. De notre côté, nous étions à 7h15 dans le bus pour petit-déjeuner. À partir de ce moment-là, nous étions donc prêts à courir. Il y avait certes de la pluie mais il faisait 10-12°C. Ce n’était pas non plus Milan-San Remo sous la neige. Cela aurait certes été une étape difficile, mais ce n’était pas une journée impossible. On s’est pliés à la décision, mais chapeau à RCS qui a su se réorganiser ».

Un convoi d’urgence a dès lors été mis en place. Sébastien Joly, au plus près des coureurs durant le transfert de Morbegno à Abbiategrasso, nouvelle-ville départ, racontait ces quelques heures de transit : « C’était assez long car on longeait le Lac de Côme. Ce n’était pas très loin, mais on ne roulait pas très vite. Les mecs sont donc remontés dans le bus, ont pris leur douche et se sont changés. On a fait quelques lessives et fait cuire du riz. Ils ont pu mangé puis on leur a donné les dernières infos. Jussi [Veikkanen] était dans la voiture pour écouter Radio Corsa au cas où. L’important dans ce genre de moments est de ne pas donner d’informations contradictoires. Les gars ont ensuite fait une bonne petite sieste. Une heure avant l’arrivée sur site, ils étaient encore tous en train de dormir. J’ai commencé à les réveiller 50 minutes avant, mais ils m’ont demandé à se reposer vingt minutes supplémentaires. Ils se sont réveillés pour de bon 30 minutes avant l’arrivée sur place. On a refait un petit briefing et revu l’arrivée. On s’est reparlé et étant donné que l’étape était plus courte, on savait qu’il fallait encore plus être dans le match de suite. L’ambiance est alors montée petit à petit, la musique est montée également et ils étaient prêts à finir cette étape, réduite, mais qui restera néanmoins dans les mémoires ».

« On aurait pu perdre beaucoup », Sébastien Joly

Dès ce nouveau départ donné, trois hommes se sont projetés à l’avant, et onze autres se sont lancés à leur poursuite. Dans le peloton, la formation Bora-hansgrohe a immédiatement fait connaître ses intentions en tentant de contenir cette échappée de quatorze hommes. « Il y a eu une course, de 124 kilomètres certes, mais il y a eu une course quand même, commentait Sébastien. Et il y a eu de l’action ». Pendant près d’une heure et demi, les coéquipiers de Peter Sagan ont ainsi essayé, seuls, de lutter contre l’échappée. Tombé un temps à trente secondes, l’écart est finalement remonté au-delà de la minute trente et la formation allemande a alors abandonné ses projets. Bien présente autour d’Arnaud Démare en tête de peloton, la formation Groupama-FDJ n’a aujourd’hui pas cherché à favoriser un sprint massif. « On aurait pu perdre beaucoup, insistait Sébastien Joly en référence au maillot cyclamen. Arnaud et Jacopo se sont parlés à un moment donné. Ils étaient un peu frustrés de ne pas jouer la victoire. Puis Jacopo nous a parlé d’un proverbe italien : « à vouloir trop de choses, on en perd parfois ». Aujourd’hui, il fallait donc aussi savoir être humble et accepter cette situation. Au vu également de l’arrivée, un peu scabreuse, je pense que c’était la décision la plus sage. Même si c’est un sentiment partagé à l’arrivée, ça reste mathématiquement une bonne journée. C’était une journée spéciale, mais une bonne journée. Il nous reste maintenant deux étapes, on ne va rien lâcher et on fera les comptes à Milan ». Toujours porteur du maillot cyclamen, pour 37 points face à Sagan, Arnaud Démare a désormais toutes les chances de le revêtir dimanche. « Il faut rentrer dans les délais demain, faire un bon chrono et ce sera bon », a conclu le champion de France, pour rappel vainqueur à quatre reprises sur ce Giro, avec un large sourire.