Thibaut Pinot, c’est un immense chagrin…

Du rêve au cauchemar… En quelque minutes, Thibaut Pinot et toute l’équipe Groupama-FDJ ont basculé dans un immense chagrin, dans un vertigineux sentiment d’injustice. Souffrant de la cuisse depuis jeudi, le formidable vainqueur du Tourmalet a été contraint de mettre pied à terre après 36 kilomètres dans la dix-neuvième étape et d’abandonner le Tour de France.

Dans le Tour, tout peut arriver d’une seconde à l’autre, un bonheur intense peut très vite s’effacer face à la détresse. Thibaut était sorti des Pyrénées avec la pancarte du grand favori de l’épreuve et il s’est fallu d’un événement finalement banal pour que tout s‘enchaine mal.

Sans être absolument certain que cela en soit la cause, Thibaut se souvient avoir tapé son guidon avec le genou mardi et s’il ne s’en est pas inquiété immédiatement, il a ressenti une vive douleur après une relance dans une descente jeudi. Il a été rassuré par le fait de pouvoir revenir sur Geraint Thomas avant le sommet du Galibier mais au fil des heures, à son hôtel, la douleur est devenue vive.

« Thibaut avait tout fait pour gagner le Tour » P. Mauduit

Dr Jacky Maillot a été aux petits soins de son coureur une grande partie de la soirée, ce matin il a pratiqué de l’électrothérapie et avant de regagner le départ, Thibaut semblait rassuré, la douleur était moins vive. Par précaution, il a fait une séance de home trainer avant le départ mais après une demi-heure de course, menée à un rythme très rapide, il a eu mal. De plus en plus mal. Il s’est porté auprès du véhicule du médecin du Tour, puis de celui de son équipe. Les coureurs distancés le reprenaient et Thibaut ne semblait pas capable d’aller plus vite en dépit de son courage. William Bonnet est venu échanger quelques mots avec lui et c’est dans une grande détresse que Thibaut a été contraint à l’abandon.

« Avec la difficulté de l’étape hier, dit Philippe Mauduit, et la difficulté de ce début d’étape, c’était impossible. On avait espoir mais la douleur était plus forte que tout. Thibaut avait tout fait pour gagner le Tour, c’est un moment extrêmement difficile pour lui et pour l’équipe Groupama-FDJ »

« j’étais capable de le faire, je suis sûr que je l’aurais fait » T. Pinot

Dans le Col d’Iseran, Sébastien Reichenbach était membre de l’échappée qui s’est ensuite disloquée tandis que David Gaudu finissait par disparaître du peloton maillot jaune… Tout semble si dérisoire alors.

« Depuis hier, a expliqué Thibaut aux journalistes venus le rencontrer dans son hôtel à Tignes, j’ai ressenti une douleur très vive dans le vaste interne comme une déchirure, hier j’ai serré les dents comme je pouvais. Ce matin j’avais très mal, et ça n’a pas tenu. Je me suis toujours battu, j’y croyais, j’avais toujours cette petite part d’espoir que ça passe, ce n’est pas passé. C’est la plus grosse déception de ma carrière. Je sentais que depuis dimanche dans les Pyrénées j’étais capable de le faire, je suis sûr que je l’aurais fait, j’en étais convaincu, rien ne pouvait m’arriver. Ça on ne le saura jamais… Là j’en ai marre, ça va prendre du temps, mais c’est le Tour. Je me suis fait une petite déchirure, ça s’est aggravé petit à petit, et ça ne pardonne pas. »

« II est grand et le restera » M. Madiot

Près de lui, ses équipiers, tout le staff de l’équipe étaient groggy. Assommés. Thibaut vit une nouvelle grande déception, un an après avoir dû quitter le Giro dont il était le troisième, à 24 heures de l’arrivée, en raison d’une pneumonie.

« Il n’y pas de recette pour effacer cette déception, assure Marc Madiot, juste témoigner de l’affection, ce que toute l’équipe va faire. On va se remobiliser quand il sera l’heure et on repartira de l’avant. J’accepte difficilement le moment qu’on vient de vivre, Thibaut encore moins, mais ça fait partie du sport et ça rend les moments de bonheur plus explosifs encore. Nous allons être proches de lui, nous avons une énorme confiance en lui, il est grand et le restera. Thibaut nous témoigne toujours de l’affection, il donne beaucoup à son équipe, à es équipiers. Le destin ne lui a pas été favorable dans le Giro 2018, désormais dans le Tour. On s’appuiera sur ce qu’on a fait de bien pour revenir plus fort et un jour on y arrivera. Il va se relever parce qu’il est fort physiquement et parce que mentalement Thibaut est au-dessus de la moyenne. Il nous fait vivre de grandes émotions, elles sont parfois difficiles.»