Stages de Janvier : on vous explique tout !

Alors que sept coureurs de l’équipe viennent d’entamer leur saison de l’autre côté du globe, le reste de l’effectif se disperse ces jours-ci en Espagne à l’occasion de différents stages. Trois groupes ont ainsi été formés, avec des destinations variées et des objectifs propres à chacun. L’occasion idéale d’en savoir plus sur cette période cruciale du début d’année auprès de David Han, l’un des entraîneurs de la Groupama-FDJ.

David, en introduction, peux-tu nous exposer les grandes différences entre le stage de décembre à Calpe et les stages qui se profilent désormais ?

« En décembre, la plupart des coureurs reprennent tout juste l’entraînement, ou l’ont repris depuis un mois maximum. On est plus axé sur de l’endurance et des exercices fondamentaux comme l’explosivité ou la vélocité dans les cols. On profite aussi du soleil de Calpe pour augmenter la durée d’entraînement. C’est plutôt une remise en route, un volume global qui augmente au fur et à mesure des journées et qui permet de passer un premier cap avant les fêtes. Désormais, on aborde des stages plus spécifiques, avec les premières courses dans le viseur. On essaie d’individualiser au maximum les groupes et les stages selon les spécificités de chacun. On rentre maintenant dans des efforts qu’on retrouvera en course, à savoir des efforts lactiques et PMA (puissance maximale aérobie). Les groupes sont constitués selon le calendrier et le profil des coureurs. Mais de manière générale, c’est le calendrier qui prime ».

STAGE DE CALPE (17-24 janvier)

Qui ?

Alexys Brunel, Antoine Duchesne, Kevin Geniets, Simon Guglielmi, Ignatas Konovalovas, Matthieu Ladagnous, Olivier Le Gac, Valentin Madouas, Romain Seigle, Léo Vincent

« Sur ce stage, on retrouvera sept coureurs qui seront sur Le Grand Prix La Marseillaise ou l’Etoile de Bessèges derrière. Ce groupe s’est donc constitué assez naturellement. Ils préparent spécifiquement ce début de saison pour être en forme d’entrée de jeu.  Initialement, William [Bonnet] devait être là, mais il va subir une petite intervention chirurgicale au genou qui l’empêchera d’être avec nous ».

Programme et objectifs du stage

« Arnaud [Démare] et Marc [Sarreau] n’étant pas là, nous n’aurons pas forcément de séances de ‘’train sprint’’ comme c’est parfois le cas. Il n’y aura pas non plus de grosses séances de montagne puisqu’il n’y a pas de purs grimpeurs. On retrouve plutôt des coureurs spécialistes des efforts lactiques/PMA. On a plutôt à faire à des rouleurs/puncheurs ou puncheurs/grimpeurs et les exercices seront donc forcément établis en fonction, avec un œil sur le parcours de Bessèges ; on travaillera ainsi le contre-la-montre et les efforts en bosse puisque le tracé sera assez accidenté cette année. C’est aussi la raison pour laquelle nous n’avons pas vraiment de sprinteur dans ce groupe ».

Pourquoi Calpe ?

« On y trouve tout simplement le terrain adéquat par rapport aux exercices qu’on souhaite pratiquer. Si on veut des bosses, on a de quoi faire, si on veut du plat, il n’y a pas de problème non plus. De plus, on a déjà été là-bas en décembre, ce qui nous a permis de laisser du matériel. Il y a une partie logistique très intéressante, non-négligeable. Et puis à cette époque-là de l’année, on est rarement déçu au niveau de la météo ».

STAGE DE TENERIFE (17 janvier-3 février)

Qui?

David Gaudu, Rudy Molard, Thibaut Pinot, Anthony Roux

« Seb [Reichenbach] était présent l’an passé pour notre premier stage de la sorte, mais il n’a pas trouvé que ça lui avait fait du bien. Il n’a donc pas voulu le renouveler. Aussi, il reprend plus tard la saison, et en tant que pur grimpeur, il préférait aller en stage personnel à Gran Canaria pour monter des cols que de se retrouver à faire des efforts puncheur à Calpe. Anthony se joint lui au groupe et ça nous semblait naturel tant il a prouvé qu’il était un membre important du ‘’groupe Thibaut’’. Il avait la volonté de tester l’altitude. Il entame sa treizième saison professionnelle et voulait bousculer son programme, sortir d’un train-train, et ça nous allait très bien. En plus, il s’entend très bien avec Thibaut, et lorsqu’on est 15 jours ensemble en haut d’un volcan, c’est toujours mieux d’avoir des affinités ».

Programme et objectifs du stage

« Ils vont d’abord avoir une période d’acclimatation en arrivant là-bas. Ensuite, ils profiteront du relief et des massifs pour travailler les fondamentaux en montagne. Petit à petit, ils arriveront sur des efforts types grimpeurs et puncheurs, comme ils en retrouveront sur Le Tour de la Provence ou sur Paris-Nice. L’objectif est d’y aller très progressivement au fil des quinze jours, tant en durée qu’en intensité. Ce stage est habituellement calé en fonction de la reprise des coureurs. Cette fois-ci, on a fait l’inverse. On a d’abord décidé de la tenue du stage stage en altitude, et par rapport à celui-ci, on a programmé la reprise des gars – plus ou moins en même temps. C’est le stage qui a défini leur reprise ».

Pourquoi Tenerife ?

« Il y a plusieurs facteurs. Thibaut Pinot y a fait sa première expérience de l’altitude l’an passé, mais il est ensuite tombé malade sur Tirreno-Adriatico, qui était son objectif numéro 1 et où on aurait pu juger du bénéfice du stage. On a donc eu des difficultés à bien apprécier l’apport du passage par Tenerife. Mais Thibaut, de lui-même, a eu envie de retenter l’expérience. Pourquoi Tenerife comme lieu précis ? On y trouve un terrain de jeu qui convient parfaitement au niveau du profil, avec des vrais longs cols. Le côté nature a aussi beaucoup plu à Thibaut. De ce point de vue, il préfère aller à Tenerife qu’à Calpe. David et Rudy, quant à eux, étaient convaincus que ça leur avait été bénéfique et avaient vraiment envie d’y retourner ».

STAGE DE SIERRA NEVADA (28 janvier-13 février)

Qui?

Arnaud Démare, Stefan Küng, Tobias Ludvigsson, Ramon Sinkeldam

Programme et objectifs

« On est un peu plus dans l’inconnu pour ce groupe dans la mesure où seul Stefan a déjà testé l’altitude. Il sait, et on sait, quelle réponse il va recevoir là-bas. Pour les trois autres, en revanche, ce sera une découverte. On attend déjà de voir comment ils vont s’acclimater sur place. C’est un groupe de rouleurs-sprinteurs, on va donc plutôt axer les entraînements sur de longues sorties foncières, ce qui est très important en vue des Classiques flandriennes, dont certaines dépassent les 250 kilomètres. Il y aura également des efforts plus spécifiques. On a en effet deux coureurs qui pourront travailler le sprint ensemble, Ramon et Arnaud, tandis que Tobias et Stefan pourront se faire plaisir sur leur vélo de chrono dans les vallées de Grenade. À cela s’ajoutera évidemment du travail lactique et de PMA pour préparer aux efforts des Classiques ».

Pourquoi la Sierra Nevada ?

« Il y avait une demande d’Arnaud, qui est quelqu’un qui s’investit et innove énormément. Il a toujours cette envie de découvrir et de tester de nouvelles choses. Cette fois, il voulait savoir si l’altitude avait un effet physiologique sur lui. Nous n’avions pas pu répondre à sa demande l’an dernier en raison de son programme. En revanche, on a bien réfléchi en amont en fin de saison dernière pour accéder à sa requête cette année. C’est un leader de l’équipe et on se doit aussi de lui apporter ce qu’il demande. Ramon et Tobias sont dans la même veine, toujours demandeurs de nouveautés. Stefan l’avait lui testé personnellement en fin de saison dernière, avec la réussite qu’on connaît (médaillé de bronze au championnat du monde, ndlr). Il avait logiquement envie de le renouveler. »

Quid du « fameux contrecoup » des stages en altitude ?

« On ne l’appréhende pas forcément. Des études ont montré que le stage était très bénéfique immédiatement après son terme, et qu’effectivement, il pouvait y avoir un petit contrecoup ensuite. On le prend en compte, naturellement, mais il ne faut pas croire que le coureur se retrouve dans un état physique désastreux lorsque cela se produit. Surtout, c’est très personnel. Les études et les expériences qu’on a eues avec chacun de nos coureurs montrent que ça varie d’un individu à l’autre. David ou Rudy, par exemple, n’ont jamais ressenti ce contrecoup l’an passé. Si on gère bien les charges et le volume d’entraînement lors du stage, il n’y a pas de raison que le coureur soit ‘’arrêté’’ en rentrant. On fait attention mais on sait que ça peut arriver et il n’y a aucune règle établie. Puis le stage sert des objectifs plus lointains. C’est aussi pour cela que ça nous inquiète pas plus que ça ».