Sa place est bien parmi les cadors. Ce samedi, Romain Grégoire en a apporté une preuve supplémentaire à l’occasion d’une édition 2026 des Strade Bianche aussi éprouvante que spectaculaire. Trois ans après avoir décroché une huitième place pour sa première participation, le Franc-Comtois a fait forte impression sur les chemins de terre toscans et s’est très tôt affirmé parmi les plus costauds. Un statut qu’il a pu confirmer dans les rues de Sienne, après 85 kilomètres de bagarre, avec une attaque incisive pour s’offrir une superbe quatrième place.
À l’occasion du vingtième anniversaire de l’épreuve, les Strade Bianche opéraient en cette année 2026 un nouveau changement de parcours. En comparaison avec les deux années précédentes, dix kilomètres étaient retirés pour un kilométrage total plus proche de 200, avec notamment la suppression d’un long secteur à la mi-course. Les points clés demeuraient en revanche les mêmes, à savoir le secteur décisif de Monte Sante Marie et les deux boucles finales. En prévision d’une course décousue, nombreux ont d’abord été les coureurs à vouloir se doter d’un coup d’avance. Tom Donnenwirth a d’ailleurs participé à la lutte pour l’échappée dans la première heure avant que six hommes ne parviennent à prendre le large, de manière très limitée car contrôlés par la formation de Tadej Pogacar. « Tout le groupe était concerné dès le départ, affirmait Yvon Caër. Ils étaient vraiment impliqués, et physiquement, ils ont également répondu présent ! » Soit les ingrédients nécessaires pour prendre la course du bon pied. Alors, quand le peloton a attaqué le Monte Sante Marie à 85 bornes du terme, juste derrière l’échappée, la Groupama-FDJ United n’a pas manqué le coche. « Le placement de Romain a été très bien fait au moment clé, jugeait encore Yvon. Romain a ensuite fait ce qu’il sait faire, et même un petit peu mieux. Je pense qu’il a passé un vrai cap physiquement ».
« Clément continue son petit bonhomme de chemin », Yvon Caër
Déposé dans les quinze premières positions, le jeune Bisontin s’est progressivement rapproché des cinq premières places alors que la formation UAE Team Emirates-XRG initiait la sélection. Après seulement un kilomètre, une petite dizaine de coureurs à peine composaient encore le groupe de tête, dont Romain Grégoire, avant que Tadej Pogacar ne sorte de sa réserve et se détache. Dans les pentes les plus abruptes, le Franc-Comtois de 23 ans parvenait lui à accompagner Tom Pidcock et Matteo Jorgenson à un troisième échelon, qui est parvenu à établir la jonction avec le deuxième composé de Paul Seixas et Isaac del Toro à la sortie du secteur. Puis, dans une longue portion de transition vers la boucle finale, ce sont une dizaine de coureurs qui sont parvenus à revenir de l’arrière, dont… Clément Braz Afonso ! « Il continue son petit bonhomme de chemin, ajoutait Yvon. Il nous surprend, mais en réalité, il confirme. Être à ce niveau pour sa première sur les Strade Bianche, c’est chouette ! Physiquement, il devient un coureur de très très bon niveau ». Dans un groupe d’une quinzaine d’hommes, pointés à plus d’une minute de Pogacar, la Groupama-FDJ United comptait ainsi deux unités.
Toutefois, après le premier franchissement du Colle Pinzuto et de la montée de Le Tolfe, en raison d’une chute et de plusieurs accélérations, Romain Grégoire a perdu son acolyte. Et, quelques minutes plus tard, il a lui-même été momentanément piégé par un contre de costauds. « Il y a juste eu une petite alerte, confiait Yvon. Il a frôlé la correctionnelle, mais il a réussi à faire le jump intelligemment pour rentrer ». Le contre s’est ainsi disloqué, et un groupe de sept hommes s’est alors très nettement détaché pour les places sur le podium. Dans la deuxième boucle du final, la différence s’est faite dans le Colle Pinzuto, où Seixas et Del Toro se sont extirpés. Un temps pointé à dix secondes, Romain Grégoire et le reste de la poursuite ont insisté jusqu’à ce que la montée de Le Tolfe ne fige les positions. « J’ai rassuré Romain en lui disant que ça ne reviendrait pas de derrière et qu’il fallait un peu gérer, car je pense qu’il avait dans un coin de la tête l’envie de rentrer sur Seixas et Del Toro », complétait Yvon. Le retour vers Sienne s’est donc effectué avec l’objectif du top 5, et dans les ultimes rampes de la journée, celles de la mythique Via Santa Caterina, Romain Grégoire s’est donné les moyens d’assouvir ses ambitions. À la faveur d’une estocade dont il a le secret, le Franc-Comtois a basculé en première position au sommet, et est parvenu à conserver quelques mètres d’avance pour plonger vers la Piazza del Campo.
« Je suis vraiment content du niveau auquel j’ai évolué », Romain Grégoire
Au bout : une quatrième place d’une valeur considérable. « Il est vraiment très fort dans ce type de confrontation, avec une arrivée punchy, se félicitait Yvon. L’objectif était le top 5. Au vu de la concurrence, on est très satisfaits et franchement très contents. Il a fait une très belle course, mais s’il est là au début de la bagarre, c’est aussi grâce aux copains ! » « J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir aujourd’hui, commentait l’intéressé. J’ai retrouvé la course que j’avais adorée il y a trois ans. Je m’étais fixé le top 5 comme objectif, c’est fait, et c’est donc une super journée. J’ai forcément pensé au podium, mais vu qui était devant, je pense avoir fait la meilleure course qu’il m’était possible de faire. Je n’avais pas encore énormément de références sur des Classiques comme celle-ci, c’est-à-dire dans une course aussi intense sur plus de 100 kilomètres. Aujourd’hui, je me suis retrouvé à l’avant avec des coureurs comme Jorgenson, Pidcock, à la bagarre sur les 80 derniers kilomètres… Je suis vraiment content du niveau auquel j’ai évolué. C’est vraiment cool mais c’est aussi pour ça que j’ai bossé tout l’hiver. Je concrétise avec un top 5 au niveau WorldTour, c’est top, et vivement la suite pour aller chercher plus haut ! » Auteur de son meilleur résultat en carrière sur une Classique de premier plan, le Franc-Comtois a désormais les yeux rivés vers un autre mythe transalpin : Milan-San Remo.