« L’essence de cette équipe, c’est l’humain »

Si la saison cycliste est en suspens, et l’Équipe cycliste Groupama-FDJ provisoirement à quai comme tant d’autres formations, le travail ne s’interrompt pas en coulisses. Derrière les coureurs et le staff, c’est une véritable entreprise qui permet à la machine de continuer à tourner en cette période d’incertitude. À la tête du pôle administratif et financier, David Le Bourdiec est bien placé pour évoquer les problématiques du moment mais également les réponses qui y sont apportées.

David, peux-tu dans un premier temps revenir sur ton parcours ?

Je suis arrivé dans l’équipe en novembre 1999. Nous n’étions alors qu’une trentaine dans ce qui n’était encore qu’une association. Le vélo ne s’est pas présenté par hasard. J’en étais fan enfant et j’en ai même fait jusqu’à mes 18 ans. J’ai arrêté pour poursuivre mes études en classe préparatoire et j’ai ensuite fait l’école des Arts et Métiers. Ne sachant trop où me diriger ensuite, j’ai suivi un Master de Management du Sport qui m’a permis de faire différentes rencontres, qui m’ont elles-mêmes amené à rencontrer Yvon et Marc Madiot. C’était l’une de ces rencontres… La plus importante professionnellement parlant. On a développé une équipe ensemble, on se suit depuis et on se suivra je pense encore un bon moment.

« Travailler sur la résilience de l’équipe »

Pour le grand public, Groupama-FDJ c’est avant tout 28 coureurs cyclistes, mais quelle est la partie immergée de l’iceberg ?

Une équipe cycliste, et une équipe sportive de manière générale, est avant tout une entreprise. Elle doit donc fonctionner comme n’importe quelle PME au niveau administratif, financier et dans sa façon de rendre des comptes. Pour mon pôle et moi-même, l’objectif est de donner les moyens humains, financiers, administratifs et organisationnels à chaque pôle pour qu’il puisse, dans son domaine de compétence, livrer sa pleine mesure et apporter une plus-value à l’équipe. Je me donne aussi comme mission d’être ‘’l’huile du moteur’’, de faire en sorte que tout le monde fonctionne ensemble de la manière la plus fluide qui soit. C’est une position un peu managériale qui s’est imposée au fil des années lorsque nous sommes devenus plus nombreux. Nous sommes aujourd’hui une centaine, et le niveau de l’équipe augmentant, nous allons aussi plus loin dans les détails. Nous voulons continuellement nous perfectionner et c’est ce qui rend le rôle intéressant. Nous n’entrons jamais dans une forme de routine.

Aujourd’hui, du fait de la crise du Covid-19 et de l’arrêt provisoire de la saison, l’entreprise est-elle au point mort ?

Disons que la société de gestion de L’Échappée l’est à 80% puisqu’il n’y a pas de course cycliste. Or, l’objet même de notre existence est de faire des courses cyclistes et d’y offrir de la visibilité à nos sponsors et partenaires. Globalement, la société est donc en activité faible, même si les membres dirigeants, les directeurs sportifs, entraîneurs, les personnels du Service Course et quelques collaborateurs demeurent actifs. Au niveau administratif et financier, nous continuons de travailler et finalisons les projets structurants qui étaient entre parenthèses. Les ressources humaines sont toujours actives, des bilans financiers restent en cours. Nous avons souhaité conserver un semblant de vie et nous travaillons beaucoup sur le lien entre les différentes personnes, les différents pôles, de sorte à créer de l’énergie entre tous et travailler sur la résilience de l’équipe afin d’être capable de sortir un peu plus forts de cette situation. On développe ainsi des compétences, on essaie de ressortir du positif de ce confinement. L’essence de cette équipe, c’est l’humain. Le sport, c’est de l’humain, du lien entre les personnes, du travail entre les personnes, et c’est l’état d’esprit que nous avons souhaité garder dans cette période pour que chacun puisse rester concentré sur ses projets d’avenir. Nous préparons d’ailleurs activement les saisons suivantes à la hauteur de la confiance que Groupama et FDJ nous ont accordée en prolongeant notre contrat de sponsoring pour les années 2021 à 2021, ce qui est unique.

« Nous n’avons pas d’inquiétudes »

Il n’y a pas que les coureurs pour qui cette période est compliquée…

Au début du confinement, il a bien fallu que nous rassurions tous nos collaborateurs, nos salariés. Nous sommes une centaine, mais indirectement bien plus si nous prenons en compte les familles. Cela étant dit, nous sommes en contrat avec nos partenaires, Groupama et FDJ, et ils nous soutiennent complètement, ils sont derrière nous, omniprésents, ce qui est rassurant pour tout le monde. Nous n’avons qu’à transmettre cette sérénité. Pour autant, je n’ai pas nécessairement ressenti d’inquiétude chez nos employés. Ceux qui s’engagent avec nous savent où ils mettent les pieds, connaissent le manager, les sponsors et savent que c’est aussi une sorte de grande famille. Cela a certainement diminué leurs craintes mais nous avons malgré tout voulu prendre ce temps pour leur signifier que l’on était là, qu’on serait encore là, et qu’on reprendrait l’activité aussi vite qu’on le pourrait.

Y a-t-il un risque que l’équipe soit durement touchée par cette crise ?

Nous n’avons pas de peurs car nous sommes très proches de nos sponsors, de nos partenaires principaux, et que nous faisons quelque part partie de leur histoire. Il n’empêche, nous avons évidemment abordé ce sujet assez rapidement avec eux. Il n’y a à aucun moment eu une remise en cause de notre collaboration. Au contraire, il a tout de suite été question de soutien. Notre vraie inquiétude, c’est de savoir comment nos sponsors vont passer cette crise et ces prochains mois. Nous sommes très attentifs à ce qui va se passer et nous restons en lien étroit pour l’affronter avec eux. Il n’y pas de peur particulière, mais si eux traversent de grosses difficultés, on en aura aussi logiquement. Cela tend encore à prouver que l’économie du cyclisme est fragile. Notre budget dépend à 80% de l’apport financiers de nos sponsors. Les autres revenus sont moindres et loin d’être pérennes.

Comment rendre des comptes dans la situation actuelle ?

En termes de gestion administrative et financière, c’est finalement assez simple. Paradoxalement, moins nous faisons ce que nous sommes supposés faire, à savoir courir, plus le côté financier est positif. On ne dépense pas de frais d’hôtels, de déplacements, d’encadrement. En soi, la gestion n’est pas compliquée actuellement, il n’y a pas de grande décision à prendre. Le point important, c’est plutôt de pouvoir se projeter sur la fin d’année avec les sponsors, afin de savoir à quel niveau financier nous serons et quels impacts aura cette crise sur notre évolution. Nous avons déjà établi des projections financières au début du confinement. Nous nous parlons très régulièrement. Ils veulent aussi savoir où nous en sommes, comment nous avançons et quelles décisions nous prenons quant au confinement, au déconfinement, aux protocoles à venir que nous comptons appliquer. Nous travaillons en toute transparence et réfléchissons à la suite, à la façon de l’appréhender avec le moins de séquelles.

« Les différentes épreuves ont construit la pérennité de l’équipe »

Vous avez eu à traiter de la problématique du Covid-19 relativement tôt avec la quarantaine de vos coureurs aux Emirats Arabes Unis. Cela a-t-il permis à l’équipe de réagir plus efficacement ensuite ?

Lors de cet épisode, l’objectif était surtout de ne pas provoquer de psychose chez les coureurs et l’encadrement présents sur place, de rassurer les familles sur la situation et de les informer au quotidien de l’évolution. L’important était de montrer que nous étions présents, que nous nous occupions d’eux et que la structure cherchait des solutions. Dans ce cas comme dans d’autres, les réunions du Comex (comité exécutif) ont été très intéressantes et ont permis d’apporter des solutions. Cette situation, très intense, a certainement été salutaire. Nous en avons retiré de l’expérience et nous avons compris à quel point l’humain était important dans ces moments. En ont découlé quelques solutions et ressorts qui nous servi pour bien appréhender la mise en confinement en France. Cela a aussi permis à nos collaborateurs de constater que nous n’avions pas abandonné nos coureurs, nos salariés. Il a dès lors été un peu plus simple de passer ce cap du confinement.

Les fondations solides de l’équipe ont-elle aussi contribué à cette sérénité ?

Je le pense. Si on ambitionne passer cette crise avec résilience, avec l’envie d’en ressortir du positif, c’est aussi parce que la structure est forte. Nous avons traversé des difficultés, des périodes compliquées, mais c’est aussi dans ces moments-là que nous pouvons consolider la base, la rendre plus forte, afin que la pyramide puisse monter le plus haut possible. Il y a plusieurs années, quand l’équipe a évolué et s’est développée, elle s’est structurée en pôles, et ça paie aujourd’hui. La façon dont on gère l’organisation de l’équipe, par des échanges constants et une collaboration entre ces différents pôles, nous permet d’avancer de la meilleure manière possible et de prendre le maximum de choses en considération lorsqu’une décision s’impose. Le Comex en est la parfaite illustration. On en saisit l’importance dans une période comme celle-ci et cette nouvelle organisation était devenue inévitable vu l’ampleur que prenait l’équipe. Et puis, on dit qu’une entreprise est à l’image de son patron. Or Marc est très porté sur l’humain, le dialogue et l’échange. C’est pourquoi tout le monde se connaît et chacun sait ce que l’autre apporte. Les différentes épreuves ont construit la pérennité de l’équipe.

« La performance du coureur dépend de la conjugaison du travail de tous »

L’arrivée de Groupama aux côtés de FDJ a-t-elle aussi marqué un tournant pour l’entreprise ?

Elle a été très importante, tout comme leur immédiate implication dans l’équipe. Avec FDJ, nous avions des bases solides, et avec eux nous avons trouvé Groupama. Ils nous ont permis de passer un cap dans tous les domaines. L’organisation a évolué et nous sommes allés plus loin dans les détails en termes de marketing ou d’accompagnements. Nous avons évolué vers davantage de professionnalisme et nous avons notamment pu développer un pôle communication que nous ne maîtrisions pas auparavant. Ils nous ont aussi permis, grâce à leur apport financier, de garder nos coureurs emblématiques et de présenter un projet sportif plus ambitieux pour les années futures. L’arrivée de Groupama nous a boosté pour aller là où nous voulions déjà aller avec FDJ. Nous avions une vision et une route à suivre et ils nous ont permis d’accélérer ce processus.

Et d’accentuer encore cette émulation collective ?

Le point central de l’équipe, c’est la course, les coureurs. Derrière, tout le monde gravite autour de cela. On sait très bien que la performance du coureur ne dépend pas que d’un seul pôle mais de la conjugaison du travail de tous. Dès lors, si un pôle rencontre une problématique, c’en est peut-être bien un autre qui va lui apporter des solutions. Il y a du challenge entre les uns et les autres, et le fait d’échanger à plusieurs sur certains sujets apporte aussi une certaine assurance dans les solutions que nous trouvons. Chacun joue sa partition. Si l’on souhaite développer certains projets, pousser certains curseurs, nous savons approfondir le sujet. J’ai ensuite à voir, de mon côté, si je peux y allouer les moyens financiers pour qu’on rentre dans le budget, qui doit être équilibré en fin d’année. Il y a des choix à faire. L’idée est qu’on trouve des solutions ensemble et qu’on estime si l’enjeu en vaut la peine. L’interaction entre les pôles est vraiment importante. C’est ce qui fait la force de l’équipe.