« Le Tour de France est impitoyable »

L’édition 2020 du Tour de France est dimanche arrivée à son terme, sur les Champs Elysées. Tandis que Tadej Pogacar a été couronné du haut de ses 21 ans, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ a pour sa part conclu une Grande Boucle qu’elle imaginait bien différente au moment d’en prendre le départ, il y a près d’un mois. Au sortir de l’épreuve, Marc Madiot a posé des mots sur cette déconvenue, mais se projette aussi avec optimisme sur le prochaines échéances.

Marc, quel est le bilan du manager de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ au sortir de ce Tour de France 2020 ?

Pour nous, ça a évidemment été un Tour de France extrêmement difficile. Nous n’avons jamais pu être en situation de faire les choses qu’on espérait faire. Ça a d’ailleurs été compliqué d’entrée de jeu, à Nice. Nous n’avons peut-être pas bien apprécié et ressenti l’impact des chutes, aussi et sans doute car nous ne les avons pas vues… Nous avons toujours eu l’espoir que ça aille mieux, mais ça n’a jamais été le cas. Trois semaines sur ce modèle, c’est très long. En termes de résultats, nous sommes très loin de nos espérances, nous ne sommes pas là où nous souhaitions être. Les accessits de Sébastien, de Valentin, c’est bien, mais on était partis pour faire un tout autre Tour.

« Il faut intégrer tout ça, il faut le digérer »

Quel a été ton discours auprès des coureurs dimanche soir ?

Dans ces situations-là, il faut tirer le constat du moment, s’appuyer sur ce qui a été fait avant, qui était plutôt très bien, puis se remobiliser pour la suite dans le but de faire mieux le plus vite possible. Il ne faut pas non plus rester ad vitam aeternam sur la situation du moment. Elle n’est d’ailleurs pas forcément le reflet de ce qu’ils sont et de ce qu’ils valent. On ne peut avoir fait les choses qu’on a faites l’an passé sur le Tour, et tout rejeter aujourd’hui simplement car ça ne s’est pas déroulé comme on l’aurait voulu. Maintenant, il faut intégrer tout ça, il faut le digérer.

Parviens-tu à retirer quelques éléments positifs de ces trois semaines ?

Je retiens l’engagement, le professionnalisme et le savoir-faire de l’encadrement, à tous niveaux. Il y a eu une vraie qualité de travail pour que l’équipe tourne. C’est un élément important, indispensable même, pour qu’il y ait un résultat sportif. Les circonstances ont voulu que ça se passe autrement. Nous n’avons pas pu nous remettre en ordre de marche car ce n’était simplement pas possible physiquement pour une bonne partie de nos coureurs. Nous avons certes été offensifs dans la deuxième partie du Tour, et il y avait assurément la volonté de…, mais il n’y avait pas nécessairement les moyens de… C’est toute la délicatesse de ce Tour nous concernant. Les Grands Tours, et le Tour en particulier, sont impitoyables. Il y a forcément eu quelques petites satisfactions, notamment avec Valentin qui a fait un beau et bon premier Tour de France. Ceci étant dit, l’équipe était construite pour le classement général, autour de Thibaut, et nous nous sommes vites retrouvés dans l’incapacité de répondre à cette demande.

« Nous avons des points d’ancrage forts et solides pour la suite »

Les coureurs se sont néanmoins montrés combatifs…

Oui, mais c’est difficile de rebondir quand les moyens physiques ne sont pas ce qu’ils devraient être. On vit toujours avec l’espoir que s’améliore en cours de route. C’est ce qui nous a animé, et c’est aussi ce qui t’anime quand tu es coureur. Quand tu es dans la difficulté, en souffrance, tu penses toujours que ça ira mieux le lendemain. Et si ça ne va pas mieux le lendemain, tu reportes tes espoirs au lendemain. C’est de l’instinct de survie… sportive. Si on se dit dès le départ « ça n’ira pas mieux », ça ne risque effectivement pas d’aller mieux. Cet instinct de survie est encore plus exacerbé sur le Tour, et sur les Grands Tours de manière générale. Sur d’autres courses, les coureurs ne seraient pas allés au bout. Il faut aussi dire qu’aujourd’hui, les moyens de se soigner ne sont plus les mêmes que ce qu’ils étaient à une certaine époque, vis à vis des règles éthiques, et notamment en cyclisme. Dans d’autres sports, on aurait sûrement utilisé des moyens médicaux différents pour se soigner. Mais notre sport a vécu des jours difficiles, alors on ne peut pas se permettre d’utiliser certaines pratiques pour se remettre en état de marche au seul prétexte d’aller chercher des résultats. Pour se soigner, ça prend donc plus de temps, et c’est donc plus compliqué.

Au vu du bilan de ce Tour, faut-il maintenant « sauver » la saison 2020 ?

Le Tour est un miroir extrêmement déformant. Quand tu passes à travers sur le Tour, c’est difficile de faire exister le reste à côté. C’est la perversité du Tour de France, mais on le savait, ce n’est pas une nouveauté. Ceci étant dit, la vie ne s’arrête pas au Tour. Le Tour est passé, on ne va pas le refaire, et le bilan n’est pas celui qu’on attendait, oui. Maintenant, il y a aussi eu d’autres courses entre-temps où on a été performants, et il y aura d’autres courses où on pourra aller chercher des résultats prochainement. C’est de cette manière que j’appréhende la période à venir. Il ne faut pas oublier que nous sommes l’équipe française qui a gagné le plus de courses cette saison et que nous possédons le coureur qui a gagné le plus de courses au monde cette année. Il n’y a pas que du négatif.

Quelles sont tes attentes pour les prochaines semaines ?

Dès cette semaine, nous avons Stefan et Benjamin sur le contre-la-montre des Mondiaux, et deux coureurs, Rudy et Valentin, pour la course en ligne. J’espère qu’ils feront un beau championnat. J’espère bien que Stefan et Benjamin seront dans le coup et pourquoi pas pour le titre, et je serais d’ailleurs surpris que l’un d’eux ne soit pas sur le podium. Derrière, nous aurons les Classiques ardennaises puis le Tour d’Italie. Nous avons les arguments pour être opérationnels un peu partout et nous allons très vite rebondir. Nous avons des points d’ancrages forts et solides pour la suite. Le constat du Tour a été fait, alors j’attends maintenant des résultats sur le Giro, sur la Vuelta, et les coureurs s’inscrivent aussi dans cet état d’esprit. L’idée est de finir l’année avec des victoires. Nous sommes avant tout là pour gagner des courses, et dans cette perspective, on comptera sur absolument tout le monde.