L’Équipe cycliste Groupama-FDJ United a fait tout son possible, dimanche, pour tenter d’éviter le sprint massif attendu, et espéré par beaucoup, sur Paris-Chauny. Johan Jacobs puis Thibaud Gruel se sont ainsi montrés très offensifs dans la dernière heure de course, mais le Tourangeau a vu son entreprise prendre fin juste après le passage de la flamme rouge. Dans l’emballage, Clément Russo a alors assuré le top 10 (10e).
Avec près de 2000 mètres de dénivelé à absorber, la 76ème édition de Paris-Chauny ne s’annonçait aucunement comme une promenade de santé pour les sprinteurs en terres picardes. Ce sont bien eux, pour autant, qui avaient la faveur des pronostics. « La course se termine traditionnellement par un sprint massif, mais elle présentait cette année quelques difficultés supplémentaires, indiquait William Green. Elle était plus longue de 15 kilomètres et la dernière ascension se situait à 12 kilomètres du but, alors qu’elle intervenait beaucoup plus tôt l’an dernier. Sur le papier, la donne était différente et l’issue de la course un peu plus incertaine. Malheureusement, on était encore privés de Paul et on ne disposait pas d’un sprinteur de premier plan. On sait que Clément est régulier et capable de belles performances, mais le plateau de sprinteurs était relevé. On a donc décidé de jouer sur deux tableaux, en misant notamment sur Thibaud dans la dernière ascension, et sur Clément pour le sprint ». Désireuse de provoquer une course de mouvements, la Groupama-FDJ United a d’abord laissé faire les équipes favorites derrière une échappée de six hommes avant d’entrer en action à près de soixante kilomètres du terme.
« On a réalisé une course parfaite » , William Green
« Quand l’écart a diminué, on a voulu attaquer pour former un groupe de costauds, disait William. Axel a accéléré dans l’avant-dernière difficulté, douze coureurs se sont détachés un peu plus tard et on en avait deux. Malheureusement, beaucoup d’équipes voulaient vraiment un sprint. Or, quand on n’a pas de sprinteur de premier plan, ce qui était notre cas, il faut tenter sa chance et prendre des risques ». Si ce mouvement n’a pas abouti, Johan Jacobs a entretenu la dynamique agressive de la formation tricolore en partant seul à la chasse de l’homme de tête, Michiel Lambrecht. À 35 kilomètres, il l’a ainsi rejoint, puis le duo s’est allié pour conserver environ une trentaine de secondes d’avance sur le peloton. « L’offensive de Johan a en réalité avantagé Thibaud, expliquait William. Avant la dernière bosse, la route était étroite et on savait que les équipes de sprinteurs voulaient bloquer le passage pour éviter les attaques. Mais Johan a mis la pression sur le peloton, qui était donc assez étiré en raison de la chasse ». Au pied de cette ultime difficulté, de 700 mètres à 7,5%, le rouleur suisse comptait toujours une vingtaine de secondes d’avance sur le paquet, mais l’intensité a alors redoublé à l’arrière.
« Avec Johan devant, le plan était que Thibaud ne porte pas d’attaque mais suive les mouvements, confiait William. Arnaud De Lie a accéléré fortement dans la bosse, Axel a bouché le trou pour Thibaud, qui a fini par revenir sur Johan au sommet ». Alors en tête de course avec Thomas Bonnet, le jeune Tourangeau a un temps insisté avant d’attendre son acolyte helvète dans la descente pour former un trio. Ce dernier s’est parfaitement entendu, mais le peloton n’a jamais temporisé et ne leur a concédé qu’une quinzaine de secondes dans les dix derniers kilomètres très plats. À six bornes du terme, le trio est devenu un quatuor, mais avec un paquet toujours très organisé lancé à ses trousses. Johan Jacobs s’est sacrifié à trois kilomètres du but, puis Thibaud Gruel a insisté juste devant la meute pendant quelques instants, mais son aventure s’est achevée juste après la flamme rouge. « À mon avis, on a réalisé une course parfaite, disait William. Quand on voit que Thibaud est repris 900 mètres de l’arrivée, on peut clairement dire qu’on courrait pour gagner. Quand on dispose d’un coureur avec les qualités de Thibaud, et d’un moteur aussi puissant que celui de Johan, ce serait de la folie de ne pas tenter sa chance ».
« Tout de même positif de ramener un top 10 », William Green
Cela n’a toutefois pas suffi ce dimanche, et les sprinteurs ont donc eu le dernier mot à Chauny, après 204 kilomètres. Pavel Bittner s’est octroyé la victoire tandis que Clément Russo s’est immiscé de justesse dans le top 10, en dixième position. « Clément a peut-être connu plus de difficultés que prévu dans la montée, disait William. Il a un peu reculé, et puisqu’il a fallu chasser derrière Thibaud, le rythme était très élevé dans le peloton et je pense qu’il a eu du mal à se placer idéalement avant l’arrivée. Il n’a pas non plus retrouvé sa condition optimale depuis le Tour. Je pense qu’il lui a manqué un petit quelque chose aujourd’hui, mais c’est tout de même positif de ramener un top 10 sans véritable sprinteur au vu de la concurrence ».