« Je ne m’interdis rien »

Marc Sarreau - 2020 -

Devenu l’un des principaux pourvoyeurs de victoires de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ ces deux dernières années (11 succès), Marc Sarreau revient aux affaires ce dimanche. Une fois n’est pas coutume, c’est en Australie qu’il débutera sa saison. Là-bas, le sprinteur berruyer espère valider une progression physique déjà entrevue en fin d’année passée. Impatient d’obtenir son premier bouquet dans le WorldTour, le vainqueur de la dernière Coupe de France FDJ en profite pour faire le point sur sa carrière, débutée il y a maintenant cinq ans, et sur ses aspirations pour l’année à venir.

Marc, dans quel état d’esprit es-tu à quelques jours du coup d’envoi de la saison 2020 ?

Je suis content de recommencer à courir. Je n’ai jamais couru aussi tôt dans la saison, il y a donc une petite appréhension à ce niveau-là. Même si on a bien roulé, la préparation a quand même été plus serrée et rapide que d’habitude. Je ne sais pas exactement où en est ma condition mais j’ai hâte de le découvrir.

« On s’étale un peu moins pendant les fêtes »

Comment s’est déroulée ton intersaison ? 

J’ai coupé pendant un mois après Paris-Tours, j’ai bien soufflé. J’ai repris l’entraînement tranquillement, sans en faire plus ou moins que les années précédentes. Il y a eu le stage avec l’équipe à Calpe (début décembre) puis j’ai fait une petite compétition sur piste et un cyclo-cross. Je suis ensuite retourné en stage personnel à Calpe du 26 décembre au 3 janvier pour bien rouler. Arnaud [Démare] et Mika [Delage] étaient sur place, on a pu s’entraîner ensemble. J’ai été un peu embêté avec un genou donc je n’ai pas roulé autant que je l’aurais souhaité, mais ça s’est bien passé dans l’ensemble. Où je vis, la météo n’est pas terrible mais on va avoir la chance de bénéficier de quelques jours sur place avant le Tour Down Under. On aura du beau temps et on pourra finir la préparation. En tout cas, je n’ai pas eu trop d’accrocs, le temps ne m’a pas non plus vraiment bloqué. Je ne suis pas forcément en super forme car c’est encore tôt dans la saison mais la condition sera bonne quand même.

Arrive-t-on à bien profiter des fêtes lorsque le premier objectif se situe mi-janvier ?

On arrive à en profiter mais il est certain que c’est un peu plus expéditif. On s’étale un peu moins… On ne fait pas le 24, le 25 et le 26. On réveillonne le 24 puis on passe rapidement à autre chose. Bien que le premier rendez-vous de la saison soit assez tôt, on a essayé, avec mon entraîneur David Han, de ne pas se mettre la pression. L’équipe non plus ne souhaite pas me voir griller des cartouches aussi tôt dans l’année. L’objectif est d’aller en Australie avec une bonne condition mais ne pas tout mettre pour être en forme là-bas et le payer plus tard. Au niveau de l’entraînement, on n’a pas changé grand-chose, si ce n’est que cette fois, j’ai déjà réalisé mes premiers fractionnés, mes premiers efforts lactiques. Avant, je les faisais plutôt pendant le stage de mi-janvier avec l’équipe.

Tu sors d’une saison 2019 forte de cinq victoires et du gain de la Coupe de France. L’as-tu jugée au niveau de tes attentes ?

J’en suis satisfait, sans l’être pleinement. Mais je ne suis pas non plus déçu. C’est une saison correcte, c’est presque le minimum… Une victoire à l’échelon supérieur ou une grosse prestation sur Paris-Roubaix, par exemple, aurait pu ajouter un peu plus de saveur. Ce qui la sauve, en réalité, c’est la victoire en Coupe de France et le fait d’avoir réalisé une bonne fin de saison. Ca permet de terminer sur du positif. Mais clairement, si je n’avais gagné que trois courses et la Coupe de France (sans les deux dernières victoires), ç’aurait été décevant.

Dans quels domaines as-tu senti une réelle progression l’an passé ?

J’ai pris beaucoup plus de caisse, les distances ne me dérangent plus et je me sens vraiment très bien en course. En début de saison 2019, j’avais une forme excellente et je ne pensais d’ailleurs pas pouvoir atteindre ce niveau-là. Je suis satisfait sur ce point. J’ai bien progressé physiquement et ça me permet de faire des sprints de la même qualité qu’avant mais beaucoup plus longs. Je ne me ‘’couche’’ pas. Que ce soit sur un sprint, sur la longueur d’une course ou même dans les montées, je suis plus résistant.

« Tactiquement, j’ai encore à apprendre »

Sur quels axes comptes-tu donc travailler cette année pour poursuivre cette progression ?

Je pense qu’aujourd’hui on a trouvé un bon équilibre de performance. Je suis un bon sprinteur et je passe de mieux en mieux les bosses. On va donc continuer dans ce sens là et ne surtout pas délaisser le sprint car c’est ma qualité première. Le but n’est pas que je sois foncièrement meilleur dans les cols. Je pense qu’on est arrivé à un point où je n’ai plus de gros points faibles et il va falloir continuer à travailler pour progresser un peu partout et continuer à élever mon niveau.

As-tu cerné un domaine particulièrement perfectible?

Tactiquement, dans le sprint, je ne suis pas le meilleur. Je pense que j’ai encore à apprendre. Pour ça, il faut que je continue de disputer les sprints puis de les analyser. L’année dernière, je n’ai pas toujours bénéficié d’un train complet et ça m’a peut-être fait perdre des courses. A contrario, il y a aussi des occasions où j’aurais pu tirer mon épingle du jeu tout seul mais où j’ai commis des erreurs.

Par exemple ?

Parfois je manque encore de patience. Dans le sprint, j’ai toujours envie d’être le mieux placé, de ne pas être enfermé et je produis un effort trop tôt. Je suis toujours un peu décalé alors que, quitte à perdre la course, il vaudrait mieux de bien rester à l’abri et tenter son va-tout sur la toute fin. Je pense que je peux progresser à ce niveau.

La densité de sprinteurs est très importante aujourd’hui. Par rapport à des coureurs de ton âge, type Ackermann, Ewan, Groenewegen, comment est-ce que tu te situes ?

Ce qui fait la différence à ce niveau-là, c’est la très haute vitesse dans les derniers kilomètres. Souvent, il faut être vraiment très bien placé pour disputer le sprint. Même si ça arrive, on voit rarement des gars revenir de l’arrière et gagner. Je ne pense pas être beaucoup en-dessous d’eux. Je pense vraiment pouvoir gagner. Ce qui manque toujours, c’est un peu de force … mais on n’en a jamais assez (rires) ! Il faut aussi que je réussisse à m’économiser plus avant le sprint en lui-même. Mais sur la performance pure d’un sprint, je pense que je suis capable de les battre.

« Je n’ai pas envie de décevoir »

Ta progression est peut-être plus linéaire que d’autres ?

J’ai progressé tous les ans. Je pense aussi que je vais bénéficier de ma bonne saison 2019, avec beaucoup de confiance accumulée et mon premier Grand Tour terminé (la Vuelta). Ca m’a vraiment fait progresser en terme de résistance. Dès la fin de saison passée, j’ai rapidement senti que j’avais pris de la force et que j’avais évolué physiquement. Maintenant, il n’y a que la course qui valide ce fait. Ce ne sont que des chiffres sur le compteur jusqu’à application…  C’est en course qu’on constate vraiment son niveau. C’est aussi pour ça que j’ai hâte d’être au Tour Down Under, et ce même si je ne serai pas dans ma meilleure forme. Je vais voir tout de suite où je me situe et ce qu’il me reste à travailler. En tout cas, je referai un Grand Tour cette année. Je pense que ça va encore m’apporter et que je pourrai encore passer un cap en 2020.

Ressens-tu davantage de responsabilités au sein de l’équipe aujourd’hui ?

Pas forcément plus, car en 2019, c’était déjà un peu la saison de la confirmation. Je m’étais mis tout seul pas mal de pression pour tout de suite confirmer et ne pas trimbaler un doute. Cette année, je l’aborde un peu différemment, surtout avec le Tour Down Under, qui est un tout autre palier. Que l’équipe me fasse confiance pour aller là-bas marquer des points UCI, qu’ils mettent à ma disposition une belle équipe pour mettre toutes les chances de mon côté, c’est plaisant et je n’ai pas envie de décevoir.

Preuve d’ailleurs que l’équipe te responsabilise, elle a recruté un poisson-pilote pour toi…

Cela fait déjà deux ans que l’équipe me montre sa confiance et m’incite à aller de l’avant. Ils ont aussi vu que j’avais fait ma part du travail, que ça allait dans le bon sens. On en a discuté ensemble, ils savent que je suis capable d’encore mieux, que ce n’est pas fini. Je continue de faire mon travail et eux m’aident à le faire du mieux possible, par tous les moyens. Cet hiver ça passait par un recrutement pour renforcer mon train et Fabian [Lienhard] est arrivé.

Parle-nous un peu de lui et de son intégration dans l’équipe, dans ton train.

On ne se connait pas encore très bien, on s’est simplement rencontré au stage de Calpe. On n’a pas roulé tous les jours ensemble mais on a commencé à travailler sur le train pour l’Australie. J’ai pu être calé dans sa roue pour les premières fois, ça s’est bien passé. C’est un super mec, il a l’air très gentil, très posé. Je pense qu’on va bien s’entendre. Il parle déjà le Français, donc on n’aura pas de problème de communication. Il a l’air très ouvert et je pense qu’on pourra échanger de manière constructive pour s’améliorer au fil des semaines.

« La prochaine étape de ma progression, c’est gagner en WorldTour »

Tu as ouvert le compteur de l’équipe en 2018 et 2019. La passe de trois sur le Tour Down Under ?

Ce ne sera pas simple. C’est du WorldTour, pas Bessèges. Mais je ne m’interdis rien puisque j’ai désormais confiance, je sais que j’en suis capable et je n’attends que ça, cette victoire en WorldTour. C’est une chance comme les autres et je vais tenter de la saisir. Ce sera forcément un peu plus dur qu’à l’Etoile de Bessèges, mais oui, pourquoi ne pas ouvrir le compteur de l’équipe une troisième année consécutive ? La prochaine étape de ma progression, c’est gagner en WorldTour. Alors si je pouvais passer ce cap dès le début de saison, ça me donnerait beaucoup de confiance pour la suite. Ce serait parfait.

Comment te prépares-tu au choc de températures ?

Je n’ai jamais connu de changement de température aussi important. Ce n’est pas ce que je préfère mais on arrive quand même près d’une semaine avant, on pourra s’acclimater. Il y a forcément du stress car on ne sait pas comment le corps va s’adapter à un changement si brutal mais ça ne m’effraie pas plus que ça. En plus, les étapes restent assez courtes. Ce ne sera pas forcément simple au niveau des sensations mais je ne pense pas que ce soit quelque chose qui me bloque complètement sur 3-4 heures du vélo.

Que serait un Tour Down Under abouti pour toi ?

Que le train ait bien fonctionné avec Fabian, Jacopo et Mika, que l’on ait réussi à disputer les sprints et que ça se soit bien passé pour moi même si au bout il n’y a pas la victoire. Il n’y a pas d’objectif précis en terme de performance. L’essentiel, c’est surtout que le travail soit bien fait. Et généralement quand le travail est bien fait, ça génère des résultats. Je ne m’interdis rien, mais plutôt que d’être déçu si on repart sans victoire, ce sera plutôt une grande satisfaction si on repart avec. Si on a tout fait pour, ce ne sera pas une contre-performance de repartir bredouille.

Quels seront le programme et les objectifs qui suivront ton retour en Europe ?

Je retournerai directement sur les Classiques belges de février. Ca fait deux ans que je ne les ai pas disputées. Je ferai Paris-Nice et beaucoup de Classiques, quasiment toutes jusqu’à Paris-Roubaix. J’aurai seulement 2-3 courses en France après.

Quelles sont globalement tes attentes pour la saison ? Plus de victoires, de meilleures victoires ?

On veut toujours gagner mais je ne me fixe pas d’objectif chiffré. Cette saison, mon programme comprendra de manière générale des courses de niveau plus élevé. Le but est de continuer à progresser et d’aller gagner en WorldTour. Il y aura peut-être moins de victoires, mais s’il y en a, elles seront de fait de meilleure qualité. Pour garder la confiance, j’aurai toujours des retours sur des courses de classe 1 où l’objectif sera alors clairement de gagner.