« Je ne m’en sors pas trop mal »

Le diagnostic final est tombé ce jeudi matin pour Marc Sarreau. Impliqué dans la violente chute qui a conclu la première étape du Tour de Pologne, le sprinteur de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ souffre d’une luxation acromio-claviculaire ainsi que de multiples brûlures. Avant d’être rapatrié en France, le vainqueur de la Coupe de France FDJ 2019 a pris quelques minutes pour nous donner de ses nouvelles.

Marc, comment te sens-tu ce matin ?

Ça ne va pas trop mal. Je suis rentré assez tard de l’hôpital, vers une heure du matin. Je n’ai pas passé la meilleure des nuits, mais ça va, j’ai tout de même réussi à dormir un peu. Ça fait du bien, mais espérons quand même que les prochaines nuits soient meilleures. Une blessure à la clavicule, c’est toujours pénible, mais vu la vitesse et la violence de la chute, je ne m’en sors pas trop mal.

Peux-tu nous dire comment tu as personnellement vécu ce final ?

Il y a eu beaucoup de chutes. J’étais moi-même déjà tombé à vingt kilomètres de l’arrivée, heureusement sans mal. Il y a ensuite eu 2-3 chutes supplémentaires dans le peloton avant l’arrivée, que je connaissais bien. Cela fait trois ans que je dispute le Tour de Pologne, je sais que le sprint de Katowice est rapide et que la moindre vague peut faire des dégâts. On roule à 80 km/h, ça ne pardonne pas. Ça fait un peu peur, évidemment, mais c’est notre métier… Benjamin Thomas m’a bien placé à l’approche du sprint, j’ai réussi à prendre la roue de Fabio Jakobsen et de Dylan Groenewegen. Ensuite, les images parlent d’elles-mêmes. Jakobsen se fait tasser, chute contre les barrières, et celles-ci sont d’abord venues me faucher moi, puis les autres coureurs qui arrivaient à 80km/h sans possibilité de les éviter. Tout va très vite. On est à bloc et il y a l’adrénaline. J’ai vu mes adversaires devant et j’ai compris qu’il allait être impossible de revenir sur eux. J’ai juste essayé de prendre leur aspiration mais quand je les ai vus frotter sur la droite, je me suis dit que le moindre contact de guidons pouvait les amener à terre. J’ai eu le réflexe de me décaler un peu à gauche, et j’ai de fait pu éviter leur chute, mais c’est la barrière qui m’a ensuite rattrapé. Compte tenu de la vitesse à laquelle on allait, je trouve au final qu’il n’y a pas eu tant de coureurs au sol…

Cette arrivée te semble-t-elle problématique ?

On met en lumière cette arrivée car il y a eu un accident, mais il y a plusieurs arrivées chaotiques dans l’année, de par la route par laquelle on arrive, les routes en centre-ville, les rétrécissements, les goulets d’étranglement… L’accident arrive aujourd’hui mais ce sprint est disputé depuis plusieurs années. Le plus dommage dans tout ça, c’est qu’on roule malgré tout sur des belles routes, hors du centre-ville. Il y a moyen de faire l’arrivée un peu plus loin ou un peu plus tôt, sur une belle avenue, plutôt que dans une descente comme c’est le cas actuellement. Même sportivement, le résultat ne reflète pas forcément le niveau véritable de chacun. Mon capteur a relevé 81,7 km/h de pointe hier. C’est un sprint spécial. On met volontairement plus de braquet ce jour-là. Il est aussi difficile de se dresser sur ses pédales car il y a tellement de vitesse qu’on n’est pas du tout aérodynamique. C’est une journée toujours particulière sur le Tour de Pologne.

Peux-tu nous raconter les premiers moments après la chute ?

J’étais un peu sonné. J’ai tout de suite pensé à me protéger la tête car je savais qu’il y avait plein de coureurs qui arrivaient et j’avais peur qu’on me fonce dedans. Après quelques secondes, quand j’ai vu que c’était calme, j’ai essayé de récupérer mon souffle et de me remettre assis. Je n’y arrivais pas. J’étais un peu sonné mais je n’ai pas perdu conscience. Ensuite, mes premiers coéquipiers sont arrivés et je me suis relevé tout doucement pour récupérer. J’ai senti que j’avais mal mais je ne savais pas trop où. On m’a ensuite monté dans l’ambulance et j’ai été à l’hôpital avec le docteur de l’équipe pour passer scanner et radios.

Qu’est-ce qui prime ce matin ? La frustration d’être écarté pour quelques semaines ou le soulagement d’avoir échappé à plus grave ?

Un peu des deux. À tête reposée, compte tenu de la vitesse à laquelle s’est produite la chute et la gravité des blessures de certains, l’épaule, ce n’est effectivement pas grand-chose. C’est même presque normal pour un cycliste. En revanche, quand ça fait cinq mois qu’on n’a pas couru, qu’on s’est entraîné pour cette reprise, qu’on a fait une grosse préparation et qu’on s’est bien impliqué mentalement, c’est frustrant de ne faire qu’une course et quart (il avait aussi disputé les Strade Bianche, ndlr). D’autant que j’ai constaté hier que les jambes étaient bonnes. J’avais hâte d’en découdre, de refaire des sprints et il y avait de beaux objectifs sur le reste de la saison. J’aurais préféré courir mais je vais prendre mon mal en patience et je pense que j’aurai le temps de revenir avant la fin de saison. Néanmoins, je n’ai pas trop de visibilité pour le moment. J’ai aussi forcément une pensée pour Fabio Jakobsen aujourd’hui. On ne souhaite ça à personne. Jamais. C’est regrettable que des accidents de ce genre se produisent. Ça fait peur. Même si c’est le sprint et qu’il y a beaucoup d’enjeux et de risques pris, c’est quand même malheureux quand ça se termine ainsi. On espère le meilleur, qu’il sorte rapidement du coma et qu’il puisse se soigner tranquillement.