« J’ai envie de prendre du plaisir »

Rassuré par sa troisième place au classement du Tour de Pologne, Thibaut Pinot a mis le cap du le Tour d’Espagne qui s’élancera en fin de semaine prochaine. Il a fait une halte dans la station de Tignes où il a pris l’habitude de s’oxygéner et de travailler en montagne. De se détendre. Le leader de l’équipe Groupama-FDJ envisage la suite de la saison avec sérénité.

 Les bienfaits du Tour de Pologne.

Thibaut, comment vas-tu ?

Le déroulement du Tour de Pologne m’a fait du bien. Avant de m’y rendre, je ne savais pas où j’en étais et je ne m’attendais pas à faire podium dans cette épreuve World Tour. Mon but chaque jour était de rester le plus longtemps possible avec les favoris et de voir jusqu’où je pouvais aller. Dans mon équipe, il y avait pas mal de nouveaux équipiers, avec qui je n’ai pas beaucoup travaillé cette année, Antoine Duchesne, Léo Vincent, Marc Sarreau ou Mickael Delage. C’était bien de les côtoyer avant la Vuelta et ça s‘est super bien passé.

Et tu as retrouvé un Georg Preidler exceptionnel ?

Georg s’épanouit chez nous. Il élève son niveau. Quand tu as des équipiers qui se sacrifient comme Rudy Molard, William Bonnet, Steve Morabito, Anthony Roux, Sébastien Reichenbach, Georg Preidler, d’autres bien sûr encore, tu es en confiance…

Un après-Giro frustrant mais régénérateur.

Combien t’a-t-il fallu de temps pour te remettre du Tour d’Italie ?

J’ai été arrêté presque trois semaines pour soigner une pneumonie. J’ai vu que le footballeur brésilien Ronaldo a eu ça récemment… Pour moi, tout s’est écroulé le samedi et, moralement, c’est compliqué de l’admettre. Ne pas terminer sur le podium que nous avions obtenu après trois semaines intenses est l’une des plus grandes déceptions de ma carrière. Aujourd’hui, je le vis toujours aussi mal. Rapidement, j’ai eu envie de faire du vélo sous le beau temps. Chez moi, en mars et avril, il pleut beaucoup, je voulais profiter du soleil. J’ai aussi regardé beaucoup de courses devant la télé. C’était frustrant d’être dans le canapé. J’ai regardé le Tour aussi. Je n’ai pas été surpris par la victoire de Geraint Thomas. Quand tu gagnes le Critérium du Dauphiné avec deux minutes d’avance, tu es forcément un grand favori pour le Tour. Cela fait plusieurs années qu’il se prépare à ça. L’an dernier, avant sa chute dans le Tour d’Italie, il était très fort.

« La Vuelta est une chance. »

Tu as eu des regrets en voyant le déroulement de la course ?

J’avais envie d’y être, surtout dans les deux dernières semaines. J’aime les étapes de montagne avec du public. Celle de l’Alpe d’Huez bien sûr… Quand on a compris qu’il était impossible d’être dans le Tour, tout de suite j’ai pensé à la Vuelta. J’ai envie de me faire plaisir. J’ai été content de découvrir le Tour de Pologne qui est la course de préparation idéale au Tour d’Espagne. Pour moi cette année la Vuelta est une chance, la faire dans de bonnes conditions n’arrivera pas tous les ans. Je vais me servir de cette course de trois semaines aussi pour me redonner la caisse pour la fin de saison. Je n’ai pas envie de finir cramé à Madrid.

Qu’envisages-tu pour la fin de saison ?

La Vuelta est importante autant que les 15 jours qui vont relier le Championnat du Monde à Innsbrück au Tour de Lombardie en passant par les courses italiennes.

La Vuelta a été le premier top 10 de ta carrière dans un Grand Tour ?

J’avais fini 10e de mon premier Tour en 2012. Et en effet, j’avais été septième de la Vuelta en 2013 face aux Valverde, Contador, Rodriguez et Nibali. J’avais été frustré, piégé dans une bordure qui m’avait coûté 1’30’’ et la cinquième place. Ça se court différemment du Giro et du Tour mais ça reste un Grand Tour. Il y a moins de stress et moins de pièges. Partant du sud de l’Espagne, je me prépare à ce qu’il fasse très chaud. La chaleur, j’ai pris le temps de la travailler.

Tu regrettes que Sébastien Reichenbach ne soit pas là en raison de sa blessure ?

Seb a repris le vélo. Non, rien ne m’inquiète parce que le Tour de Pologne m’a rassuré et je sais que je vais pouvoir compter sur Georg, sur Rudy Molard sans doute. Sans sa blessure, Seb aurait été là. C’est dommage mais il sera là pour la fin de saison.Il est par ailleurs très motivé pour participer aux championnats du monde.

Par Gilles Le Roc’h.