Intouchable(s)

Ce mercredi dans la cité balnéaire de Rimini, Arnaud Démare s’est livré à son quatrième sprint sur le Tour d’Italie 2020, et il s’est imposé … pour la quatrième fois ! Encore parfaitement déposé par ses coéquipiers dans la dernière ligne droite, et ce malgré l’absence de Ramon Sinkeldam, le champion de France s’est montré intraitable face à Peter Sagan et Alvaro Hodeg, qui n’ont jamais pu le remonter. Il est seulement le deuxième Français à récolter quatre victoires sur un unique Giro après Bernard Hinault. Le Picard compte désormais quatorze succès en 2020 et consolide par ailleurs son leadership au classement par points.

« Le sprint parfait », Arnaud Démare

Après s’être livrés à une âpre bataille pendant près de cent kilomètres mardi, en chasse derrière Peter Sagan, Arnaud Démare et ses coéquipiers avaient finalement pris le parti de se relever pour penser au lendemain, et donc à cette onzième étape en direction de Rimini, bien plus dans les cordes du champion de France. Au départ de Porto Sant’Elpidio ce mercredi, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ n’a donc pas mis bien longtemps à afficher ses ambitions. À peine l’échappée du jour constituée, avec Sander Armée (Lotto-Soudal), Mattia Bais (Androni Giocatolli-Sidermec), Marco Frapporti (Vini Zabù-KTM), Fabio Mazzucco (Bardiani-CSF) et Francesco Romano (Bardiani-CSF) en son sein, la formation du Picard s’est postée aux commandes du peloton malgré un groupe réduit. « Nous n’étions plus que six après avoir perdu Benjamin et Ramon, rappelait ainsi Ignatas Konovalovas. Notre problème était aussi que l’échappée était bien organisée. Au début, on voulait seulement mettre Kilian [Frankiny] à rouler, mais on a plus tard eu besoin de mettre Simon pour boucher le trou ». Si l’échappée a longtemps été muselée à près de trois minutes, les choses se sont en effet tendues dans les vingt derniers kilomètres, avec le solo de Sander Armée en tête, et la chute d’Elia Viviani contraignant Cofidis à arrêter de collaborer. « Nous n’avons pas vraiment été déstabilisés par ces évènements, glissait Sébastien Joly. Kilian et Simon ont roulé à la perfection. On avait prévenu Kilian qu’il roulerait très longtemps et il a été irréprochable ».

À l’approche de Rimini, d’autres formations sont entrées dans la danse du sprint et le Belge a finalement vu son écart fondre en l’espace de quelques minutes, conduisant à un regroupement général à environ six kilomètres du but. « On a été un peu débordés à l’entrée de la ville, reconnaissait Arnaud. On est ensuite remontés petit à petit, virages après virages, mais c’était vraiment chaud »« On savait que les dix derniers kilomètres étaient compliqués, avec des ronds-points, des virages et des rétrécissements, reprenait son poisson-pilote Jacopo Guarnieri. On était un peut-être un peu trop derrière, mais on est restés calmes, unis, et on savait qu’il y avait une belle ligne droite vent de face entre 2,5km et 600m pour faire l’effort. On a alors eu droit à un grand Kono, qui nous a bien remontés. On s’est peut-être même retrouvés un peu tôt devant, mais Miles est resté calme, il a tenu sa position et n’a pas bougé avant que ce soit nécessaire. Il a ensuite montré le boulot incroyable qu’il était capable de faire et nous a conduit jusqu’au dernier virage. C’était parfait, car avec la relance, j’ai commencé mon effort à 400 mètres. C’était l’idéal ». Paré de son maillot cyclamen, Arnaud Démare s’en est alors allé conclure avec brio. « Miles ayant fait un très long relais, Jacopo a pu me lancer plus tard, exposait l’intéressé. Il a été plus explosif que d’habitude et ça m’a permis d’être lancé en survitesse. Quand j’ai la lucidité, j’essaie de faire des sprints décollés. Dans la dernière ligne droite, j’ai attendu, j’ai laissé un peu d’espace, et quand j’ai démarré, j’ai senti que j’avais la grosse force. J’avais peur que ça remonte mais ça a tenu jusqu’à la ligne. Aujourd’hui, c’était vraiment le sprint parfait ».

« On n’a pas mis de chiffre devant ‘’victoires’’ », Sébastien Joly

Au terme de cette démonstration collective, Arnaud Démare a donc conquis son quatrième bouquet sur ce Giro, ce qu’aucun Français à l’exception de Bernard Hinault n’avait réussi à faire en une seule édition avant lui. Le tout en reprenant de l’avance au maillot cyclamen (36 points). La « Bella Vita » du champion de France et de ses compères s’en voit ainsi prolongée. « C’est extraordinaire, lâchait tout sourire l’intéressé. On était venus pour des victoires d’étapes, mais on ne s’imaginait peut-être pas en remporter quatre ! Chapeau à toute l’équipe ! J’ai la chance d’avoir des équipiers qui croient vraiment en moi. Le travail paie et aujourd’hui, on en récolte les fruits ». « On s’amuse, et on a déjà quatre victoires en onze étapes, plus le maillot cyclamen, abondait Jacopo. C’est magnifique. Arnaud est non seulement un grand coureur mais aussi un grand coéquipier. Il y a une très forte cohésion entre nous tous ». À la tête des troupes en terres transalpines, aux côtés de Jussi Veikkanen et Benoit Vaugrenard, Sébastien Joly concluait : « Le mot qui définit le mieux ce groupe, c’est la sérénité. On sent vraiment que ce groupe et calme et qu’il sait où il va. Notre objectif numéro 1 sur ce Giro, c’est les victoires d’étapes. Mais en arrivant, on n’a pas mis de chiffre devant ‘’victoires’’. Il ne faut d’ailleurs pas se mettre de plafond et il faut continuer sur cet état d’esprit. Il y aura encore sans doute des opportunités, mais on va voir au jour le jour. C’est ce qu’on fait depuis le départ et ça nous réussit. Demain, il y a déjà une étape difficile qui nous attend. On fera les comptes ensuite ».